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L’Algérie toujours à la recherche d’un entraîneur

22 septembre 2010

Après la démission de Rabah Saadane, le Bureau fédéral de la FAF semblait avoir tranché le problème du choix d’un nouvel entraîneur.

A l’époque, paris, supputations et sondages furent ouverts, pour résoudre l’épineuse question : faut-il recruter un entraîneur algérien ou un étranger ? Prenant son courage à deux mains, et après concertation avec les responsables de la Place du 1er Mai, le Bureau fédéral opte pour un algérien et nomme Abdelhak Benchikha.

LES INCERTITUDES DE LA GOUVERNANCE FOOTBALLISTIQUE

Nous pensions l’affaire définitivement réglée, surtout après que le nouvel entraîneur de l’EN ait tenu conférence de presse au cours de laquelle il déclara « je veux réussir ! ». Peut-être avait-il trop parlé, puisque de nouvelles instructions firent leur apparition. Je vous en rappelle la teneur telle que parue dans le Quotidien d’Oran du 21 septembre 2010 : « La FAFF a reçu des instructions pour recruter un entraineur étranger de renom à partir de janvier prochain… C’est dans le souci de s’aligner sur les grandes nations du football que cette décision a été prise par les plus hautes instances de l’Etat. ». Le Président de la FAF est ainsi sommé de se mettre en route, dés à présent, pour recruter l’oiseau rare, même si son salaire venait à crever le plafond des 200.000 euros, par mois, il faut bien le préciser. Les raisons évoquées  : imiter les nations huppées du foot mondial, veiller au standing acquis par l’EN lors du dernier mondial et sacrifier aux obligations qu’imposent la nouvelle organisation professionnelle du football algérien. Tout cela ne semble que confirmer le processus d’étatisation du mouvement sportif national engagé à partir du fameux décret 05.405. Processus consacré par la loi de finances complémentaire de 2010 attribuant la part du lion, au seul football professionnel, au détriment des autres disciplines sportives.

Nous revoilà donc revenus à la case de départ, avec une échéance qui nous pend au nez pour le mois prochain : le match contre la Centrafrique. Mettez vous à la place de Benchikha. Comment va-t-il aborder ce match ? Quelle influence sur son moral et sa propre préparation psychologique à cause de ce coup de tonnerre qui sape son autorité naissante ? Que vont en dire et penser les joueurs ; parce qu’à leurs yeux, il ne sera pas le véritable patron ? Quelqu’un d’autre viendra occuper la place préparée par son travail et celui de Saadane. C’est ce que tous les entraineurs algériens seront en droit de penser, face aux incertitudes de la gouvernance de leur discipline.

LES ALÉAS DU DÉVELOPPEMENT SPORTIF

Revenons donc à cette fameuse question du choix de l’entraineur de l’EN : national ou étranger ? Pour prendre la décision de nommer Benchikha, le Bureau fédéral de la FAF a du interroger les résultats obtenus par l’EN depuis l’indépendance à nos jours. La réponse est nette : ce sont les entraineurs algériens qui ont obtenu les meilleurs résultats. Mekhloufi et l’équipe du FLN ont fait monter l’Algérie sur la plus haute marche du podium, en août 1975, lors de la septième édition des jeux méditerranéens d’Alger. Sept années plus tard, ce sont des entraineurs algériens qui vont lui ouvrir avec Khalef et Saadane les portes de la qualification au Mondial de 1982 et créer l’incroyable en faisant chuter l’ogre allemand. Nous serions passé au deuxième tour n’eût été la combine antisportive germano-autrichienne.

En 1990, l’Algérie organise et remporte la Coupe d’Afrique des Nations grâce à Cheikh Kermali de la glorieuse équipe du FLN. Puis, un trou noir de vingt quatre années, une traversée du désert à nulle autre pareille que la décennie noire ne peut expliquer à elle seule. Il faudra plutôt chercher les causes du côté de l’instabilité politique qui aura lourdement affectée le secteur jeunesse et sport qui vit défiler un nombre impressionnant de ministres en une période relativement courte. Une instabilité expliquant l’impossibilité de définir et de mettre en oeuvre une véritable stratégie du développement sportif fondé sur le sport à l’école, un système de détection et de perfectionnement des jeunes talents sportifs, soutenu par la formation au sein des clubs, en y investissant les moyens nécessaires. Or, au cours de cette longue période, le sport scolaire fut traité en parent pauvre et s’est vu accorder la portion congrue, lorsque la Sonatrach, entre autres clubs riches, se permettait un budget dix fois supérieur à toute une fédération riche de milliers de pratiquants.

Mais, dans cette contribution, je vais en rester à la question des entraîneurs, en relation, bien entendu, avec tous autres paramètres du développement sportif en général et du football en particulier.

FOOTBALL ET POLITIQUE

Tout le monde est désormais convaincu du poids politique et social du football, dans l’imaginaire des foules, en Algérie, ou ailleurs, dans le monde. La qualification au Mondial de Johannesburg, révéla avec force, la relation du football, avec l’univers des valeurs patriotiques, pour expliquer les gigantesques déferlements provoqués à l’occasion de chaque match. Les politiques ont surfé avec habilité et à propos sur ces vagues déferlantes de ferveur populaire ; d’où l’importance accordée au choix de l’entraineur de l’EN. Le départ de Saadane n’a pas livré tous ses secrets pour savoir qui de la volonté de l’intéressé ou de l’intervention de « la main invisible » fut déterminant dans sa démission.

Même si beaucoup considèrent le recrutement d’un entraîneur étranger comme une nécessité, pour ne pas dire une panacée, je fais partie de tous ceux et celles qui pensent que nous devons d’abord faire confiance aux forces et compétences nationales. Ce principe est valable aussi bien pour le choix des entraineurs que celui des joueurs. Car les uns et les autres sont l’expression concrète du niveau de développement réel atteint par notre football, loin de toutes les illusions nées de recrutements hors de nos frontières. Bien sûr, le challenge étant de nature essentiellement politique l’on objectera qu’il serait mal venu de bouder les facilités qu’offre le choix d’entraineurs étrangers, sans en mesurer les conséquences et les inconvénients.

AU COMMENCEMENT ÉTAIT LA FORMATION DES CADRES

Il est indéniable qu’en football les résultats évoqués plus haut nous paraissent être les seuls critères pertinents pour valider la justesse de tel ou tel choix. Ils démontrent, si besoin en était, la valeur ou l’insuffisance de notre système de formation. Celui ci a produit des cadres de qualité ayant fait leurs preuves et le bonheur d’autres pays, notamment ceux du Golfe, dont le décollage est patent dans plusieurs sports. Pour ne citer que quelques noms, pour le football, le CNEPS et l’ISTS n’ont-ils pas fourni Saadane, Tikanouine, Saadi, Zekri, Mahdaoui et Benchikha. Et je ne cite que ceux surgis au fil de ma mémoire faisant bien du tort à tous ceux dont le nom aurait mérité d’âtre évoqué.

Rappelons que, dans les années soixante dix, les premières promotions subirent la critique de ceux que l’on désignait, à l’époque, par le vocable de « pragmatiques ». Bardés de leurs diplômes, les « scientifiques » n’avaient pas encore subi les épreuves initiatiques du terrain. Fausse querelle de l’époque ; bien vite dépassée par la conjonction des forces des uns et des autres, lorsque seules primaient les exigences du développement du football national.

L’entraîneur moderne n’était plus un gourou tout puissant, mais la plaque tournante où organisation et logistique, médecine du sport et kinésithérapie, psychologie et dynamique des groupes, et/ou sophrologie (devenue une pratique courante dans certains sports, notamment en ski, en athlétisme, natation, tennis et peu usitée encore en football) étaient articulées en un ensemble harmonieux et opérationnel. Il ne faut pas oublier la communication pour éviter que des apprentis sorciers, plus soucieux de la vente de leur journal que de l’intérêt de l’EN, sèment rumeurs et ragots de coulisses, empoisonnant la vie d’une équipe toujours à la recherche de sa cohésion et de son âme. Une équipe pas toujours en mesure de surmonter ses problèmes internes, d’une part, et ceux créés par les attentes incontournables du public et la pression toujours présente et insistante des politiques, si l’entraineur n’était doté d’une personnalité à la mesure des enjeux de l’heure.

QUELS CRITÈRES POUR CHOISIR ?

Nous voyons ainsi que les résultats sont le produit d’une équation de plus en plus complexe dont le centre nodal est la formation de cadres modernes dont il conviendra de mieux cerner le profil. Autrement dit, le Bureau fédéral de la FAF, a certainement du se fonder sur des critères plus ou moins objectifs pour décider du choix d’un entraineur. La compétence technique et l’expérience, la personnalité et le charisme, la force de caractère et la finesse dans le jugement dessinent pour l’essentiel le portrait de l’entraineur idéal. Mais ce qui est pardessus tout attendu d’un entraineur moderne, ce sont les capacités d’animation et de direction d’un groupe d’hommes et de joueurs aux personnalités contrastées, aux parcours différents, pour en faire un groupe cohérent, tendu vers la réalisation collective du plus haut niveau de performance possible.

Ceci dit sans tenir compte de la nationalité de l’entraineur ; car à compétence égale, il est évident que la connaissance du pays et de son histoire, de sa culture et de sa langue, des clubs et de leurs entraineurs, des joueurs de leurs qualités physiques et techniques, de leur marge de progression, vont être des facteurs objectifs de comparaison et de discrimination positive ou négative. En outre, l’entraîneur algérien vit sur place sans grandes difficultés, tandis que l’étranger, le plus souvent coupé de ses racines, éprouve toujours des difficultés d’adaptation pouvant avoir des répercussions psychosociales, pas toujours favorables au plan moral.

LE FOOTBALL ENTREPRISE PLANÉTAIRE

Faut-il aussi rappeler que le football est devenu une entreprise planétaire brassant des milliards de dollars dans un marché où entraineurs et joueurs sont devenus des vecteurs de la marchandisation effrénée du football. Troussier, l’ancien entraîneur de l’équipe nationale du Japon, dont il fut question selon les rumeurs, coûtera, aux dires des spécialistes, dix fois plus cher que Saadane ou Benchikha. Il en fut ainsi de Schnitegger qui bien qu’activant au niveau d’une Direction technique nationale bien peu écoutée, a saigné, aux dires de certains responsables du MJS, les caisses du Fonds national prévu pour encourager les initiatives de jeunesse et de sport.

Sur la base de ces quelques considérations, entre les compétences nationales et celles venant de l’étranger, beaucoup d’algériennes et d’algériens optent sans conteste pour les nationales, parce que notre « salut » doit être durablement assuré, en prenant les mesures adéquates. Choisir étranger n’est-ce pas dévaloriser les produits de notre formation et accentuer leur migration vers des cieux plus enclins à les reconnaître tout en les phagocytant. Que de médecins, de chercheurs et d’universitaires algériens ont fait le bonheur de l’étranger. Pour ne citer que Benchikha ne fut-il pas le sauveur du club africain de Tunis. Et puis finalement, tout le monde en convient, le football n’est pas une science exacte. Que dire du naufrage de Capello et de l’Angleterre face à l’Allemagne en quart de finale du dernier mondial ? Que dire du tir d’Antar Yahia à Omdourman qui expédia l’Egypte en enfer et l’Algérie au paradis. Rien, si ce n’est que de pareils gestes, nulle science, comme nul entraineur, ne peut les prévoir ou les programmer. Ils sont le fruit de l’aléa ! Alors soyons cohérents avec nousmêmes  ; avec la nouvelle politique « patriotique  », mise en oeuvre dans le domaine économique par les pouvoirs publics, et choisissons algérien !

Tags: Algérie Foot

Source : Le Quotidien d'Oran

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