En Chine, chaque année reçoit un nom symbolique.
Tour à tour, on a eu l’année du chien, du singe, du
rat, du serpent, du cheval, du coq, du dragon et du
tigre. 2010 sera-t-elle pour l’Espagne l’année du
poulpe ?
Paul, poulpe d’un aquarium allemand, dans la ville
de Oberhaussen, a défrayé la chronique ces dernières semaines
par ses « prévisions » retransmises en direct par les caméras
de la télévision. On dit des Allemands que « ce sont des individus
méthodiques, pondérés et cartésiens comme des boeufs ».
Il n’empêche qu’au vu de la justesse effarante des pronostics
de Paul le poulpe, le premier quotidien Bild a titré dans son
édition de mardi : « sombre présage ». Les internautes, évidemment
déçus par cet « avis prévisionnel », n’y sont pas allés par
quatre chemins, proposant de nombreuses recettes de poulpe
pour sans doute conjurer le mauvais sort.
Au-delà de ces croyances superstitieuses, il y a la réalité du
terrain. Elle est sans équivoque : la meilleure équipe a gagné
et a bien mérité de disputer la première finale de son histoire,
à l’inverse des Pays- Bas dont ce sera la troisième tentative. Le
mérite des Espagnols et forcément celui de son sélectionneur
Del Bosque, c’est d’avoir maintenu le cap en matière de système
de jeu, ne cédant pas aux critiques des « techniciens de
bazar » en mal de notoriété. Les analystes n’ont pas manqué
de signaler que les équipes ayant privilégié le physique et la
force sont rentrées très tôt à la maison. Certes, il faut tenir
compte de la procédure implacable de l’élimination directe,
mais il n’est pas interdit de signaler que la finale réunira deux
équipes aux conceptions similaires, basées sur la conservation
du ballon et les actions pensées. C’est ce qui a manqué à cette
prometteuse formation allemande, trop vite encensée après
sa démonstration, face à l’Argentine dont nous avions signalé
la faiblesse dans ces mêmes colonnes.
Cette victoire trop facile
a-t-elle trompé les hommes de Joachim Low sur leur véritable
niveau ? Car la confiance est une chose et la présomption
en est une autre. D’ailleurs et même au plus haut pic de l’euphorie
du moment, les observateurs pondérés se demandaient
après le score infligé à l’équipe de Maradona, s’ils ne rêvaient
pas ! Le réveil a été d’autant plus cruel que les Allemands
croyaient fermement que leur football agressif, axé sur la profondeur,
allait être payant. C’était méconnaître la capacité des
Espagnols à ‘« absorber » et à mettre un frein à cet allant de la
Manschaft. A notre avis, c’est l’une des clés du succès de la
Roja. Elle a imposé son rythme, ce qui décontenancé les partenaires
de Miroslav Klose, habitués à développer leurs initiatives.
Les statistiques sont d’ailleurs très significatives. A commencer
par la possession du ballon, très largement favorable
aux Espagnols, plus techniques et plus imaginatifs que leurs
rivaux. Si, parfois, le contrôle du ballon n’est pas un paramètre
prépondérant, il aura eu au moins le mérite de faire courir
les Allemands. La débauche d’énergie a entamé leurs ressources
physiques, sans oublier les retombées sur le plan psychique.
Lorsqu’on court pour reprendre la balle, on est fatalement
en état d’infériorité et démuni dans le domaine de l’initiative.
La confiance s’érode au fil des minutes par le plus grand
bénéfice à l’adversaire. C’est ce qui s’est passé au cours de
cette demi -finale spectaculaire entre deux équipes portées
vers le jeu offensif, et notamment
en seconde période où certainement,
les deux entraîneurs ont lâché
la bride à leurs poulains. Et ce
n’est que justice si les Espagnols ont
fini par inscrire ce précieux but sur
corner. Ils auraient très bien pu secouer
les filets du gardien allemand
Neuer sur des actions collectives
construites qui furent plus nombreuses
de leur côté L’absence de
Muller a-t-elle trop pesé sur la chance ?
C’est l’intime conviction dans
le camp de la Manschaft. Il est vrai
que ce jeune joueur de percussion
aurait donné une autre ampleur au
jeu d’attaque de son équipe, mais il
n’en demeure, pas moins que, lui
aussi, aurait été contraint de courir
pour s’approprier le ballon. Sans
oublier que le coach Espagnol Del
Bosque aurait mis en place un
« plan » anti-Muller. Cette équipe
d’Espagne qui repose sur l’ossature
du Barça (7 joueurs contre l’Allemagne
mercredi soir) dégage une
assurance et un calme impressionnants.
Le toqué, jeu à une touche
de balle, permet aux partenaires du
clairvoyant métronome Xavi d’économiser
leurs forces et de maintenir
la cadence, « leur cadence ».
C’est la marque indélébile des
grandes équipes. Il ne reste à présent
aux Espagnols que de parachever
leur oeuvre face aux Hollandais,
eux-mêmes excellents
footballeurs au style collectif. On
s’attend donc à un débat spectaculaire où la spéculation sera
bannie. On ne devient pas champion du monde sans prendre
d’initiatives. C’est peut-être là la principale moralité de ce
mondial 2010 que nous change du réalisme sordide italien.
La tendance du football actuel va réconcilier tous les puristes.
Et tant pis pour ceux qui sont d’un avis contraire !
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Source : Le Quotidien d'Oran