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François Hollande : Le devoir de mémoire et le reste

9 décembre 2010
François Hollande : Le devoir de mémoire et le (...)

Le président du Conseil national économique et social estime que la France devrait s’imposer un devoir de mémoire pour construire une relation apaisée et fructueuse avec l’Algérie.

C’est à sa demande que l’ancien secrétaire général du parti socialiste français a été reçu hier en fin de matinée par Mohamed Seghir Babès. François Hollande voulait, a-t-il déclaré, écouter le président du CNES. « Je sais que vous êtes à Alger parce que vous avez une espèce de petite affection, une prédilection à l’Algérie pour y avoir séjourné (…), » a commencé par lui dire Babès. Ce dernier expliquera les missions de l’institution qu’il préside lorsqu’elle est en « mode d’auto-saisine » qui lui permet d’intervenir « à tout moment pour savoir ce qui se passe. » L’autosaisine permet ainsi au CNES, dit-il « de voir de très près ce qui se passe dans les politiques publiques du pays. » Babès note aussi que le Conseil s’impose des réflexions transversales « récurrentes » sur le développement humain, la lutte contre la pauvreté, la gouvernance et les libertés économiques. La crise systémique qui mine l’économie figure aussi dans l’agenda du CNES en cette période que Babès qualifie de « transition délicate.  » Crise qui oblige dira-t-il « à tout revoir quand on veut passer d’une économie planifiée, administrée à une économie de marché. » C’est, affirme-t-il « lourdement problématique. » Cheval de bataille de Babès, l’économie basée sur la connaissance constitue par ailleurs, cette réflexion sur laquelle il se penche depuis un certain temps pour, indique- t-il « se donner des éléments scientifiques pour réussir la compétitivité, la création de la valeur et la croissance. » Tout en rappelant l’importance de la mission « environnementale  » qui vient d’être accolée aux Conseils économiques et sociaux, le président du CNES pense qu’ « il faut attendre les résultats de Cancun. »

Babès évoquera la coopération entre le CNES et le CES français qui ont eu à travailler ensemble notamment au début de l’année 2009. « On a eu 6 ateliers entre Alger et Marseille (la banlieue d’Alger) dont l’un a été dédié au devoir de mémoire, » tientil à rappeler. Il se lancera sans hésiter dans un plaidoyer en faveur de ce qui a représenté à ses yeux « un moment très important, un moment indépassable » parce qu’a-t-il dit « il y a eu reconnaissance. » Il fera savoir au socialiste français que « nous devons dire oui à une mémoire apaisée, reconnue et partagée. »

« NOUS REFUSONS DES LOIS ÉMASCULATRICES DE L’HISTOIRE »

Ce devoir que Babès met en avant et pour lequel il affirme que « nous sommes attelés à le faire » permet, estime-t-il de « libérer les énergies potentielles inscrites dans la relation partenariale entre l’Algérie et la France. » Il dira à l’ex-SG du parti socialiste français que « la prise de conscience est essentielle au niveau des fractions les plus en plus larges au sein de votre parti. » Il est convaincu qu’il y a ainsi « un devoir d’inventaire. » Il convoquera pour la circonstance la loi française de février 2005 positivant le colonialisme. Réputé pour son néologisme, Babès dira « nous refusons des lois restrictives très émasculatrices de l’histoire. »

Il note que la réflexion sur le devoir de mémoire a été freinée au niveau des Conseils des deux pays par le départ de son homologue français. « Nous tenons à prolonger cette réflexion avec le nouveau président. Ce travail est fondamental pour passer à autre chose, » estime-t-il. Il demande à ce que les deux pays aillent vers « un compagnonnage économique et industriel » c’est-à-dire « aller à la construction d’autre chose qui dépasse les pensées. » Il propose à cet effet « d’aller ensemble vers la constitution d’assemblées consultatives à l’échelle bilatérale et régionale comme le cadre Euromed. »

Le président du CNES plaidera par ailleurs, en faveur de l’intensification de la réflexion euroméditerranéenne dans le cadre des 5+5. « Il est important d’entretenir la concertation dans le cadre des 5+5 pour avancer, anticiper, » a-t-il affirmé. Parce que son évocation de l’Union pour la Méditerranée (UPM) lui fera dire que « c’est un processus plombé à l’origine, au départ tant qu’il y aura le conflit israélo-palestinien. » Il ne laissera pas en reste la question du Sahara Occidental pour en défendre la légitimité. « Qu’est-ce qui se passe à nos frontières ? » s’est-il interrogé en premier.

« Le Sahara Occidental est le dernier pays colonisé dans notre continent,  » rappelle-t-il. Babès annoncera à Hollande que « l’association des CES prépare quelque chose pour pousser à la libérations de ce pays. » La réflexion est engagée au niveau de cette association pour, dit-il « trouver comment transformer ces espaces en entités utiles. »

« C’EST UN DEVOIR ÉTHIQUE, POLITIQUE ET HISTORIQUE »

François Hollande lui dira que « j’ai demandé à vous rencontrer justement pour savoir comment vous avez pu réunir dans un seul conseil tous les représentants de la société civile qui n’est jamais simple. » Il lui rappelle que « la France a eu du mal à y parvenir. » Hollande interrogera Babès sur les moyens auxquels recourt le CNES pour s’acquitter de toutes missions énumérées auparavant.

Entre un propos et un autre, Hollande a rebondi sur le devoir de mémoire pour répondre à Babès qu’« il ne s’agit pas simplement d’une façon de parler mais d’agir non seulement pour rappeler un certain nombre de douleurs mais c’est une manière d’ouvrir un autre temps. » Il reprendra ses interrogations sur le CNES. « Comment faites-vous pour avoir l’autorité suffisante pour alerter ? » demande-t-il. Le socialiste français veut savoir notamment « comment l’Algérie réfléchit-elle sur l’après pétrole  ? Comment fera-t-elle pour passer d’une économie administrée à celle de marché, créatrice de richesses et de croissance ? » Il demande aussi à savoir comment transformer les CES en entités qui prennent en charge les questions environnementales.

« Doivent-ils devenir des espaces de négociations sociales ou simplement recycler des personnes auxquelles on n’a pas trouvé de place ailleurs (je parle de la France), » a-til interrogé. « Nous sommes dans un travail quasi-organique et statutaire, nous avons pour cela, une vingtaine de comités ad hoc, » lui dit le président du CNES. « Nous sommes en train de dresser la situation économique et sociale du pays durant l’année 2010, on élabore le rapport sur la conjoncture, on réfléchit évidemment comment sortir de la rente pour aller vers une économie d’offres, sinon on va dans le mur ! » répond toujours Babès. « Ici il y a de l’argent, en face il y a la crise, la vulnérabilité est là, » estime-t-il en soulignant « l’excédent de ressources monétaires en Algérie mais sans rien au plan micro-économique. »

Il ne s’empêchera pas de conclure l’entretien en réinvoquant le devoir de mémoire. « J’ai vu que Benjamin Stora fait partie de la délégation, » relève Babès. « Moralement » lui précise Hollande. « A deux jours de la célébration de la déclaration des droits de l’Homme, la France, le pays de l’auteur de cette déclaration ne peut s’excepter du devoir de mémoire universelle alors que le monde entier est allé vers ça ! C’est une exigence éthique, politique et historique,  » affirme Babès.

Ghania Oukazi

Tags: Algérie France François Hollande

Source : Le Quotidien d'Oran

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