L’Algérie paraît avoir fait,
hier, un grand pas en
direction du projet Desertec
piloté par les Allemands. La chancelière allemande
Angela Merkel a-t-elle
réussi à persuader le président
Abdelaziz Bouteflika ?
Celui-ci a-t-il obtenu des assurances
que la participation
algérienne ne va pas se limiter
à accueillir des installations
au Sahara… ? Après les propos
berlinois du président algérien
on a plus de questions
que de réponses. Le président
Abdelaziz Bouteflika en visite
en Allemagne et sans doute au
grand plaisir de la chancelière
Angela Merkel, a donné l’impression
de trancher favorablement
en faveur du projet
Desertec. Les deux responsables
ont annoncé la création
immédiate d’une commission
mixte. Il faut noter cependant
que les premières dépêches de
l’agence algérienne APS
n’évoquent pas nommément
le projet Desertec. Le président
Bouteflika a déclaré, selon
l’agence algérienne, que la
commission mixte oeuvrera à
renforcer les relations bilatérales
et encourager les opérateurs
économiques des deux
pays à saisir « les opportunités
offertes par le marché algérien,
en incitant notamment les
PME-PMI allemandes à s’y impliquer
davantage ». « La stratégie
de développement de
mon pays et les instruments de
la coopération bilatérale déjà
en place nous ont permis de
dégager de nouvelles potentialités
dans les secteurs de l’industrie,
de l’énergie, des énergies
renouvelables et des nouvelles
technologies ».
Selon la version de l’AFP, le
président Abdelaziz Bouteflika
a déclaré : « Nous travaillerons
dans les énergies nouvelles à
travers d’un projet colossal qui
s’appelle projet Desertec que
nous allons approfondir d’un
commun accord ». L’agence
précise que Mme Merkel et M.
Bouteflika devaient évoquer
plus à fond ce dossier lors d’un
déjeuner de travail à la chancellerie
en compagnie de représentants
des compagnies
participant au projet. Les propos
du président Bouteflika
soulèvent des interrogations.
A-t-il mis fin à partir de Berlin
à l’attitude de réserve des responsables
du secteur de l’énergie,
dont Youcef Yousfi ?
NE PAS ÊTRE
UNE SIMPLE TERRE
D’ACCUEIL
DES INSTALLATIONS
Il n’est pas inutile de rappeler
que de Chakib Khelil à
Youcef Yousfi les responsables
algériens du secteur de
l’énergie ont cultivé une attitude
où il n’y avait ni approbation,
ni refus catégorique
à l’égard de ce projet piloté
par les Allemands et où le
groupe privé algérien, Cevital,
est partie prenante depuis
son lancement. Une attitude
de réserve qui tranche avec
l’enthousiasme des Marocains
et des Tunisiens interprétée,
à juste titre, comme
une volonté de négocier la
part de l’Algérie au niveau
industriel et commercial ainsi
que pour la recherche. Audelà
des aspects de souveraineté
qui ne paraissent pas insolubles,
les responsables du
secteur de l’énergie ne veulent
pas que la participation
algérienne se limite à offrir les
espaces pour installer des infrastructures
dont les composants
sont importés. En clair,
l’Algérie veut un partenariat
qui dépasse le simple statut
de terre d’accueil.
UNE QUESTION
À « APPROFONDIR »
Sur les projets annoncés en
Europe comme Desertec ou
Transgreen, Youcef Yousfi a
fixé les trois conditions à l’implication
de l’Algérie : un partenariat
pour l’acquisition
technologique, la fabrication
en Algérie des équipements
qui rentrent dans les énergies
renouvelables et enfin l’assurance
que le marché européen
soit ouvert aux éventuels
excédents de production
d’électricité en Algérie.
Le ministre algérien de
l’Energie a indiqué que si ces
conditions étaient acceptées,
l’Algérie est prête à y participer
quelle que soit sa dénomination.
Dans le cas contraire,
« on n’ira pas », avait-il
ajouté. Il est clair, selon la formulation
rapportée par l’AFP,
que l’on est dans une attitude
franchement plus ouverte
à l’égard de Desertec. Mais,
ainsi que l’a noté l’agence de
presse, les deux parties doivent
encore « approfondir » la
question, ce qui signifie que
l’on est encore dans la négociation.
Le président Abdelaziz
Bouteflika reste-t-il dans
le cadre ambitieux fixé par
son ministre de l’Energie ou
a-t-il accepté d’aller dans le
projet Desertec en réduisant
les prétentions de l’Algérie en
matière technologique, industrielle
et commerciale ?
C’est la vraie question qui se
pose après les propos berlinois
de Bouteflika.
Salem Ferdi
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Source : Le Quotidien d'Oran