La côte d’Ivoire a-t-elle deux présidents ?? C’est la question que se posent les Ivoiriens depuis l’annonce controversée des résultats de la présidentielle de dimanche dernier. Hier, le président sortant Laurent Gbagbo a été investi à la tête de l’état, refusant dans les faits la victoire pourtant annoncée de son rival
Alassane Ouattara. Ce dernier, fort du soutien de la communauté internationale, a appelé Gbagbo à respecter les résultats des urnes, et a enjoint l’armée de rester neutre dans cette crise politique majeure que connaît le pays.
« Devant le peuple souverain de Côte
d’Ivoire, je jure solennellement et
sur l’honneur de respecter et de
défendre fidèlement la Constitution, de proté-
ger les droits et libertés des citoyens, de remplir
consciencieusement les devoirs de ma charge
dans l’intérêt supérieur de la nation », a déclaré
Laurent Gbagbo en prêtant serment au palais
présidentiel hier à Abidjan. « Que le peuple me
retire sa confiance et que je subisse la rigueur
des lois si je trahis mon serment », a-t-il ajouté
lors d’une cérémonie devant une très nombreuse assistance. Il semblerait néanmoins que le
président sortant, autoproclamé vainqueur de la
présidentielle du 28 novembre dernier, a commis un parjure : un péché originel avec lequel
il compromet un mandat usurpé. Car, pour le
peuple ivoirien et pour la communauté internationale, le vainqueur sorti des urnes n’est autre
que l’opposant historique et ancien Premier
ministre Alassane Ouattara.
Sans surprise et eu égard aux diverses
manœuvres et intimidations orchestrées par le
camp du président sortant, le Conseil constitutionnel avait déclaré avant-hier Laurent Gbagbo vainqueur de l’élection présidentielle, avec
51 % des voix. Jeudi soir, l’institution, présidée
par un proche du chef de l’Etat sortant, avait
invalidé le résultat proclamé par la commission
électorale indépendante (CEI), qui donnait la
victoire à Alassane Ouattara avec 54 % des
voix. Le Conseil a annoncé vendredi avoir
annulé les votes dans sept départements du
Nord, fief de l’ancien Premier ministre, où,
selon le camp Gbagbo, le scrutin avait été
« frauduleux ». Vendredi soir, Ouattara sortait
toutefois de sa réserve en déclarant officiellement « être le président élu de la République de
Côte d’Ivoire ».
Mieux, l’ancien numéro deux du FMI, surnommé « ADO » par ses partisans, a réussi à
damer le pion à son rival avec des soutiens de
taille. La communauté internationale a d’ores
et déjà reconnue Alassane Ouattara comme le
président « élu » de Côte d’Ivoire.
Dès vendredi soir, le secrétaire général de
l’ONU a été le premier haut responsable international à reconnaître la victoire de Ouattara et
à le féliciter. « Le secrétaire général félicite M.
Alassane Ouattara (...) pour son élection et
demande au président élu de travailler pour une
paix durable, la stabilité et la réconciliation en
Côte d’Ivoire », a ainsi déclaré le porte-parole
de Ban Ki-Moon. La responsable de la diplomatie européenne Catherine Ashton lui a
immédiatement emboîté le pas. « Je félicite M.
Ouattara pour sa victoire », indique-t-elle dans
une déclaration, où elle appelle toutes les parties au processus électoral à « accepter les résultats, tels que certifiés par le représentant spécial
du secrétaire général des Nations unies ».
Toujours, vendredi soir, Paris a également pris
position. Dans un communiqué, Nicolas Sarkozy a félicité le « président élu » Alassane Ouattara et a lui aussi demandé à Laurent Gbagbo
de « respecter la volonté du peuple ». Même
soutien du côté de Washington. Barack Obama
lui aussi a félicité vendredi soir Alassane Ouattara « pour sa victoire » et appelé le président
sortant à « reconnaître et respecter » le résultat
du scrutin. « La commission électorale indépendante, des observateurs dignes de foi et accré-
dités, ainsi que les Nations unies, ont tous
confirmé ce résultat et certifié sa fiabilité », a-til estimé. De son côté, le directeur général du
Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn a souligné hier que son institution ne travaillerait pas avec un gouvernement non reconnu par les Nations unies,
comme celui de Laurent Gbagbo.
Mais le soutien le plus décisif à Ouattara est
incontestablement celui du Premier ministre
ivoirien Guillaume Soro. L’ancien chef rebelle
du Nord a déclaré, hier, devant la presse à
Abidjan, qu’il reconnaissait Alassane Ouattara
comme président, et qu’il allait lui remettre la
démission de son gouvernement. L’impasse
dans laquelle le président sortant a plongé son
pays est-elle conjoncturelle ? Ou bien est-elle
structurelle dans le sens où elle trouve ses origines dans les fondements même de l’Etat ivoirien moderne qui a échoué dans la construction
d’un Etat-nation moderne ? L’épisode Gbagbo-Ouattara est symptomatique, car il lève le
voile sur la fragilité « ontologique » de l’Etat
postcolonial en Afrique subsaharienne.
M’hamed Khodj
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Présidentielle
Source : Le Jeune Independant