Après Fadela Amara, voici Rachida Dati
en visite à Alger. L’émigration nous a
conduits à cette situation saugrenue de
recevoir en Afrique des officiels français
originaires de chez nous.
Pour les
Algériens, cette curieuse promotion outremer pourrait procurer de la satisfaction,
comme une revanche sur la colonisation
qui voulait si mal nous traiter en notre
propre territoire. Mais, pour emprunter
l’expression de Frantz Fanon, il y a ce
danger permanent que derrière ces « peaux
noires » se cachent des « masques blancs ».
Parce qu’il ne suffit pas d’avoir un passé
de colonisé pour avoir la conscience des
droits des peuples à l’autodétermination.
L’eurodéputée Rachida Dati déplorait, il y
a quelques jours, la dernière résolution du
Parlement européen portant envoi d’une
mission d’enquête sur les violences
commises par le Maroc contre les
populations du Sahara occidental, dans la
région d’El-Ayoune. Elle prétexta d’une
certaine « précipitation » de croire à la thèse
de la répression inhumaine… L’ex-Garde
des Sceaux de la République française
ignorerait-elle que c’est justement pour
lever le doute qu’on diligente une
enquête ? Aurait-elle peur des conclusions
en raison d’une obédience non avouée
mais qui crève les yeux ? Assurément, ses
liens trop étroits avec le makhzen l’ont
menée à cette erreur politique de défendre
l’infamie. A moins que ce ne soit la
position officielle de la France sur la
question du Sahara occidental qui ait
exhorté la magistrate de profession à se
transformer en avocate du diable. Dans les
deux cas, le déficit d’objectivité marquera
sa carrière « précipitée » de politicienne
sans envergure.
La politique sarkozyste
d’ouverture sur la diversité, par la
propulsion aux postes de ministres de
Français sans souche, a peut-être corrompu
des esprits, si bien qu’on a assisté à une
vague de reniements en guise de gage à la
France chez les métèques ambitieux. Une
situation détestable ayant suscité un
sursaut identitaire chez Rama Yade qui
s’est clairement opposée au discours du
président français, en son pays d’origine, à
Dakar, affirmant que l’homme africain
n’était pas encore entré dans l’histoire.
L’arrivisme et le copinage impliquent
parfois ce dilemme au pays des droits de
l’homme : se risquer à défendre la vérité
historique ou choisir le mensonge pour
payer son assimilation.
Pour Rachida Dati, le choix s’est fait sans
risque.
N. M.
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Source : Le Jeune Independant