Mohammed VI semble avoir cessé
d’intéresser Bouteflika en
2005 quand dans un geste spectaculaire
mais vain il a décidé à l’ultime
minute de faire annuler une visite programmée
d’Ouyahia à Rabat. Pas de casus
belli mais un froid persistant depuis.
La relation entre le président Abdelaziz
Bouteflika et le roi Mohammed VI a
sans doute définitivement tourné à l’inimitié
lorsque le 17 juin 2005, le ministère
marocain des Affaires étrangères a annoncé,
à la toute dernière minute, qu’une
visite prévue d’Ahmed Ouyahia au Maroc
était « inopportune ». Le geste que
même les divergences durables sur le
Sahara Occidental ne pouvaient justifier
était inélégant. Et on le devine
aujourd’hui à la lecture des câbles diplomatiques
américains, révélés par Wikileaks
(accessibles via le site d’El Pais) totalement
contreproductif. C’est l’équivalent
diplomatique du coup de 1994 où
les Marocains ont accusé, totalement à
tort, les services algériens d’être responsables
d’un attentat dans un hôtel à Marrakech.
La décision marocaine, indubitablement
celle du roi, a été reçue comme
un « affront » par Abdelaziz Bouteflika
qui a expliqué à Jacques Chirac et George
Bush qui intercédaient pour Mohammed
VI que quand ce dernier était enfant,
lui était déjà un « vétéran » de la diplomatie.
« Je ne suis pas Jésus, je ne vais
pas tendre l’autre joue », a déclaré le président
Abdelaziz Bouteflika qui, sans savoir
que Wikileaks se chargera d’en faire
la diffusion, a livré crûment son opinion
sur le roi marocain. « Je ne serrerais pas
la main du roi » a déclaré le président
Bouteflika en juin 2006 à Frances Townsend
Fragos, conseillère de George W
Bush pour les affaires de sécurité. Il a estimé
que Mohammed VI n’était « pas
ouvert et n’avait aucune expérience ».
BOUTEFLIKA N’A PAS
LE « MÊME SENS DE L’HUMOUR »
QUE M VI
Tout le contraire de son père, Hassan II
ou de son frère Moulay Rachid avec lequel
il a « bavardé et plaisanté avec bonheur…
Je ne peux pas faire la même chose
avec le roi car nous n’avons pas le
même sens de l’humour ». Abdelaziz
Bouteflika dit croire au dialogue pour résoudre
les différends mais qu’il ne croit
pas au « dialogue entre lui-même et Mohammed
VI ». Le roi marocain a été
moins expansif que le président algérien
mais son explication des raisons qui motivent
le refus d’Alger d’ouvrir les frontières
est d’une trivialité…royale. Il a ainsi
déclaré, le 19 août 2005, au sénateur
Dick Lugar, que Bouteflika n’ouvre pas
les frontières « car il craint que des millions
d’Algériens n’aillent au Maroc » car
l’Algérie n’est pas « attrayante ». Ce n’est,
bien entendu, pas la bonne raison, le
gouvernement algérien n’étant pas gêné
par le déferlement estival régulier des
Algériens vers la Tunisie où ils trouvent
des conditions plus « attrayantes ». Le roi
a semblé aussi jouer sur le thème de la
sécurité cher aux Américains en déplorant
le manque de coopération avec l’Algérie
lors d’une rencontre avec David
Welch. « Malgré les possibilités évidentes
de coopération le président Bouteflika [...] a préféré le statu quo « a déploré Mohammed
VI en rappelant qu’il s’était rendu
en 2005 à Alger pour « essayer de
sortir de l’impasse » mais que son geste
n’a pas eu de réciprocité.
PAS DE GUERRE
POUR LE SAHARA
Le Roi, explique le journal El Païs qui
fait partie des journaux « élus » par Wikileaks
au traitement des câbles, a loué
« naïvement » les « efforts inlassables » de
Larbi Belkheir, ancien ambassadeur à
Rabat, pour améliorer les relations alors
qu’il était un des plus critiques à l’égard
du palais royal dans les discussions avec
les Américains. Les collaborateurs du roi
sont plus expansifs que lui et dressent à
Christopher Ross, l’image d’une Algérie
où le pouvoir est entre les mains de « généraux
dogmatiques » « pétrifiés » par le
plan d’autonomie pour le Sahara. En lisant
les câbles de Wikileaks, les Marocains
pourront découvrir que Bouteflika partage
le point de vue des « généraux dogmatiques
» et signifie très clairement – cela est
souligné par l’ambassadeur Robert Ford
– qu’il n’exercera pas de pressions sur les
Sahraouis. « Si je pouvais résoudre le problème
je le ferais mais je ne peux pas parler
à la place des Sahraouis. » Ce qu’il faut
c’est que « le Maroc et le Polisario trouvent
une solution, et ils peuvent le faire
avec l’aide des Américains ».
L’Algérie défendra
l’autodétermination même si elle
serait le dernier Etat au monde à le faire
a-t-il fait remarquer en soulignant qu’il
permettait à peine aux Sahraouis de s’occuper
des ordures. Pour Bouteflika, les
Marocains ont fait l’erreur de lier la sécurité
du trône au Sahara Occidental. Au
lieu de faire une approche « élégante » en
acceptant l’indépendance du Sahara
qu’ils auraient pu « contrôler » ou « superviser
», ils veulent « un Anschluss, comme
Saddam Hussein avec le Koweït ».
LA FRANCE N’A PAS
DE RÔLE À JOUER
Les diplomates américains mettent aussi
en exergue l’affirmation du président
Bouteflika que le Sahara Occidental ne
sera pas un casus belli avec le Maroc. Il
indique qu’en 1999, l’armée et les services
ne partageaient pas ce point de vue.
Les câbles confirment aussi l’appréciation
des responsables algériens sur la disqualification
de la France dans toute participation
à une éventuelle solution au
Sahara Occidental. La France « n’a jamais
vraiment accepté l’indépendance algérienne
» et tente de régler ses comptes
avec l’Algérie « en appuyant le Maroc » a
déclaré en 2007 le président algérien
Bouteflika, selon des mémos diplomatiques
américains diffusés par WikiLeaks.
Les Français, « du fait du poids de leur
histoire coloniale au Maghreb, sont incapables
de jouer un rôle constructif dans
le conflit ». Les câbles montrent, par
ailleurs, les efforts déployés par les Marocains
pour convaincre les Américains
de l’existence d’un lien entre le Polisario
et Al Qaïda. Sans succès. Les diplomates
américains constatent un véritable
souci du Polisario à se prémunir d’un tel
risque. Les câbles fuités n’apportent pas
de révélations mais ils donnent à voir clairement
la grande distance qui sépare les
responsables algériens et marocains.
Salem Ferdi
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Source : Le Quotidien d'Oran