Sous réserve de confirmation
par les autorités françaises,
l’Aqmi exige de Paris, en
échange des sept employés
d’Areva qu’elle détient en otage,
l’abrogation de la loi française interdisant
le port du voile intégral,
la libération d’un certain nombre
de détenus terroristes qui lui sont
affiliés et le versement d’une rançon de sept millions
d’euros.
Paris, on le sait, n’exclut pas des négociations
avec le groupe terroriste. Ce qu’Alger n’appréciera
guère et n’est pas fait pour améliorer les
relations politiques algéro-françaises déjà tendues
pour d’autres raisons.
C’est pourquoi, contrairement à l’une de nos consoeurs
qui croit avoir décelé de « l’emballement » dans
un sens positif dans les relations politiques algéro-françaises,
l’on est nous pessimistes sur leur évolution.
Ces temps-ci, Alger accueille de nombreuses personnalités
de l’Hexagone. Ce qui donne l’impression qu’un
dialogue est tenté pour assainir le climat de mésentente
qui prévaut entre les sphères officielles des deux pays.
Sauf que celles-ci sont mues sur les dossiers qui font
problème par des considérations et des motivations antagonistes,
que les seuls échanges qui ont lieu à l’occasion
des visites évoquées plus haut ne peuvent
nullement rapprocher.
Il se joue au Sahel, entre l’Algérie et la France, une
partie qui va être lourde de conséquences sur leurs relations
bilatérales. Paris a tort de se laisser aller, dans
les évènements qui affectent la région du Sahel, à son
penchant néocolonialiste qui fait abstraction de la vision
que s’en fait l’Algérie, concernée au premier chef par leur développement. Alger et
Paris sont en confrontation dans la
région, alors que les deux capitales
ont à faire à la même menace que
représente l’Aqmi, qu’elles combattent
ailleurs en développant une coopération
fructueuse entre leurs services
de renseignements.
Au Sahel, la France agit et se
comporte comme si elle considère l’Algérie en tant
qu’adversaire dont il faut neutraliser l’influence auprès
des Etats riverains et rendre caduque sa stratégie de
lutte antiterroriste, privilégiant le « compter sur soi »
des pays de la région.
L’antagonisme franco-algérien sur cette question risque
de s’aggraver au cas où Paris, ignorant l’opposition
d’Alger au versement de rançon, s’engage sur cette voie
avec l’Aqmi pour obtenir la libération des otages. L’aspect
humanitaire que Paris invoquera en la circonstance
ne désarmera nullement les autorités algériennes,
qui voient à bon droit dans l’argent ainsi procuré au
groupe terroriste la source de renforcement des capacités
de nuisance de celui-ci.
S’ajoutant aux autres causes de friction qui sont à
l’origine de la brouille algéro-française, celle du versement
de rançon à l’Aqmi ne fera alors que l’envenimer.
Si donc « emballement » il est à considérer dans la relation
politique entre la France et l’Algérie, c’est celui
qui mène à sa détérioration accentuée qu’il faut envisager.
Ce que les canaux officiels en charge de la gestion
de cette relation ont manifestement anticipé en se fermant
à la communication bilatérale et laissé le soin de
maintenir celle-ci à des « bonnes volontés », mais sans
pouvoir d’agir sur les rapports d’Etat.
Kharroubi Habib
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Source : Le Quotidien d'Oran