Le dénouement de l’affaire du diplomate
algérien Mohamed Ziane Hasseni
a provoqué le dégel de la relation
algéro- française après l’avoir sclérosée
pendant près de deux ans.
L’affaire Hasseni aura défrayé la
chronique tant il est vrai qu’elle a
été menée par les autorités policières
françaises d’une manière tout à fait
contraire aux usages universels consacrés
aux statuts diplomatiques. En effet, l’arrestation
du diplomate algérien à sa descente
d’avion, sur le tarmac de l’aéroport
de Marseille, en août 2008, était en
principe illégale, étant entendu que le mis
en cause jouissait de l’immunité diplomatique.
Hasseni était, faut-il le rappeler,
en fonction au niveau du ministère des
Affaires étrangères, un ministère de souveraineté
nationale de surcroît, et occupait
le poste de directeur du protocole.
C’est en évidence cette affaire qui a paralysé
les relations algéro-françaises. Alger
avait beau rouspéter sur la manière
avec laquelle elle a été diligentée par
les Français, en vain, Paris est resté
sourd à ces appels qui émanaient des
plus hautes autorités du pays, du Palais
même d’El-Mouradia. C’est la bévue - une de plus - que la France n’aurait
pas dû commettre à l’égard d’un partenaire
qu’elle qualifie pourtant « de privilégié
et de stratégique ».
Juristes et diplomates s’entendent à
préciser qu’au cas où un diplomate,
de quelque pays qu’il soit, pèseraient
sur lui des soupçons d’un délit quelconque,
il ne peut être arrêté dans un
pays étranger avec une manière aussi
cavalière. Les procédures judiciaires
dans pareil cas sont claires et se ressemblent
toutes à travers le monde.
L’on note ainsi, que si Hasseni était
coupable d’avoir participé dans l’assassinat
en 1987 de maître Mecili, les autorités
françaises avaient toute latitude de
le déclarer « persona non grata » comme
il est d’usage à travers le monde dans
une affaire de stature diplomatique. Le
dossier aurait été ainsi classé sous le
sceau « de la raison d’Etat ». Au regard
du cheminement qui lui a été tracé, il
semble que la France a refusé de recourir
à une telle procédure.
Le cas de Hasseni semble assurément
une carte que Paris a sortie pour faire
pression sur le gouvernement algérien
qui a fait savoir officiellement et publiquement
qu’il cherchait à diversifier ses
partenaires économiques. Une telle annonce
à un moment où le président de
la République annonçait le dépôt d’une
mise de l’Etat algérien de plus de 21.214
milliards de dinars pour l’exécution de
son programme quinquennal 2010-
2014, soit plus de 286 milliards de dollars,
a incontestablement troublé les esprits
français qui pensent avoir comme
« un droit d’aînesse » sur l’Algérie, de par
la longue et douloureuse histoire qui lie
les deux pays. L’affaire Hasseni avait
donc ouvert un front supplémentaire en
plus de ceux attisés par les effets indélébiles
et désastreux de la colonisation.
LES MAUVAIS EFFETS
D’UNE DÉSINVOLTURE
Des sources bien au fait de ce lourd contentieux
affirment que la France de
Sarkozy a agité ainsi l’affaire Hasseni en
vue de faire plier les autorités algériennes
pour qu’elles cèdent sans trop de
contraintes, des parcelles des nombreux
marchés économiques nationaux. L’envoi
de Hasseni devant la justice française
après son arrestation en 2008 a
cependant amplement contribué à grossir
la discorde entre les deux pays. Paris
a ainsi préféré provoquer Alger alors
qu’il aurait pu régler cette fâcheuse histoire
sans malveillance.
L’on fait remarquer au niveau des sphères
décisionnelles algériennes que les
autorités françaises n’ont pas véritablement
mesuré l’effet de la désinvolture dont elles ont fait preuve vis-à-vis d’un
pays qui a toujours nourri une jalousie
morbide à l’égard de sa souveraineté.
La contre-attaque d’Alger ne s’est fait
ni attendre ni discrète. La loi de finances
complémentaire de 2009 a consacré
des dispositions qui ont profondément
perturbé la présence économique
française en Algérie. Le nombre de produits
français importés par les Algériens
a considérablement baissé. Le branlebas
de combat qui s’est déclaré au port
de Marseille dès l’entrée en vigueur de
la loi en question a montré le malaise
dans lequel ont été plongés les entrepreneurs
français. De nombreuses correspondances
sont parvenues de la
France à l’Algérie pour tenter de faire
changer d’avis au gouvernement et lui
faire lever le pied sur les restrictions qu’il
a décidées. Mais plus les Français insistaient
auprès des Algériens pour leur
faire réviser leur position, plus ils les affirmaient
encore plus. Ceci, tant que l’affaire
Hasseni n’était pas encore résolue.
PARIS OPTE
POUR « LE PRAGMATISME »
C’était un véritable bras de fer qui s’était
installé entre les deux parties. Alger avait
refusé un grand nombre de visites d’officiels
français. Le président Bouteflika
avait annulé sa visite en France. Rares
sont les responsables français qui sont
passés à travers les mailles du filet du
refus algérien de les recevoir, à l’exemple
de Guéant, ce décideur au niveau
de l’Elysée n’avait eu pour sa première
visite à Alger que le Premier ministre
comme interlocuteur. Guéant avait demandé
à rencontrer Bouteflika mais ce
dernier avait refusé catégoriquement. Le
chef de l’Etat avait décidé de faire d’Ouyahia
le seul interlocuteur des Français
alors qu’il savait pertinemment que certains
de leurs milieux officiels et d’affaires
avaient demandé sa tête. Ouyahia
était accusé par Paris d’avoir élaboré
une loi de finances qui remettait en cause
ses intérêts économiques.
Ce n’est que l’été dernier que l’affaire
Hasseni a trouvé son épilogue. Elle a
été sortie du dédale de la justice française.
Une fois le diplomate blanchi, les
esprits semblent devenus sereins. L’effet
de la relaxe du diplomate algérien
sur les relations entre les deux pays a
été instantané. La désignation par le
président français de l’ancien Premier
ministre, Jean-Pierre Raffarin, pour
prendre en main le dossier « Algérie » a
tout de suite été rendue publique par
l’Elysée. La secrétaire d’Etat française
au Commerce a passé dimanche et lundi
derniers à Alger pour faire part de la
volonté de Paris de cautionner d’importants
projets d’investissements. La loi de
finances 2009 devient subitement un
lointain souvenir même si ses dispositions
les plus contraignantes ont été confirmées
par la loi de finances complémentaire
pour 2010. « Les entreprises
françaises ne sont pas là pour faire passer
un message de récrimination, ni de
doléances, encore moins de jugement,
c’est un message pragmatique tourné
vers les projets », a déclaré Anne-Marie
Idrac à ce propos. Le maître-mot de la
reprise avec l’Algérie pour laquelle plaide
fortement la France est « pragmatisme
». Il reviendra souvent dans la bouche
de la responsable française.
L’Algérie devrait-elle faire autant en faisant
preuve de pragmatisme et en laissant
de côté ses imprévisibles états
d’âme. Elle devrait notamment s’abstenir
de réclamer les excuses de la France
coloniale. Elle gardera ainsi intacte la
place honorable et prestigieuse qu’occupe
la guerre de libération nationale
dans l’Histoire des peuples et des nations
de l’Humanité tout entière.
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Procès
Source : Le Quotidien d'Oran