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Algérie - Etats-Unis : Eviter les débordements

31 octobre 2012

La visite éclair de la secrétaire d’Etat américaine à Alger rappelle, si besoin est, que l’Algérie garantit d’importants intérêts aux Etats-Unis qu’ils se doivent de préserver aujourd’hui en tempérant les emportements des Européens en faveur d’une guerre dans la région.

Les Américains ne semblent pas enclins, pour l’instant, à défendre et à accepter une option militaire dans le Nord-Mali comme recherché par la France. Les quelques heures qu’Hillary Clinton a passé lundi dernier à Alger ont été selon des responsables algériens, très fructueuses en terme de précisions à cet effet. « Non pas, parce que la responsable américaine a voulu apporter son soutien aux officiels algériens en matière de règlement de la crise au Mali » mais explique l’un d’eux « parce que les deux pays se partagent des intérêts majeurs et pour les préserver, chacun d’eux se doit de les défendre en respectant un certain nombre de règles. » C’est ainsi d’autant plus vrai que les responsables algériens comptent, nous dit-on, beaucoup sur les Américains, pour les aider à freiner les emportements des Européens avec à leur tête la France, en faveur d’une intervention militaire dans le Nord-Mali « dans les plus brefs délais. » Il est admis que l’option militaire défendue par la France ne peut-être envisagée que si les Etats-Unis la cautionnent entièrement.

A moins, disent nos sources, que « les Américains se voient, contraints dans le cadre de l’OTAN, d’approuver une intervention militaire à la libyenne c’est-à-dire avec des forces atlantistes. Mais on n’en est pas encore là pour le moment, les Américains veulent jouer l’apaisement.  » Mme Clinton est donc venue préciser le cadre de règlement d’une situation qu’elle juge « très complexe et aux problématiques très compliquées. » Elle est venue, selon nos sources, « clarifier les deux positions, l’algérienne et l’européenne en essayant de trouver un juste milieu pour ne pas froisser les Algériens tout en faisant en sorte de ne pas trop déplaire à ses alliés Européens. » En plus de son exposition de la situation dans le Nord-Mali, elle a noté la nécessité de faire face aux problèmes du terrorisme et du trafic de drogue dans la région. » L’Algérie, constitue aux yeux des Américains « une petit laboratoire en la matière, » estiment nos sources.

Aujourd’hui, expliquent les stratèges algériens, « les Américains veulent avoir un droit de regard plus détaillé et plus précis sur la thèse algérienne de règlement de la crise malienne parce qu’ils savent que l’Algérie connaît bien ses voisins africains. » Hillary Clinton a d’ailleurs déclaré dans ce sens que, ,« j’ai beaucoup apprécié l’analyse du président Bouteflika qui est fortement enrichie par sa très longue expérience dans la région. »

« LES AMÉRICAINS SONT TRÈS PRÈS DE LEURS INTÉRÊTS »

Il faut reconnaître que le commerce informel ainsi que le troc de marchandises qui se pratiquent aux frontières sud du pays ont de tout temps rapprochés les populations et leur ont permis de tisser des liens d’amitié solides entre elles. » Les Américains ont ainsi constaté que l’Algérie maîtrise les tribus touaregs dans ses régions du sud et qu’elle n’a jamais eu de problèmes avec eux, donc le problème ne se pose pas chez elle. » Ce qui, en langage géostratégique, signifie selon eux que« les nombreux et importants intérêts américains ne sont ni dans le Nord- Mali ni dans la région du Sahel, ils se trouvent bien en Algérie et sont bien préservés et qu’il faille faire en sorte qu’ils le soient tout le temps. » Une intervention militaire non réfléchie pourrait déborder et retentir dans le sud algérien. Ce que les Américains réfutent parce qu’ils sont très près de leurs intérêts. « C’est pour cela qu’ils ne veulent pas que ça soit fait dans la précipitation pour ne pas bouleverser la région, même si le pétrole et le gaz algériens sont à Hassi Messaoud et Hassi R’Mel donc loin des frontières, » pensent nos interlocuteurs.

Pour la genèse de cette conception et le ciblage des intérêts, les Américains savent que l’Algérie continue d’évoluer dans le giron russe notamment, rappellent des responsables « pour l’acquisition d’armements lourds. » Mais ils pensent que « c’est un partage de rôles géostratégiques entre les deux puissances.  » Un haut responsable nous disait hier qu’à ce titre, « l’Algérie a toujours acheté des armes chez les Russes, la visite de Poutine à Alger a bien permis la signature d’un contrat d’armement de 7 milliards de dollars, les Américains le savent et l’acceptent. » Les Etats- Unis ont cependant préféré « miser sur le pétrole et le gaz algérien, » indique notre source qui précise que « les Russes ont essayé de rentrer dans le marché algérien avec Gazprom mais ils ne pèsent rien devant la présence américaine dans les champs pétroliers algériens. »

« LES DÉMOCRATES N’ONT JAMAIS DÉCLENCHÉ DE GUERRE »

Autres avantages que les Américains scrutent. « Ils gardent un oeil vigilant sur Tamanrasset où ils ont déjà une base ou plutôt une piste d’atterrissage, » affirment nos sources. Le plateau du Hoggar se prête, selon les spécialistes excellemment bien à la recherche spatiale. « C’est un plateau très élevé, tout le temps dégagé, il est tout indiqué pour faire de la recherche spatiale qui serait en plus utile aux corps de sécurité, » nous dit-on. Ce qui en principe devra profiter aux deux parties, « l’Algérie devant recevoir dans ce cadre d’exploitation du sud, des informations qui lui seront nécessaires pour bien gérer ses territoires, un grand chantier jamais ouvert, mais quitte ce que ça soit fait avec l’aide des Américains. » D’autant que ce qui est évident, pensent les analystes « c’est qu’Algériens et Américains savent que par son insistance et son empressement pour intervenir militairement dans le Nord -Mali, la France vise la déstabilisation de l’Algérie. » Paris pense aussi à la constitution d’un Etat touareg dans la région. « Ce qui provoquerait la cassure entre le nord et le sud algérien,  » souligne-t-on.

Le rapprochement américain des officiels algériens repose par ailleurs, sur le fait disent nos sources, que « l’Algérie occupe une place importante dans le contrôle de la sécurité au sein de l’Union africaine, Ramadhan Amamra a été reconduit à la tête de la commission chargée de cet épineux dossier. » Le tout doit être analysé en référence à un élément fondamental dans la politique extérieure américaine qui montre que contrairement aux républicains, les démocrates n’ont jamais déclenché de guerre. « Ils n’ont jamais été à l’origine d’une guerre même si depuis 1945, ils cautionnent des enjeux stratégiques à travers des conflits armés, » affirment nos sources.

La venue à Alger de Mme Clinton serait ainsi un signal à toutes les parties concernées par la crise malienne, particulièrement les Européens et les gouvernants maliens qui s’entêtent à vouloir une intervention militaire, de suite. « Les Américains ont compris que la position algérienne est assez claire et qu’attaquer le Mali serait contre-productif, si tous les éléments ne sont pas maîtrisés, » concluent nos interlocuteurs. Cette « compréhension  » représente l’essentiel de ce que les deux pays ont convenu d’appeler « dialogue stratégique. »

Tags: Algérie Etats-Unis Mali Hillary Clinton

Source : Le Quotidien d'Oran

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