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Le « problème de Bamako » et l’emprise djihadiste

L’intervention militaire au Mali : plus facile à dire qu’à faire

4 juillet 2012

On reparle d’intervention militaire avec insistance à la faveur de l’évolution dramatique de la situation au nord du Mali, notamment à Tombouctou et Gao, et la quasi-élimination des rebelles touareg du MNLA du jeu politico-militaire.

La démarche d’Ançar Eddine, mouve ment djihadiste issu de la rébellion targuie, aiguillonné par les groupes terroristes d’AQMI et du Mujao, donne des arguments pour ceux qui prônent une intervention. Les destructions barbares du patrimoine religieux séculaire de Tombouctou créent une dramatisation qui tend presque à faire oublier que le problème essentiel se trouve au Sud, dans le quasi-effondrement de l’Etat malien et de son armée. C’est cela qui explique l’accélération de l’emprise des djihadistes sur le nord du pays. Ils profitent de l’inexistence de l’Etat malien pour s’installer et imposer leur ordre.

Le désordre politico- institutionnel qui règne à Bamako rend totalement aléatoire une intervention militaire extérieure malgré l’émoi réel suscité par les destructions de Tombouctou. Le gouvernement de Bamako, qui reste dans les faits otages des putschistes, semble tenter d’occulter l’ordre des priorités en parlant de « reconquête des territoires occupés ». Son ministre des affaires étrangères, Sadio Lamine Sow, a affirmé, à l’issue d’une visite en Algérie, que son gouvernement « fera tout » pour récupérer le nord du Mali. « Tout ce qui peut être fait dans le sens pour nous d’une reconquête des territoires occupés, nous l’acceptons volontiers, que ces efforts viennent de l’Algérie ou, je ne sais pas, de la Suède ou de Monaco ou de la France, quand ces efforts vont dans ce sens-là, nous sommes d’accord », a-t-il déclaré dans un entretien à l’AFP. L’agence de presse précise qu’il n’a à aucun moment prononcé le mot « intervention militaire ». A la question précise de l’AFP, qui relaie une interrogation ou un souhait français et aussi de certains pays d’Afrique de l’Ouest, sur un possible engagement d’Alger dans l’option militaire, le ministre s’est refusé à toute réponse. Il a évoqué les « liens très forts » entre Alger et Bamako qui, selon lui, partagent « la même analyse de la situation  ». Il est clair que le ministre malien ne pouvait aller plus loin. Mais son propos sibyllin va dans le sens des déclarations et « analyses » médiatiques qui s’interrogent, s’offusquent voire s’indignent de « l’attentisme  » de l’Algérie. C’est une démarche de pressions où, parfois sous des dehors d’éloges genre « rien ne peut se faire sans l’Algérie  », on presse les algériens à une intervention militaire. Certains, quand ils ne l’accusent de « manipuler » les choses, suggèrent que puisque l’Algérie est, par principe, contre une intervention étrangère, elle devra « faire le boulot ».

LA SOLUTION POLITIQUE, ENCORE POSSIBLE ?

La diplomatie algérienne a, jusqu’à présent et malgré le facteur dramatique des diplomates détenus en otages, évité tout engagement public dans ce sens. Si une option militaire ne peut pas être exclue « par principe » au vu de la gravité de l’évolution de la situation au Nord du Mali, elle reste néanmoins tributaire, au moins, d’une sérieuse remise en ordre à Bamako. D’où la persistance à affirmer, à l’instar d’Abdelkader Messahel, ministre délégué aux affaires africaines et maghrébines, que la « solution politique » reste possible. Mais elle devient de plus en plus difficile. Le MNLA qui s’est affaibli en sautant le pas de la proclamation de l’indépendance de l’Azawad est une partie de la solution, Ançar Eddine aussi… à condition qu’il puisse être déconnecté des groupes djihadistes terroristes Aqmi et Mujao. L’objectif théorique d’une solution politique serait en fait de trouver un terrain d’entente entre les « Maliens », c’est-à-dire le gouvernement de Bamako, le MNLA et Ançar Eddine. Deux de ces interlocuteurs potentiels, Bamako et le MNLA, se trouvent dans une situation de faiblesse tandis qu’Ançar Eddine apparait comme une force prise en otage par Aqmi et le Mujao. Ces faits montrent la difficulté d’une solution politique mais ils révèlent aussi l’aspect aléatoire d’une action militaire externe. Il reviendra aux Maliens, en premier lieu, à trouver des solutions qu’elles soient politiques ou militaires. L’extérieur peut servir d’appoint, il ne peut faire le « boulot  » à la place des Maliens. Au-delà de la langue de bois diplomatique et du travail, nécessairement souterrain des Services, c’est bien ce qu’il faut comprendre de « l’approche algérienne en matière de règlement de la crise malienne » pour reprendre la formule du porte-parole des AE, Amar Belani, à l’issue des rencontres de Messahel avec les ambassadeurs de Russie, de Chine et des Etats-Unis. Messahel devra rencontrer aussi aujourd’hui, une « délégation française conduite par Mme Helene Legal, conseillère +Afrique+ à l’Elysée » qui discutera avec Messahel de « la situation au Mali et au Sahel  ». Le représentant spécial pour le Sahel du ministre français des Affaires étrangères, M. Jean Félix Paganon, sera aussi du voyage.

Les Américains, avec beaucoup de bon sens, ont signifié qu’une force de la Cédéao de 3.300 hommes, devrait aller au Sud du Mali, à Bamako, pour rétablir la stabilité politique au lieu de se hasarder au Nord dans une opération trop « lourde ». Cela rappelle, au-delà de l’indignation légitime suscitée par les destructions commises à Tombouctou, où se trouve l’ordre des priorités. Il y a un gouvernement malien à libérer des « putschistes » et une armée malienne à reconstruire. C’est un préalable à toutes les options possibles pour résoudre le problème du Nord.

RÉGLER LE PROBLÈME DE BAMAKO

Le président guinéen Alpha Condé le dit clairement : il faut régler en premier lieu « le problème de Bamako » en formant un « gouvernement d’union nationale », qui aura seul « la légitimité pour demander l’intervention d’une force africaine ». Un mini-sommet de chefs d’Etat ouest-africains, avec des représentants de la classe politique et de la société civile du Mali, aura lieu samedi à Ouagadougou afin de mettre en place ce gouvernement. Il aura pour mission immédiate de créer les « conditions » pour « la tenue d’élections présidentielles pour sortir de la transition  ». « Plus on perd du temps, plus AQMI s’installe », a indiqué le président guinéen en estimant qu’il faut soutenir la reconstitution de l’armée malienne car une « intervention se fera nécessairement avec l’armée malienne ». Même si le président guinéen semble présenter cette démarche sous le sceau de l’urgence, il est clair qu’une remise en ordre politique à Bamako et une reconstitution de l’armée malienne demande du temps.

Tags: Al Qaïda Mali

Source : Le Quotidien d'Oran

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