Les récentes augmentations des salaires et l’éventuel
relèvement du SNMG font craindre le pire
pour un secteur public qui n’arrive pas à tenir
le cap de la relance économique.
Les responsables de l’Union nationale
des entrepreneurs publics s’activent
depuis quelques mois à évaluer la
situation qui prévaut au sein des entreprises
publiques et ce, en prévision de la prochaine
tripartite. Pour eux, ce rendez-vous
sera purement social puisqu’il sera plus question
de décider d’une revalorisation des salaires
sur la base de l’examen de plusieurs
variantes. Ceci dit, ils ont déjà considéré la
tripartite du 28 mai dernier comme ayant
été une tripartite économique dans la mesure
où les partenaires sociaux y ont eu à examiner
la situation des entreprises, la fraude
fiscale, les procédures fiscales, le rééchelonnement
de la dette des PME et leur mise à
niveau, les exportations hors hydrocarbures,
l’emploi et autres crédits aux entreprises.
Le président de l’UNEP nous a affirmé
hier que la prochaine tripartite examinera
les rapports des 8 groupes de travail issus
de la tripartite de mai dernier, le dossier
des retraites et la problématique de la limite
de l’âge de la retraite. Mais il y aura
surtout l’examen de possibilités d’une revalorisation
des salaires des travailleurs. Il
est possible que celle-ci se fera par une révision à la hausse du SNMG, une suppression
de l’IRG ou autres formules comme
la suppression de l’article 87 bis du code
du travail qui indexe les primes au salaire
de base. Ce qui devra donner une nouvelle
définition du SNMG. « Rien n’est encore
décidé, la tripartite nous permettra
justement d’en discuter », nous dit Ahcène
Benyounès. Il ne s’empêche pas cependant
d’exprimer des inquiétudes à propos d’une
revalorisation des salaires qui ne prendra
pas en compte l’état des entreprises économiques
publiques. Ceci, même s’il fait
savoir que « nous à l’UNEP, nous sommes
contents qu’il n’est plus question d’assainissement
des entreprises, d’argent mis
sans contrepartie de relance, aujourd’hui
le gouvernement a décidé de mettre en
oeuvre une vision globale par l’application
de plans de redressement, de business
plans, c’est important pour les entreprises ».
Ainsi, de nouvelles augmentations des salaires,
le laisse-t-il penser, que « les choses
pourraient se compliquer si les entreprises
n’amorcent pas leur relance et assurent
réellement la création de richesses ».
Benyounès affirme ainsi sans ambages que
« l’entreprise a des problèmes de capacités
de production qu’elle peine à reconstituer ».
Il fait part, entre autres, de la concurrence
déloyale qui a pris de l’ampleur en raison
de l’intensification de l’économie informelle
qui est, dit-il, « vive, importante et tentaculaire
». Sans compter le poids des « deux
millions de travailleurs qui ne sont pas
déclarés ». Il reconnaît que « le pouvoir
d’achat est important et que les travailleurs
sont en attente de quelque chose mais il
faut agir en parallèle pour mettre fin aux
dysfonctionnements de leur outil de production
». L’UNPE s’« active à faire les calculs
qu’il faut pour peser l’impact d’une
éventuelle revalorisation du SNMG sur le
Trésor public mais aussi et surtout sur les
ressources des entreprises publiques qui ne
sont pas, nous dit-on, très solides.
Il existe près de 900 entreprises publiques
où travaillent en principe plus de 400 000
mille personnes. L’UNEP estime que si le
SNMG passe de 15 000 à 18 000 DA, il
engendrera une augmentation de la masse
salariale de 57%. S’il passe de 15 000 à
20 000DA, le niveau de la masse salariale
augmentera de 75%. « Les deux taux sont
énormes pour un secteur public économique
qui n’en a pas les moyens », souligne le
président de l’UNEP.
Du côté syndical, les calculs de l’impact
d’éventuelles augmentations des salaires
à l’issue de la prochaine tripartite ont pris
de l’envol. L’on apprend que si le SNMG
est relevé à hauteur de 18 000 DA, le coup
qu’accusera le Trésor public sera de plus
de 10 milliards de DA chaque année pour
les 1,9 million de personnels de la fonction
publique. Ceci, sans compter les travailleurs
du secteur public. Dans le cas où
le gouvernement décidera de la suppression
de l’article 87 bis, il sera question d’une
nouvelle structuration du Salaire national
minimum garanti (SNMG) qui obligera
l’Etat à répondre à une augmentation de la
masse salariale de plus de 70 milliards de
DA chaque année. Ce que syndicalistes et
employeurs publics et privés qualifient de
« dépenses exorbitantes ! « En comptant
avec toutes les augmentations décidées tout
au long de l’année au profit de divers secteurs,
il est craint « une hausse vertigineuse
de l’inflation dont le taux doit inquiéter déjà
sérieusement, et des conséquences désastreuses
sur le Trésor public, le pouvoir
d’achat et les entreprises ».
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Source : Le Quotidien d'Oran