Peut-être bien que pareille situation n’a
pas été connue depuis fort longtemps
par les citoyens durant les journées de
l’Aïd, mais il faut dire que cette année
les commerçants n’y sont pas allés
avec le dos de la cuiller.
En effet, à Blida notamment et
d’autres régions du pays, c’était
soit ‘makache’ soit à des prix
imaginaires que les marchands, qu’ils
soient dans les magasins ou ailleurs,
accueillaient leurs clients avec, en prime,
un ‘Saha Aidkoum’ automatique
et sans chaleur. Ainsi, le sachet de lait
était introuvable durant le premier
jour alors qu’il fallait faire la chaîne
durant des dizaines de minutes les
jours suivants, sans être même pas sûr
de repartir avec le fameux aliment.
Même le pain qui n’a pas manqué le
premier jour (et Blida est une exception)
s’est fait plutôt rare durant les
deuxième et troisième jours de cet
Aïd, obligeant de nombreux citoyens
à faire des kilomètres pour en trouver,
se contentant même de pain rassis.
Pour les légumes, les marchés et
les étals des magasins étaient désespérément
vides et les rares produits
qui étaient présentés à la vente
l’étaient à des prix doublés ou triplés.
La pomme de terre affichait entre 50
et 60 DA, l’oignon 40 DA, la salade
laitue 160 DA, les carottes entre 70
et 100 DA, les courgettes 80 DA, les
poivrons entre 80 et 100 DA, les tomates
oscillaient entre 80 et 120 DA
le kilo. Les navets que personne
n’aime ont quand même eu la cote et
ont dépassé la barre des 250 DA le
kilogramme, pas toujours frais en
plus. Les aubergines ont couté 90 DA,
alors que les haricots à écosser présentaient
un 280 DA le kilo, inaccessibles
même pour les nantis. Outre les
prix très élevés, ces légumes n’étaient
pas de première fraîcheur et c’était à
prendre ou à laisser car vous ne pouviez
en trouver ailleurs. Pour les fruits,
très demandés en ces journées, l’occasion
était trop bonne pour qu’elle
ne soit pas mise à profit par une ribambelle
de vendeurs occasionnels
qui se sont greffés aux autres commerçants
qui ne pouvaient plus répondre
à la demande, très forte, de
la part de clients qui n’avaient pour
but que de trouver ce qu’ils cherchaient.
Le raisin, de qualité fort médiocre,
a affiché entre 150 et 300 DA,
la pastèque pourtant en pleine saison
a été vendue à 40 et 45 DA le kilogramme,
le melon entre 70 et 90 DA,
les figues ont dépassé les 200 DA,
alors que la banane, détrônée pour
un moment, était proposée à un modeste
120 DA. Les figues de barbarie
ont été vendues entre120 et 150 DA
le kilo, inimaginable il y a quelques
années, et les pommes ainsi que les
poires ont coûté entre 150 et 250 DA
selon la qualité, qui demeure quand
même très en-deçà des normes. Les
rares bouchers qui ont ouvert à partir
du troisième jour se sont mis au diapason
des autres commerçants et ont
vendu l’escalope de dinde à 850 DA
le kilo, le poulet à 300 DA encore
plein depuis plusieurs jours, la viande
rouge à 900 DA, alors que la viande
congelée était presque introuvable
sur le marché. Même les marchands
d’eau – il y en a de plus en
plus – ont fait de bonnes affaires dans
certaines régions où la distribution de
l’eau a connu des perturbations importantes
depuis avant le Ramadhan et, alors que la citerne d’eau était proposée
à 700 DA il y a quelques mois,
ces nouveaux rapaces la partagent
entre plusieurs habitants d’une même
cité à 300 DA pour chaque famille,
chacune d’elles n’en prenant que 400
à 500 litres, ce qui fait revenir la citerne
de 3.000 litres à près de 2.000 DA
! Il faut rappeler aussi que ce phénomène
est apparu surtout dans les
communes qui ont vu l’ADE prendre
la relève des APC sans que la continuité
du service ait été maintenue.
D’ailleurs, nous avons été approchés
par de très nombreux citoyens qui se
plaignaient du fait que l’ADE leur présentait
des factures – salées en plus –
pour une eau qu’ils n’ont reçue que
très rarement ou pas du tout, menaçant
de s’en prendre violemment à
tout agent qui viendrait leur réclamer
le paiement de ces factures qu’ils estiment
injustifiées.
Le week-end prolongé, qui a coïncidé
avec la célébration de l’aïd, a été
marqué à Oran par une véritable pénurie
de pain et d’autres produits de
large consommation. A l’instar des
années précédentes, la grande majorité
des boulangeries ont gardé leurs
rideaux baissés tandis que d’autres,
qui se comptent sur les doigts d’une
seule main, ont ouvert le temps
d’écouler une fournée. Les revendeurs
à la sauvette, vraisemblablement
informés de l’ouverture éphémère
de ces boulangeries, ont presque
tout raflé. La baguette a été, de
ce fait, cédée pour plus du double de
son prix initial, à savoir 20 dinars, au
niveau de la rue commerçante des
Aurès (ex-rue de la Bastille) et d’autres
endroits. C’était à prendre ou à laisser
et le citoyen, qui a vainement fait
le tour de la ville, s’est retrouvé au
pied du mur. D’autres revendeurs opportunistes
ont exploité l’aubaine
pour exposer à la vente des galettes
de pain. Au lieu des 20 dinars proposés
initialement, le prix de la galette a
été fixé à 40 dinars. Les vendeurs ambulants
se faisaient approvisionner
par leurs fournisseurs peu scrupuleux
qui leur livrent la baguette de pain en
très grande quantité à 15 dinars l’unité.
La solution de rechange : le pain
syrien. Là encore, les commerçants
ont été pris d’assaut par de nombreux
citoyens et les prix oscillaient entre 40
dinars à 50 dinars l’unité.
En ce week-end de fête, la capitale de
l’Ouest et ses localités environnantes
donnaient l’impression d’une ville fantôme
où presque tous les établissements
de commerce étaient fermés. Les usagers
ont été confrontés à un grand problème
de déplacement d’un point à
un autre et ce, en raison de l’insuffisance
des véhicules de transport public
dans la grande majorité des lignes
urbaines et suburbaines. Quelques
véhicules de taxi ont fait une timide
apparition et se sont avérés être insuffisants
pour les grappes de familles
agglutinées au niveau des arrêts de
bus. Ce malheureux état de fait a en
revanche suscité le bonheur des
taxieurs clandestins, qui n’ont pas hésité
à l’occasion d’augmenter le prix
de la course. « Le citoyen est toujours
le dindon de la farce », a fait remarquer
avec dépit un père de famille à
la recherche d’un sachet de lait.
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Source : Le Quotidien d'Oran