D’un côté, les pharmaciens
d’officine regroupés autour
de leur syndicat (le SNAPO)
et les associations de malades, de
l’autre, le ministère de la Santé.
Les premiers se plaignent de la
pénurie de médicaments. Le second
assure que « tous les produits
couvrant la pathologie d’urgence et
les maladies chroniques sont disponibles
ou en voie de l’être ».
Après la montée au créneau successivement
du SNAPO et des
associations de malades notamment
chroniques, un communiqué
du ministère de la Santé, répercuté
par l’APS, a fait état, avant-hier,
d’« une disponibilité de la majorité
des produits, dont les stocks ont été
reconstitués ou sont en instance de
reconstitution soit par la fabrication
locale, soit sont en cours d’expédition,
ou alors sont au niveau du
contrôle par le Laboratoire national
des produits pharmaceutiques ».
Le ministère soutient que « les
produits identifiés comme connaissant
une baisse des stocks existent
mais en Dénomination commune
internationale (DCI), sous d’autres
noms de marque ». Pour le département
de Ould Abbès, les états de
stocks des opérateurs pharmaceutiques
sont transmis mensuellement
au ministère de la Santé. Les opérateurs
qui ont signalé une baisse
des stocks ont été destinataires
d’une « demande d’explications ».
Les réponses collectées ont permis
au ministère de conclure qu’« il y a
une disponibilité de tous les produits
liés aux pathologies d’urgence
et aux maladies chroniques ». En
revanche, le ministère de la Santé
admet « une tension affectant les
pilules contraceptives. »
Pour le ministère, les produits
utilisés dans les pathologies réputées
de saison (notamment ceux largement
consommés pendant le
ramadhan), mais aussi des médicaments
nécessaires pour les diabétiques,
sont disponibles. « Les
insulines et les antidiabétiques
oraux sont disponibles.
A côté de l’insuline produite par
Saïdal, des quantités suffisantes
d’insuline ont été importées par des
opérateurs », soutient le ministère.
De son côté, un syndicaliste du
SNAPO, que nous avons contacté
hier, déplorait le fait que « la production
par Saïdal de l’insuline n’a
pas reçu l’aide nécessaire des pouvoirs publics ». Selon le SNAPO, les
ruptures de stocks affectent 230
médicaments, dont 170 sont indispensables.
C’est le cas notamment,
selon lui, des corticoïdes,
de la pilule contraceptive et des
antidouleurs pour les cancéreux.
Un pharmacien d’officine, interrogé
hier, faisait état d’une rupture de
stock affectant les spécialités, à
l’image de Rovamycine en sirop,
Modurétic, Célestène, Diprostène,
Tamgesic, Digoxine… « Ces
pénuries qui perdurent depuis
trois ans sont imputables, selon
le SNAPO, à une mauvaise
gestion dans le circuit de distribution
». « Certains importateurs exercent
une position dominante et de
monopole préjudiciable aux officines
», explique ce syndicat. L’association
des insuffisants rénaux se
plaint, quant à elle, de « l’indisponibilité
des médicaments pour le
traitement des malades ».
La Fédération nationale des insuffisants
rénaux (FNIR) s’élève elle
aussi contre « les récurrentes ruptures
de stocks affectant les produits
utilisés dans la greffe rénale ainsi
que l’absence des antiviraux ». « Ces
pénuries ont causé des cas de décès
à Oran et à Constantine », a
déploré le porte-parole de la fédération,
M. Boukhars Mohamed.
Après cette sortie médiatique de
cette fédération des insuffisants rénaux,
le ministère de la Santé, de
la Population et de la Réforme hospitalière
a réagi en diligentant une
enquête pour « connaître les raisons
de la tension enregistrée en Oranie
sur les produits antirétroviraux
(traitement du VIH/Sida) ». Ces dernières
années, le ministère de la
Santé a lancé un plan de développement
de la production locale du
médicament. Le département de
Ould Abbès a interdit d’importation
plusieurs centaines de médicaments.
Le ministère compte interdire
à l’importation 800 médicaments
en 2012, contre 300 actuellement.
La semaine dernière, le ministère
a ajouté 251 médicaments
à cette liste restrictive. Mais, pour
les importateurs, la production locale
est encore loin de satisfaire
cette baisse des importations. Résultat
des courses : le marché du
médicament est fortement perturbé.
Le SNAPO dénonce certaines
pratiques telles « les ventes concomitantes,
la discrimination entre
officines ». Ce syndicat réclame une
réforme du système d’importation
et de distribution et plaide aussi en
faveur de « l’activation de l’Agence
nationale des produits pharmaceutiques.
» Le SNAPO défend aussi
l’idée de la création de groupements
de pharmacies pour permettre
un écoulement plus fluide de la
production nationale et assurer un
système de régularisation et de suivi
efficace du circuit de distribution.
L’Algérie importe 70% de ses médicaments.
Ses importations sont
passées de 500 millions de dollars,
il y a dix ans, à 2 milliards de
dollars en 2010, selon les douanes
algériennes. Des négociations
sont en cours avec des producteurs
étrangers pour produire
en Algérie les quantités suffisantes
à même de satisfaire les besoins
du pays. Un accord a été
signé avec le groupe pharmaceutique
français Sanofi-Aventis
et des pourparlers sont déclarés
comme « avancés » avec particulièrement
des firmes américaines.
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Source : Le Quotidien d'Oran