Un ramadhan – mardi selon
Sirius, mais les voies
de la vision lunaire sont
impénétrables – est-il propice à
l’éclosion des fleurs du printemps
politique qui traverse, avec
beaucoup de heurts, de casses,
de bosses et d’incertitudes le
monde arabe ? Nul ne peut le
certifier.
Le ramadhan peut être
léthargique – c’est la tendance en
général – mais il peut également
devenir explosif. La Tunisie de
Bouazizi, si sûre, si bien contrôlée,
a réintroduit la notion d’imprévisibilité
des mouvements sociaux
et donc de l’inanité, sur la
durée, de la solution policière.
Mais si les « traditions » sont respectées,
le ramadhan, mois de
la miséricorde, n’est pas porteur
de bouleversements. Signe qui
en dit peut-être long, la Place Al
Tahrir au Caire, qui n’a jamais
désempli depuis les journées fatidiques
pour le clan Moubarak,
a décidé d’observer la trêve du
carême. Les révolutionnaires ont
annoncé qu’ils libéraient la place
et qu’ils reviendraient après
l’Aïd. Mais les gouvernants des
pays, où les processus politiques
pour le changement ne sont pas
encore engagés, devraient prendre
garde. La trêve de Place Al-
Tahrir ne supprime pas l’équation
tunisienne : les sociétés empêchées
de s’organiser librement
sont imprévisibles. Elles peuvent
passer d’une longue hibernation
à la révolte, voire, cela reste discutable,
à la révolution.
LES SOUKS PRIS
D’ASSAUT
Il est pourtant clair que ceux
qui ont l’habitude d’organiser la
traditionnelle hausse des prix des
légumes et des fruits durant la
première quinzaine de ramadhan
ne font pas de trêve. Le
constat a été fait depuis une dizaine
de jours. Les prix avaient
déjà pris leur envol. Cela n’atténuera
pas pour autant le choc du
« premier jour » où il est de tradition
que les chefs de ménage
soient pris de tournis. Et, signe
que le piège de la surconsommation-
hausse des prix va fonctionner
mécaniquement, il suffisait
d’aller dans un souk, hier matin,
pour constater l’assaut général
sur les achats. A l’évidence, la
riposte par l’ascétisme ou plus
simplement par la modération ne
marche que pour ceux qui n’ont
pas les moyens. Ceux-là, de
plus en plus nombreux quoiqu’en
disent les chiffres, émargeront
aux restos ou aux couffins
de la Rahma. Les imams
ont peut-être prêché, comme
on leur a demandé, pour que
les commerçants n’augmentent
pas les prix. Les commerçants
qui sont de bons musulmans –
qui aurait le droit d’en douter – peuvent vous jurer la main
sur le coeur que leur marge du
ramadhan n’est pas plus importante
que celle d’avant. Ils désigneront ces mandataires, invisibles
pour la ménagère et apparemment
intouchables par les
contrôleurs. Après tout, le gouvernement
algérien a reconnu,
après les émeutes de janvier,
dans une explication très sucrière
et huileuse sur l’origine
des évènements, que les distributeurs-
grossistes sont des gens
capables de provoquer de gigantesques
tumultes, voire des
révolutions. Et qu’ils peuvent
travailler sans facture et poursuivre
le négoce par la chkara.
Les commerçants de détail, qui
essuient chaque matin les remarques,
pas toujours injustifiées,
sont infiniment plus exposés
que les gros. C’est dans l’ordre
des choses. Comme il est
dans l’ordre des choses que le
gouvernement promette que les
produits seront disponibles et
que les prix resteront abordables.
LES TERRORISTES
ET LES BANDES
On ne change pas les vieilles
habitudes ni les vieux tics. Le ramadhan,
c’est le printemps des
« bonnes affaires » pour un petit
nombre, qui met sur les nerfs un
plus grand nombre. Au chapitre
de nos énervements pré-ramadhaniens,
il y a cette pénurie de
médicaments dont la réalité continue
à être niée par les services
du ministère de la Santé. Beaucoup
de ceux qui peinent à trouver
ce dont ils ont besoin ont dû
être choqués par cette communication
via-APS reprenant,
presque, l’antique « tout va bien ».
Sans doute que la communication
en question est faite en prévision
de quelques auditions ramadhanesques,
mais quand
même… Que celui qui ne connaît
pas un malade qui n’éprouve
pas depuis deux mois au
moins des difficultés lève la
main… C’est sûr qu’il y aura
des mains levées du côté du ministère
de la Santé… On avait
pourtant cru que le ministre de
la Santé, en dénonçant un complot
ourdi des importateurs, avait
admis la réalité de la pénurie…
Au plan sécuritaire, les récents
actes terroristes qui ont connu
une forte médiatisation sont-ils
le signe d’un regain ? Difficile
de l’affirmer. Mais il est loisible
de constater que le dispositif de
sécurité, très contraignant pour
les automobilistes, a été un peu
plus serré à l’approche du ramadhan.
Mais ce qui semble
préoccuper certains quartiers
périphériques est le phénomène,
nouveau dans le pays, de
bandes de délinquants se livrant
à des descentes. La presse
a fait état d’au moins deux
cas dans l’A1gérois. Est-ce un
épiphénomène ? Mais, sur le
fond, ce que risquent le plus les
Algériens est de se faire détrousser
par le biais de la hausse prévisible
et toujours inévitable des
prix. La seule réponse est une
« platitude » : consommez juste
ce qui est nécessaire.
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Algérie
Ramadhan
Source : Le Quotidien d'Oran