La secrétaire générale du parti
des travailleurs (PT) réclame
des élections législatives anticipées
qui donneront naissance à un parlement
« légitime » capable alors de voter la
révision de la Constitution suivie de celle
de l’ensemble des lois politiques.
Simple omission, tactique politi
que ou changement d’avis,
Louisa Hanoune n’a pas mis
hier, en avant, la nécessité d’aller vers
une Constituante comme elle l’a toujours
fait depuis que les vents des
changements politiques ont atteint
l’Algérie. Hier, à sa sortie de sa séance
de consultation avec la Commission
Bensalah, la responsable du PT
n’en a pas du tout parlé. Bien qu’elle
ait rappelé à la presse sa préférence
pour un régime parlementaire, elle ne
l’a pas conditionné par la nécessité
d’aller vers une assemblée constituante,
« seule capable de lancer le débat
autour de la révision de la Constitution
» comme elle le soutenait depuis
le début de l’année et jusqu’à il y a
moins d’une semaine. Cette revendication
l’avait pour rappel, étroitement
rapprochée du FFS de Aït Ahmed
qui lui, en a toujours fait sa priorité
première. Connue pour opérer les
réajustements qu’il faut dans ses positions
politiques à chaque fois que
« la nécessité » lui est exprimée, la SG
du PT a dû certainement changer
d’optique en troquant l’idée d’une
assemblée constituante -rejetée catégoriquement
par le pouvoir- contre
une prise en charge convenable du
reste de ses revendications.
Accompagnée de quelques membres
du bureau politique de son parti,
Hanoune a déclaré hier après une
bonne heure et demie de discussion
avec les membres de la commission
nationale de consultations que « nous
avons exprimé notre avis sur les réformes
en toute liberté et d’une manière
intransigeante parce que nous
estimons que ces réformes sont impératives
à partir du moment que
notre pays a recouvré la paix et se
dirige vers l’édification. » Elle tient au
terme « réformes » au lieu de « changement
» parce qu’a-t-elle expliqué,
« on ne démarre pas du néant, on doit
réactiver les droits et libertés consacrés
déjà par la Constitution et ajouter
celles qui manquent. »
LES 7 POINTS
CARDINAUX DU PT
Hanoune remonte à 2006 pour noter
que « depuis que le président de la
République a décidé de réviser la
Constitution, nous avions estimé qu’il
fallait y consacrer l’indépendance de
la justice, les libertés individuelles et
collectives du peuple, les moyens de
résoudre les problèmes comme celui
relatif à la préservation de la propriété
privée, la protection des droits de
l’Homme, les droits des générations
futures, les garanties pour assurer un
bien-être social au peuple(…) ceci en
exposant tous les aspects politiques,
économiques et sociaux des problèmes.
» Elle estime que le tout doit reposer
sur un régime parlementaire
parce que dit-elle « il assure et garantit
la véritable légitimité. » Il permet
selon elle, de mettre en place « les
mécanismes législatifs nécessaires
pour contrôler le pouvoir exécutif (le
gouvernement) et pour tout arbitrage. » Mais le système que Hanoune
défend ne peut être instauré que « si
l’agenda des réformes démarre de la
révision la Constitution avant toute
chose. » Elle lâchera quelques idées
sur sa conception de la révision en
question en indiquant entre autres
que « nous demandons à ce que les
prérogatives des élus soient élargies,
qu’il y ait création d’un secrétariat
d’Etat chargé de la promotion de tamazight,
un autre chargé des droits
de l’homme et de la citoyenneté et
un troisième pour s’occuper des catégories
défavorisées. » La patronne
du PT a par ailleurs souligné que « le
moment est venu pour l’abrogation
de la condamnation à mort (une disposition
gelée depuis 1993), parce
que nous soutenons que les sociétés
modernes ne doivent pas faire dans
la vengeance. »
Hanoune comptera en tout et pour
tout, sept (07) points sur lesquels elle
a mis l’accent au titre de sa contribution
dans les réformes politiques décidées
par le président de la République.
« La révision de la Constitution
doit consacrer l’indépendance de la
justice et les règles démocratiques
parce que toute réforme politique doit
assurer la démocratisation du système
politique, des institutions de l’Etat
et de la vie du peuple. La révision
de la loi électorale doit permettre aux
partis et non à l’administration d’assurer
la surveillance des élections dès
l’annonce des candidatures jusqu’à
celle des résultats du scrutin, parce
que l’administration ne peut pas être
impartiale. Il faut que les mandats des
élus soient respectés et ne doivent pas
être annulés. Il ne faut pas permettre
qu’il y ait un rapport entre le mandat
législatif et les affaires d’argent (…).
« NOUS INSISTONS SUR
DES ÉLECTIONS ANTICIPÉES
AVANT LA FIN 2011 »
Il faut permettre la création de nouveaux
partis politiques parce que les
causes qui ne le permettaient pas ont
disparues avec le retour de la paix.
C’est le peuple qui décidera si un parti
est bon ou mauvais selon le programme
qu’il présente. Il faut aussi permettre
la naissance de nouvelles associations.
Nous sommes contre le système
de quota pour les femmes, on
estime que c’est superficiel comme
droit. On doit régler les choses dans
le fond en revoyant les lois scélérates,
le code de la famille, en assurant
les libertés aux femmes pour qu’elles
puissent faire leurs choix politiques
librement, sans pression ou chantage
au sein des partis.
Le projet de loi sur les assemblées
de wilaya qui a été remis au gouvernement
change toute la nature
de l’Etat. Nous disons alors que c’est
dans la Constitution qu’il faudra
mettre les règles d’élection et d’institution
de ces assemblées. Pour ce
qui est du code de l’information,
dépénaliser le délit de presse ne suffit
pas à lui seul, il faut revoir d’autre
dispositions, il faut libérer le secteur
de la presse des pressions et assurer
la protection des journalistes dans
l’exercice de leur métier et leur assurer
les conditions sociales. »
Louisa Hanoune précise que « nous
avons remis des écrits aux membres
de la Commission de consultations
sur l’ensemble des textes de loi à réviser
y compris sur la Constitution. »
Mais ajoute-t-elle « nous avons un problème
avec l’agenda. » Elle explique
« nous sommes d’accord avec le président
de la République pour la révision
de la Constitution mais il ne faut
pas qu’elle soit votée par l’assemblée
actuelle parce qu’elle n’est pas crédible
ni légitime. » Elle fait savoir que
« nous avons la même réserve pour la
révision des autres textes de lois, c’est
une problématique qui doit être réglée
pour assurer un bon départ aux
réformes politiques. » Au même titre
que Boujderra Soltani du MSP, Hanoune
considère que « la Constitution
est le socle pour toute réforme,
c’est la mère des lois. Elle permet
de procéder à la révision de toutes
les autres lois. Elle doit donc être votée
par un parlement légitime. » La SG
du PT réitère encore une fois sa demande
d’élections législatives anticipées.
« Nous insistons sur la tenue
d’élections législatives anticipées
avant la fin 2011, » a-t-elle affirmé.
Ceci permettra selon elle « d’élire un
vrai parlement, nous n’avons pas
besoin de référendum. » Elle demande
alors « d’élargir le débat au peuple
parce que ces consultations ne
suffisent pas. » Elle estime que « c’est
la seule manière qui garantira au
pays un parlement crédible et légitime
qui pourra démocratiser le système
politique de l’intérieur. »
Hanoune déclare avoir « confiance
pour que nos points de vues et
nos propositions soient remises à
celui qui décide. Les écrits facilitent
le travail à ceux qui sont chargés de
ces consultations. »
Aujourd’hui, la Commission Bensalah
reçoit dans la matinée Abdelkader
Merbah, président du Rassemblement
populaire républicain (RPR)
et dans l’après-midi, Farouk Ksentini,
président de la Commission consultative
nationale pour la promotion
et la défense des droits de l’Homme
(CCNPPDH) ainsi que Abderahmane
Akif, secrétaire général du mouvement
national pour la nature et le
développement (MNND).
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Source : Le Quotidien d'Oran