Après avoir adhéré début 2009 à
la Zone arabe de libre échange
(Zale), l’Algérie a établi une liste
« négative » des produits qui resteront
taxés afin de protéger la production nationale.
Les Egyptiens se prétendent les
« seules » victimes de la mesure. Leur presse
affirme que la Ligue arabe a adressé
une injonction à l’Algérie pour supprimer
la liste. A en croire la presse égyptienne,
la Ligue arabe serait inter venue ces
« derniers jours » auprès de l’Algérie afin
de l’amener à annuler sa décision d’inscrire
une liste « négative » de produits ne
pouvant bénéficier des avantages douaniers
prévus par l’accord sur la Zone arabe
de libre échange. La Ligue arabe
semble de toute évidence avoir été actionnée
par les autorités égyptiennes
au nom d’un manquement de l’Algérie
à ses obligations dans le cadre de la
Zale. Un responsable gouvernemental
égyptien, dont le nom et la qualité ne
sont pas cités, a affirmé que le comité
d’exécution et de suivi de la Zale au
niveau de la Ligue arabe aurait exigé
de l’Algérie de revenir sur sa décision
d’introduire une liste négative et d’en
informer la ligue et les ser vices douaniers.
Selon la presse égyptienne, les
entreprises égyptiennes ont décidé de
stopper « provisoirement » leurs exportations
vers l’Algérie car, selon elles, les
taxes atteignent jusqu’à 55% sur certains
produits et les rendent peu concur
rentiels. Un exportateur égyptien de
jus de fruits accuse même les responsables
algériens d’être des spécialistes
dans « l’art de créer des obstacles pour
empêcher l’entrée des produits égyptiens
». Il n’est pas anor mal que l’Egypte
saisisse la Ligue arabe en charge du
suivi de l’accord sur la Zale afin de défendre
ses intérêts commerciaux. C’est
une faculté permise par l’accord. Le
même accord autorise les pays signataires
à prendre des mesures conser vatoires
pour préserver leurs intérêts. Sauf
que les journaux égyptiens - c’est une
tendance ancrée - ont l’air de considérer
la « liste négative » dressée par l’Algérie
comme une mesure spécifiquement
anti-égyptienne. Elle concerne
pourtant aussi bien les Tunisiens, qui
s’en inquiètent à mots couver ts, que
d’autres pays arabes.
LES EGYPTIENS ONT LE PLUS
BÉNÉFICIÉ DE LA ZALE
La « liste négative » n’a rien de spécifiquement
anti-égyptien. Selon les chiffres
de 2009, soit la première année
de l’adhésion de l’Algérie à la Zale, les
importations ont atteint 1,6 milliard de dollars en 2009, en hausse de 511 millions
de dollars (+46,6%) par rapport
à 2008. Les avantages douaniers ont
donc bien boosté les impor tations. Les
produits qui bénéficiaient des avantages
douaniers dans le cadre de la Zale
sont passés de 1,05 milliard de dollars
en 2008 à 1,58 milliard de dollars en
2009, soit une hausse de près de 50%.
Quant aux expor tations algériennes
vers les pays de la Zale, elles sont nettement
contractées, passant de 246,7
millions de dollars à 124,7 millions de
dollars (près de 50% à la baisse). Pour
comprendre pourquoi les Egyptiens
n’ont pas aimé la « liste négative » algérienne,
il faut savoir qu’ils sont ceux
qui profitent le mieux des avantages
de la Zale. Selon le bilan 2009, l’Egypte
est le premier fournisseur arabe de l’Algérie
avec 550,6 millions de dollars
(34,4%) suivie de la Tunisie avec 347,5
millions de dollars ((21,6%)), l’Arabie
Saoudite pour 166,5 millions $, (10,4
%), la Jordanie 123,9 millions de dollars
(+7,7%) et le Maroc avec 121,8
millions de dollars (7,6 %).
1644 PRODUITS CONCERNÉS
Les chiffres du Cnis confortaient clairement
les appréhensions des opérateurs
privés algériens qui s’inquiétaient
de la concurrence de produits dont
l’origine n’était pas forcément arabe.
Dans un entretien publié en février dernier
l’ancien ministre du Commerce,
El-Hachemi Djaaboub avait relevé que
certains importateurs profitaient de la
Zale pour « majorer les factures afin de
réaliser un transfert déguisé de devises
». Il a justifié l’établissement d’une
liste négative par la nécessité de protéger
la production nationale. Niant
que l’adhésion à la Zale ait été précipitée,
l’ancien ministre ne semblait pas
s’inquiéter de la réaction de la Ligue
arabe à l’établissement de la liste des
produits exclus du bénéfice des avantages
douaniers liés à la Zone arabe.
« Le Comité exécutif de la Ligue arabe
l’a accepté pour d’autres pays, pourquoi
pas pour l’Algérie ? Il faut savoir
négocier ». Si, comme le présente la
presse égyptienne, l’Algérie a reçu « injonction
» de revenir sur la liste négative,
cela veut dire que l’ancien ministre
faisait preuve d’un excès d’optimisme.
Il faut dire aussi que l’Algérie donne
l’impression d’avoir adhéré avant de
commencer à réaliser l’impact de ce désarmement
tarifaire spécifique. Le repositionnement
de l’Algérie se traduit
par l’élargissement de la liste des marchandises
exclues qui est passée de
1141 produits au début de l’année à
1644 à la mi-mars.
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Source : Le Quotidien d'Oran