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Les restes mortuaires de résistants algériens retrouvés dans un musée à Paris

8 mai 2011

Les restes mortuaires de dizaines de résistants algériens à la colonisation française, dont ceux de Chérif Boubaghla (mort en 1854) et de Cheikh Bouziane des Zâatchas (mort en 1849), ont été retrouvés au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) de Paris, a révélé à l’APS un chercheur en histoire, l’Algérien Farid Belkadi.

Ce spécialiste de l’histoire antique et de l’épigraphie libyque et phénicienne, qui s’intéresse également à la période coloniale, a précisé que certains fragments de corps étaient conservés au MNHN de Paris depuis 1880, date à laquelle ils sont entrés dans la collection « ethnique » du musée. Ces restes, des crânes secs pour la plupart, appartiennent à Mohamed Lamjad Ben Abdelmalek, dit Chérif « Boubaghla », à Cheikh Bouziane, le chef de la révolte des Zâatchas (dans la région de Biskra en 1849), à Moussa El- Derkaoui et à Si Mokhtar Ben Kouider Al-Titraoui. La tête momifiée de Aïssa Al-Hamadi, qui fut le lieutenant du Chérif Boubaghla, fait partie de cette découverte. De même que le moulage intégral de la tête de Mohamed Ben Allel Ben Embarek, le lieutenant et alter ego de l’Emir Abdelkader.

Selon les indications fournies par le chercheur, l’origine, la date d’entrée au musée et l’identité des sujets algériens insurgés contre l’autorité française sont inscrites dans la base de données du MNHN sous la forme : « Don du Dr Cailliot, 1881- 37 Yaya Ben Saïd n° 6872, crâne a.m.i » ou encore en ce qui concerne le crâne de Boubaghla : « Don de M. Vital, de Constantine, 1880-24, Bou Barla, dit Le Borgne. 5940, crâne s.m.i ». « Il a fallu des recherches subsidiaires pour savoir qui était qui, en ce qui concerne les donateurs ou les collectionneurs : certains sont médecins militaires, d’autres sont anthropologistes  », a confié le chercheur, qui signale que les crânes de Boubaghla, de Bouziane, de Moussa Al-Darkaoui... portent tous un numéro d’ordre inscrit à même l’os. « Ils sont calfeutrés dans de vulgaires boîtes cartonnées, qui évoquent les emballages des magasins à souliers ! Ces boîtes sont elles-mêmes rangées dans les étagères d’énormes armoires métalliques grises aux portes coulissantes, fermées à double clé, une bien triste fortune pour des hommes de la trempe de Chérif Boubaghla qui sacrifia sa vie et son existence pour que vive l’Algérie libre », a-t-il regretté, en exhibant des photos des restes de ces héros.

Pour le chercheur, qui est le premier Algérien à avoir accès à cette collection, le but de son travail n’est pas de faire un exposé nécrologique sur la découverte « accablante » de restes mortuaires d’Algériens gardés dans des boîtes cartonnées ou du formol dans un musée français, mais d’attirer l’attention sur ces symboles forts de l’histoire contemporaine de l’Algérie, qui sont privés de sépultures ». M. Belkadi, qui confie avoir « remué ciel et terre » pour pouvoir enfin être admis à la collection après avoir adressé des correspondances aux plus hautes instances de la France, a affirmé être mû par deux déterminations en faisant cette recherche  : « Fournir tous les efforts en ma possession, dit-il, pour que soient rapatriés en Algérie les restes mortuaires de ces personnages historiques et procéder à la publication de ce travail de recherche dans le cadre de colloques spécialisés ».

Le directeur des collections au MNHN de Paris, Philipe Mennecier, a souligné que c’était « la première fois qu’il recevait dans l’établissement un chercheur algérien qui en avait fait la demande ». Pour ce responsable au MNHN, « rien n’empêcherait le rapatriement de ces restes mortuaires. Il suffit que la partie algérienne en formule la demande ». « Ce sont à l’origine des donations qui font partie du patrimoine national. Et seul un accord entre l’Etat algérien et l’Etat français pourrait faciliter la démarche de rapatriement », a-t-il précisé. Selon des récits concordants d’historiens, c’est le général Herbillon qui donna l’ordre d’exécuter Cheikh Bouziane et ses compagnons. La tête du Cheikh fut fixée à la baïonnette d’un fusil, à la baguette fut pointée celle de son fils et sur la capucine fut ajustée celle du chérif Moussa al-Darkaoui.

Ces têtes furent exposées dans un camp pour « convaincre les sceptiques de leur mort et servir d’exemple à ceux qui essaieraient de les imiter », selon un texte de l’époque. Elles furent exhibées ensuite au marché de Biskra.

Tags: Algérie France

Source : Le Quotidien d'Oran

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