Se battre pour libérer la Palestine de l’occupation sioniste
exclut-il le devoir d’aider la Libye d’être libre et démocratique ?
Faut-il se taire sur la responsabilité des régimes arabes dans
l’enfer que vivent les Palestiniens depuis 63 ans ?
Les bombardements de l’Otan
contre les forces armées loya
listes au colonel Kadhafi soulèvent,
chez une partie de l’opinion
publique arabe, des interrogations
quant au but réel de ces attaques. Interrogations
légitimes, tant les exemples
irakien et afghan ne plaident pas,
dix ans après l’intervention des coalisés
et de l’Otan, en faveur de la paix
et de la démocratie. Circonstances
aggravantes pour les Occidentaux :
l’enfer vécu par les Palestiniens, notamment
ceux de Ghaza, depuis 63
ans. Pourquoi les Occidentaux n’appliquent
pas le même traitement à
l’Etat d’Israël qui occupe, tue, assassine
et bombarde les civils palestiniens
depuis des lustres ? Pourquoi
la « Communauté internationale » ne
force-t-elle pas la mise en application
des résolutions du Conseil de
sécurité de l’Onu condamnant Israël
? De 1967 à nos jours, pas
moins de 17 résolutions du Conseil
de sécurité et des dizaines de condamnations
(plus de 110 depuis
1948) demeurent lettre morte !
C’est donc à raison que l’opinion
arabe et internationale s’interroge
pour le cas libyen et conclut qu’il y
a deux poids et deux mesures dans
l’application de la justice et du droit
international. Cela confirme le travail
et le poids des lobbies sionistes
dans les instances internationales, en
particulier dans celles de l’Onu. La
complicité du pouvoir politique
américain avec celui d’Israël est du
domaine public.
Malheureusement ce ne sont pas
les seules raisons à l’impunité d’Israël
dans sa colonisation de la Palestine
et l’oppression des Palestiniens.
Il y a aussi les lâchetés des pays arabes,
surtout ceux voisins d’Israël, qui
s’apparentent à de la complicité.
Lorsque des voisins immédiats de
l’Etat hébreu, tels l’Egypte et la Jordanie
signent des accords de paix
dans les conditions que l’on sait avec
Israël, ils se condamnent à ne pas
réagir face aux agressions israéliennes
en Palestine. Lorsque les riches
monarchies du Golfe se classent loin
derrière l’Europe dans l’aide financière
aux Palestiniens, elles ne peuvent peser dans les instances internationales
pour appliquer la justice
en Palestine. Et quand bien d’autres
Etats arabes comme le Maroc, le
Qatar ou le Koweït entretiennent des
relations cordiales avec l’Etat hébreu,
on ne peut parler de l’unité
arabe. Faut-il rappeler que lors des
bombardements meurtriers contre
Ghaza l’hiver 2008-2009, l’Egypte
de Moubarak avait fermé sa frontière
avec Ghaza et repoussé sous les
obus israéliens les civils palestiniens
qui fuyaient ? Que l’Egypte avait
entrepris la construction sur sa frontière
d’un « mur » en acier et béton ?
Faut-il rappeler septembre noir de
l’année 1970 et le massacre des Palestiniens
par l’armée jordanienne ?
Et l’autre septembre, celui de l’année
1982, à Sabra et Chatila par les
milices chrétiennes libanaises aidées
de l’armée israélienne ?
Les faits qui démontrent de l’abandon
de la question palestinienne par
les régimes politiques arabes sont,
hélas, nombreux. La genèse du conflit
israélo-palestinien nous donne
une leçon capitale : ce n’est pas Israël
qui est très fort, mais ce sont
les régimes politiques arabes qui
sont faibles. C’est une grosse différence.
Et cela continue puisque les
Palestiniens, eux-mêmes, sont divisés
entre deux clans ennemis : le
Hamas à Ghaza et l’Autorité palestinienne
en Cisjordanie.
Quant au cas libyen, n’oublions pas
qu’à l’exception de l’Algérie et de la
Syrie, les Etats de la Ligue arabe ont
voté l’intervention militaire dans le
ciel libyen. Le colonel Kadhafi crie à
la trahison arabe, lui qui ne voulait
pas d’un Etat palestinien et proposait
un seul Etat nommé « Isratine »
(Confer. ses discours devant la Ligue
arabe). Etrange rappel de l’histoire au
colonel Kadhafi. Aujourd’hui la Libye
est en danger de survie en tant
que nation unifiée. Pourtant l’évidence
s’impose d’elle-même : Kadhafi est
condamné à abandonner le pouvoir
s’il veut sauver l’unité de la nation
libyenne et lui éviter d’autres massacres.
Le Tunisien Ben Ali et l’Egyptien
Moubarak l’ont fait. Kadhafi sait
qu’il est partant et continue à bombarder
« son » peuple.
Dans ces circonstances, faut-il continuer
à dénoncer les attaques de
l’Otan et faire le parallèle avec la
question palestinienne ? Bien sûr,
pour rappeler justement la politique
des deux poids, deux mesures de la
communauté internationale. En revanche,
dénoncer les attaques de
l’Otan et se taire sur les massacres
perpétrés par Kadhafi contre son
peuple en raison de l’impunité d’Israël
en Palestine est une deuxième
injustice. On ne justifie pas une injustice
par une autre. Oui, il faut
dénoncer et plus, se battre sur les
plans politiques, diplomatiques et
sur le terrain s’il le faut pour amener
l’Etat d’Israël à se conformer aux
résolutions du Conseil de sécurité.
Mais il faut aussi, au nom de la justice,
dénoncer le régime tyrannique
de Kadhafi. Ce dernier joue le sentiment
sincère des peuples arabes
pour la cause palestinienne pour
apparaître comme l’autre victime du
sionisme et de l’Occident.
S’il y a lieu à une comparaison entre
la question palestinienne et celle
libyenne, elle porte sur l’état dans
lequel se trouvent et vivent les populations
des deux pays. Aux Palestiniens
la violence et l’oppression de
l’Etat raciste d’Israël ; aux Libyens
la tyrannie et la violence du régime
politique de Kadhafi. Plus vite la liberté
et la démocratie s’installeront
en Libye, en Egypte, en Tunisie, en
Syrie, en Jordanie et dans le reste du
monde arabe, plus vite les chances
de l’édification d’un Etat palestinien
libre et démocratique sont grandes.
Le Conseil de sécurité et l’Otan
n’auront plus de raisons à évoquer
pour « libérer » des peuples libres, vivant
dans des Etats où la justice et la
dignité ne sont pas des chimères.
Dans le monde d’aujourd’hui, la ligne
de partage entre les amis et les
adversaires et ennemis, entre le bien
et le mal n’est pas l’appartenance à
la même ethnie, famille ou religion ;
la ligne de partage est la capacité et
la volonté sincère d’adopter et de faire
respecter les droits humains qui
englobent le droit à la liberté d’opinion,
à l’égalité des sexes, à une justice
égale pour tous, au travail, au
respect, à la protection sociale, à la
dignité, au bonheur. En somme, tout
ce qu’a conquis l’homme dans sa longue
marche vers la sa libération. C’est
le sens de la civilisation humaine.
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Source : Le Quotidien d'Oran