Jeudi soir, le Conseil
de sécurité de l’ONU
a donné son feu
vert à l’instauration
d’une zone d’exclusion aérienne
sur la Libye, la Russie
et la Chine n’ayant pas
usé de leur droit de veto,
contrairement à ce que disaient
craindre diplomates et observateurs
occidentaux.
C’est un coup dur pour Kadhafi qui a espéré,
en comptant sur les manoeuvres bloquantes
de ces deux puissances, qu’une résolution
de l’ONU dans ce sens n’interviendrait
qu’après la reprise de contrôle par ses troupes
des derniers bastions tenus par les insurgés,
dont surtout Benghazi, ville symbole de
la révolte contre son régime et siège du Conseil
national de transition qui lui dispute la
légitimité du pouvoir.
Sa mise en échec à l’ONU, Kadhafi la doit
en grande partie à l’activisme déployé par
l’Elysée et sa diplomatie, qui sont parvenus à
obtenir de Moscou et Pékin qu’ils ne votent
pas contre le projet de résolution parrainé par
la France et ayant l’onction de la Ligue arabe.
C’est d’autant un coup dur pour le dictateur
libyen, que la résolution onusienne va
très certainement redonner du tonus à la résistance
des insurgés qui font barrage à l’avance
de ses partisans sur Benghazi. Surtout que
la France, encore elle, est en train de faire le
forcing pour que la communauté internationale,
maintenant habilitée par le Conseil de
sécurité de l’ONU, engage au plus vite, dans
les heures à venir, des opérations militaires
qui desserreront indubitablement l’étau exercé
jusque-là par les forces fidèles à Kadhafi
sur les dernières poches de résistance.
Kadhafi a vite fait de saisir que ce genre
d’intervention change la donne en rendant
inexorables un retour en force de l’insurrection
armée et la probable débandade d’une
partie de ses troupes. D’où l’attitude « conciliante » qu’il a laissé entrevoir
en se déclarant prêt à un « cessez-
le-feu ». Ce que très certainement
le Conseil national de
transition refusera catégoriquement
d’accepter. L’intérêt du
colonel à un cessez-le-feu est
qu’il pourra se revendiquer du
contrôle qu’il exerce sur les
territoires reconquis par ses troupes pour être
accepté en tant qu’interlocuteur sur la sortie
de crise du pays.
Pour autant, la résolution du Conseil de
sécurité et l’intervention internationale qu’elle
autorise ne vont pas immédiatement changer
le rapport de force militaire entre insurgés
et partisans de Kadhafi. Il faut s’attendre à ce
que la guerre civile qui se déroule en Libye se
poursuive encore, hélas. Kadhafi et tous ceux
qui ont intérêt à ce que son régime perdure
savent qu’ils n’ont plus d’issue que celle de se
faire reconnaître en tant que partie prenante
d’une solution de retour à la paix en Libye.
Militairement, les frappes aériennes qui
vont être faites affaibliront sûrement les forces
du dictateur, mais elles conserveront longtemps
encore une capacité de nuisance qui
justifiera qu’en opposition à la France, d’autres
puissances et organisations internationales
pousseront à la recherche d’une solution négociée
à la crise libyenne entre insurgés et
partisans du colonel.
Qu’enfin la communauté internationale ait
décidé d’agir pour contraindre Kadhafi à arrêter
la guerre qu’il a déclarée à son peuple, c’est
le moins qu’elle se devait de faire. Ce qui est
inacceptable est que des Etats arabes qui oppriment
leurs propres peuples ou participent
à la répression de peuples voisins, soient
comptés parmi les intervenants en Libye contre
le dictateur et ses troupes.
Leur contribution jette un voile de suspicion
sur les véritables motivations de l’action
internationale autorisée par le Conseil
de sécurité.
Kharroubi Habib
Tags:
France
Libye
ONU
OTAN
Mouammar Kadhafi
Source : Le Quotidien d'Oran