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Eau potable In Salah-Tamanrasset :La dernière ligne droite

16 mars 2011

Il ne reste que la désinfection du réseau des canalisations pour alimenter l’ensemble de la population de Tamanrasset en eau à partir d’In Salah. « L’eau coulera dans les robinets dans une quinzaine de jours », rassure le ministre des Ressources en eau.

C’est hier que le ministre des Ressources en eau s’est déplacé à Tamanrasset pour vérifier les derniers travaux du mégaprojet alimentant Tamanrasset en eau potable à partir d’In Salah. « Tout est fin prêt, l’eau est arrivée la semaine dernière dans les stations de pompage de Tamanrasset. Nous procédons maintenant à la désinfection des canalisations de la ville pour que l’eau arrive propre : elle doit être aux normes  », nous a déclaré Abdelmalek Sellal hier au niveau de l’une des stations de pompage.

Il explique que l’eau ramenée d’In Salah a un taux de turbidité très élevé, il faut qu’elle soit déchargée des substances qu’elle comporte pour devenir potable. De 400%, ce taux est à 65%. Le ministre pense qu’il est très possible de le ramener à 5%. « C’est un taux largement acceptable, l’eau aura un goût à peine salé », dirail avec son sourire habituel. Il souligne surtout « l’impureté » des canalisations d’eau de Tamanrasset « qui n’ont presque jamais servi » à cause de l’absence d’eau potable dans les robinets. « Il faut nettoyer d’In Salah à Tamanrasset. Nous avons ramené pour cela cinq équipes de l’ADE », fait-il savoir. L’eau ne sera lâchée dans les robinets que dans quelques jours. Le ministre estime la durée à « 3 ou 4 jours ». « On peut le faire dans 48 h, mais la ville ne sera alimentée qu’à hauteur de 40%. Je veux du 100%, il faut donc qu’on nettoie tout », indique-t-il.

Il dit quand même que le délai retenu est d’à peu près 15 jours. « Les équipes de l’ASE ont détecté à ce jour 65 défections du réseau qui ont été réparées », relève Liès Hidouci, le chef de projet. « Petit à petit, nous arriverons à tout réparer  », ajoute le ministre. Sellal aura ainsi gagné le magnifique défi d’alimenter en eau potable une région qui en a oublié presque le goût. « Nous achetons 100 litres d’eau au privé à 70 dinars, l’APC peut nous en vendre 400 à 80 dinars, mais il faut galérer pour avoir son tour. Il y a énormément de monde qui attend », nous dit un habitant de la ville.

Seuls deux ou trois quartiers ont de l’eau dans les robinets et, bien sûr, les institutions de l’Etat. Nous attendons avec impatience que l’eau arrive dans les robinets », souhaite-t-il.

197 MILLIARDS DE DINARS, UN PROJET MOINS CHER QUE CHEZ LES VOISINS

Pour que « le projet du siècle » devienne réalité, il aura fallu au ministre des Ressources en eau susciter des efforts considérables de personnels venus de lointaines contrées chinoises, mais aussi bien de chez nous, même s’ils sont bien moins nombreux que les équipes étrangères, et aussi 38 mois de travaux et 197 milliards de dinars. « Il y a beaucoup de femmes sur les sites, elles sont venues de Chine comme interprètes ou ingénieurs », nous dit une charmante Chinoise avec un large sourire. Habillées comme leurs collègues hommes d’une combinaison bleue et coiffées d’un casque, les femmes travaillent tout autant que les hommes. « Nous travaillons jour et nuit, 7 jours sur 7, sans relâche. Nous avons même reporté nos congés depuis que nous sommes dans la phase finale du projet », souligne-t-elle. « Le travail est dur. Si nous n’avions pas un salaire conséquent, nous ne serions pas venues », ajoute-t-elle.

Les personnels chinois signent des contrats de trois ans. « Il y en a qui les ont renouvelés pour une même période », dit notre interlocutrice, qui note que « c’est un projet très important, que ce soit pour l’Algérie ou pour la Chine. Tout est terminé, il ne reste que quelques détails ». Les habitants de la région témoignent de « la correction et de la sagesse des Chinois : ils n’ont jamais créé de problèmes, ils respectent nos traditions, nos règles et nos lois », nous dit-on. Cosider est pratiquement la seule entreprise nationale qui y a participé en prenant en charge la réalisation d’un seul lot. « Cosider est spécialisée dans le pipeline ; on y a réalisé un tiers des 750 km, tout au long desquels l’eau doit passer pour arriver d’In Salah à Tamanrasset », nous explique son PDG, Lakhdar Rakhroukh. Pour réaliser ce lot, Cosider a eu 30 milliards de dinars. « On a respecté les délais, nous le livrons entier dans un mois, » précise-t-il. Il rappellera avec une pointe de fierté que « les durs travaux dans la roche, c’est nous ! ».

La mission actuelle de l’entreprise nationale qui a réussi, a lancé le ministre à son PDG, « à concurrencer les Chinois », est de raccorder les réservoirs aux châteaux d’eau qui desservent la ville en eau potable. « Pour le faire, nous avons bénéficié d’un apport financier de 500 millions de dinars », affirme Rakhroukh. Interrogé sur les lenteurs qui se font sentir pour la désinfection du réseau de canalisation de Tam, le ministre tentera de leur trouver des circonstances atténuantes. Mais il mettra les pieds dans le plat et lâchera : « Vous savez que pour faire accepter un projet, la commission des marchés publics (CMP) prend tout son temps, jusqu’à deux ans, et c’est ce qui s’est passé pour le projet des réseaux de la ville ». C’est ce qu’on appelle, ajoute-t-il, « la bureaucratie à l’algérienne  ». Des délais supplémentaires ont été aussi consentis en raison, dit-on, de travaux non inscrits dans les études préalables. « Sa réalisation nous a pris 38 mois », affirme le ministre.

LA POINTE DE FIERTÉ DU MINISTRE

Sellal continuera à expliquer la nécessité des opérations d’assainissement et de javellisation qui doivent être menées pour « une bonne eau ». Aussi prévue, une opération d’installation d’un réseau moderne qui sera connecté à celui existant. Le ministère a fait appel à une entreprise étrangère pour faire l’étude nécessaire. « Pour lui, aujourd’hui, le pari a été relevé pour faire marcher ce qu’on appelle la ligne verte de la première canalisation, la deuxième sera mise en marche, par télégestion, dans 4 à 5 mois ». Ce sont, selon lui, « les derniers détails pour ouvrir les vannes à l’ensemble de la population de la ville ». Le grand détail est cependant, à ces yeux, la réalisation d’une station de déminéralisation « pour la réduction de la salinité ». L’appel d’offres est lancé. « On n’est pas pressé. Pour le moment, on n’en a pas besoin, les capacités que nous avons répondent largement aux besoins des populations », dit le ministre. Il ambitionne même d’en faire bénéficier les régions alentours.

Après son inspection des stations de pompage et des réservoirs, le ministre ira « renifler » les odeurs émanant des trois bassins de lagunage construits pour l’épuration des eaux usées de Tam. A plusieurs kilomètres à la ronde, ça ne sentait pas la rose ! Ce sont des fosses de 57 m3, équipées de deux pompes chacune, pour recevoir les eaux des égouts, les apurer et les redistribuer pour les besoins de l’agriculture. La vase restée au fond des bassins et qui empeste la région sera, indiquera Sellal, après son séchage, utilisée comme engrais. Pour le fonctionnement de cette grosse machine, le ministre indique que « nous n’avons pas trop besoin d’électricité parce que tout le reste, pour ce qui est des stations de pompage, est alimenté avec le gasoil et le gaz ». Il note d’ailleurs que « ce projet s’inscrit dans l’avenir, dans celui liant le Nigeria à l’Algérie pour la commercialisation du gaz (projet Nigal) ».

Sellal fera savoir par ailleurs que les travaux de viabilisation des sites pour ce mégaprojet ont aussi profité à l’installation de trois câbles de fibre optique, le premier pour la télégestion du projet en question, le second profitant à Algérie Télécom et liant l’Algérie au continent africain. Le troisième câble, apprend-on à Tam, servira les militaires pour surveiller une zone aussi vaste que celle de Tamanrasset. Durant ses déplacements, le ministre et sa délégation traverseront des quartiers où la pauvreté fait presque honte. Sersouf en fait partie, avec ses rues complètement défoncées et ses poubelles à ciel ouvert. Il ira jeter un oeil dans un autre, moins poussiéreux  : c’est le quartier de Tehagouine. Mais le plus urbanisé est celui Aderiane, faisant face au mont du même nom. Ce sont en fait deux montagnes séparées par une fente. « Aderiane, qui veut dire thelja, cette fente entre deux incisives », nous explique un habitant de la région. Le quartier abrite 1.028 logements sociaux, un CEM et d’autres instances étatiques. Les habitants affirment « faire confiance au nouveau wali qui se déplace partout, », nous dit l’un d’eux.

La délégation terminera sa mission par un bon couscous de la région dans un camp de jeunes, dont l’architecture, dit-on, a été copiée sur un camp de Djanet. Un endroit chaleureux, calme et reposant.

Ghania Oukazi

Tags: Algérie Eau Tamanrasset

Source : Le Quotidien d'Oran

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