La forme préjuge du fond. Dans le cas du projet
de code communal, le fait qu’il ait été élaboré
au niveau de la haute bureaucratie du ministère
de l’Intérieur et sans débat avec les intéressés
crée déjà la controverse.
Des partis qu’on ne peut qualifier
de contestataires ont déjà
exprimé leurs réserves à l’égard
d’un texte qui leur semble, dans son
économie générale, accentuer le poids
de l’administration au détriment des
élus. Les députés qui examinent ce texte
devraient entendre les premières réactions
des maires qui envisagent déjà de
remettre collectivement leur démission
pour protester contre un texte sur lequel
ils n’ont pas été consultés. Les députés
oseront-ils se faire l’écho fidèle
de leurs élus locaux ? Le scepticisme
est de mise sachant que leurs partis
ont accepté, à travers la dernière révision
constitutionnelle qui supprime la
fonction d’un chef de gouvernement
responsable devant l’APN, une perte totale
de pouvoir de l’instance législative.
Ils risquent de ce fait d’avaliser un texte
qui, selon les concernés, affaiblit encore
davantage les instances élues. L’objection
est sérieuse. Le gouvernement,
s’appuyant sur une faiblesse réelle de
l’encadrement technique des communes,
a eu tendance à enlever au maire
pour donner au chef de daïra ou au
wali. Les maires contestataires ne sont
donc pas en territoire inconnu. Le grignotage
des pouvoirs des élus a été une
entreprise systématique. A telle enseigne
que certains estiment que la fonction
de l’assemblée populaire communale
est réduite à celui de « punchingball
» vers où l’on dévie les colères et les
frustrations des administrés. La sousadministration
des communes est une
réalité et elle occasionne effectivement
une mauvaise gestion des moyens.
Mais la réponse par une réduction des
pouvoirs de l’assemblée élue en faveur
de l’administration qui a été mise en oeuvre ne donne pas des résultats probants.
En réalité, les mairies sont entourées
par des mailles de réseaux
d’intérêts très entreprenants et efficaces
qui ne permettent une gestion optimale
des ressources. La solution
d’une réduction des pouvoirs des élus
communaux au profit de l’administration
n’apporte pas un mieux. Les expériences
dans le monde montrent
qu’une collectivité est mieux gérée
quand il y a davantage de démocratie
et de transparence avec une implication
citoyenne plus grande. Le pouvoir
algérien qui reste marqué par le raz-demarée
islamiste sur les communes dans
les années 90 a choisi de contrôler directement,
par le biais de son administration.
C’est bien, au-delà du détail des
articles de loi, la trame de fond qui rend
l’engagement communal si peu attrayant
pour ceux qui disposent de bonnes
capacités techniques et managériales.
C’est donc un cercle vicieux. Il n’est
pas surprenant d’apprendre – même si
cela reste à vérifier – que 600 maires
seraient démissionnaires. On n’est pas
loin de la moitié des maires du pays. Et
dans une situation normale, cela devrait
provoquer un grand branle-bas
de combat au sein du gouvernement.
Ce qui ne semble pas être le cas. Le
président de l’APC de Zeralda, Mouhib
Khatir, qui préside également le Forum
des maires, pose de bonnes questions
: pourquoi « l’administration » n’a
pas associé les maires à l’élaboration
du projet de loi ? Il y avait pourtant là
un gisement d’expériences utiles pour
ne pas dresser des plans en solitaire
dans un bureau. Il a également donné
de bons éléments de réponse en critiquant
une « volonté politique de réduire
le champ d’action des P/APC et de
renforcer celui de l’administration ».
Salem Ferdi
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Algérie
Source : Le Quotidien d'Oran