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Libye : Offensive politique de l’insurrection, contre-offensive militaire du régime

7 mars 2011
Libye : Offensive politique de l'insurrection, (...)

Au 20ème jour de l’insurrection libyenne que le colonel Kadhafi persiste à présenter comme l’oeuvre d’Al-Qaïda, la bataille pour le contrôle de la Libye se poursuit avec plus d’âpreté.

Elle devient, de plus en plus, dure à mesure que les insurgés avancent en direction de Tripoli. Si la progression des insurgés est réelle, les partisans de Kadhafi résistent et lancent aussi des contre-offensives. L’évolution de la situation militaire reste très indécise et indique que le conflit pourrait durer longtemps, ce qui accroît le risque d’une intervention occidentale directe, aux conséquences redoutées et redoutables. C’est sur le terrain politique que les choses avancent, avec une insurrection qui s’organise. Le Conseil national libyen (CNL) que préside l’ancien ministre de la Justice Moustafa Abdeldjeïla, a ainsi nommé un comité de crise de trois membres pour accélérer la dé-légitimation du régime de Kadhafi et se placer comme le représentant qualifié de la Libye. Ce comité de crise est présidé par Mahmoud Djebril, qui faisait partie, avant le déclenchement de l’insurrection, d’un groupe d’intellectuels oppositionnels appelant à l’établissement d’un Etat démocratique. La diplomatie a été confiée à Ali Essaoui, ancien ambassadeur en Inde qui a démissionné le mois dernier. Quant aux affaires militaires, elles ont été confiées à Omar Hariri. Il s’agit d’un ancien officier qui faisait partie du groupe qui a aboli la monarchie en 1969 avant d’être emprisonné. Le CNL, qui ne se présente pas comme un gouvernement provisoire, a de nouveau réaffirmé son rejet d’une intervention militaire étrangère en Libye tout en demandant un appui aérien contre les forces de Kadhafi. Moustafa Abdeldjeïl, a répété que les insurgés ne voulaient pas de soldats étrangers sur le territoire libyen et avaient des forces suffisantes pour chasser Kadhafi. « Nous sommes assez nombreux et déterminés pour libérer toute la Libye. Tout ce que nous demandons, ce sont des frappes aériennes, le plus rapidement possible, pour nous aider ».

DES MILITAIRES BRITANNIQUES ARRÊTÉS

Les insurgés ont d’ailleurs montré qu’ils ne transigeraient pas sur cette question. Ils ont capturé une unité des SAS, les forces spéciales britanniques, après l’échec d’une mission diplomatique clandestine, selon « Sunday Times ». Les soldats des SAS, qui seraient au nombre de huit, escortaient un diplomate du Foreign Office, en mission dans l’est du territoire libyen, tenu par les rebellions, précise le journal qui cite des sources libyennes. Ils ont été transférés à Benghazi, la deuxième ville du pays et épicentre du soulèvement. D’après le « Sunday Times », l’intervention des SAS, au côté du diplomate aurait déplu à certaines personnalités de l’opposition libyenne qui ont ordonné leur placement en détention sur une base militaire. Pas question pour l’insurrection de prêter le flanc aux accusations de Kadhafi de favoriser une intervention militaire directe en Libye. Le message hostile à l’intervention étrangère semble entendu. Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a déclaré que la France et plusieurs de ses partenaires « ne sont pas favorables à une intervention militaire occidentale en Libye qui aurait des effets tout à fait négatifs ». Mais le risque reste posé en cas de prolongation du conflit. S’agissant de la zone d’exclusion aérienne, il a estimé qu’elle ne pouvait se concevoir que « sous un mandat des Nations unies et avec la participation de la Ligue arabe et de l’Union africaine ». L’autre objectif du CNL est de se faire reconnaître aux niveaux arabe et international comme unique représentant du peuple libyen.

LES « PILULES HALLUCINOGÈNES » DE KADHAFI

En face, Mouammar Kadhafi continue à jouer à faire peur aux Occidentaux avec la menace d’Al Qaïda qu’il présente comme à l’origine de l’insurrection. Il dit « s’étonner » que les Occidentaux ne comprennent pas qu’il mène un combat contre le terrorisme. Contre l’évidence des faits, Kadhafi persiste à convoquer Ben Laden comme argument. Selon lui, Al Qaïda a donné des « instructions à ses cellules dormantes en Libye de faire surface » et affirme que les djihadistes ont drogué les jeunes Libyens aux « pilules hallucinogènes  ». Le « guide » ne mesure pas à quel point son discours tourne à vide.

Son souci obsessionnel de faire peur aux Occidentaux contre son peuple est pathétique. « Il y aura un Jihad islamique en face de vous, en Méditerranée (…) Les gens de Ben Laden viendront imposer des rançons sur terre et sur mer. On reviendra au temps de Barberousse, des pirates, des Ottomans qui imposaient des rançons sur les bateaux. Ce sera vraiment une crise mondiale et une catastrophe pour tout le monde. ». Le gouvernement de Kadhafi a décidé la suppression des droits de douanes à l’importation de produits de première nécessité et la suppression des taxes à la consommation et à la production. Cette décision a été prise « à l’occasion des grandes victoires libyennes sur les bandes terroristes », selon la télévision libyenne.

BATAILLE DE COMMUNICATION

Les « grandes victoires » en question sont très relatives.Elles font partie de l’intense bataille de communication livrée par les deux parties. Les insurgés disent avoir pris contact avec la tribu des Gaddadfa, celle de Mouammar Kadhafi, qui se trouve à Syrte et s’être emparés de Nofilia. Ils affirment n’attendre qu’un signal des habitants de Syrte pour s’emparer de la ville. « Je pense que 70 % des habitants sont avec nous, mais ils nous ont dit de ne pas entrer dans Syrte par crainte de violents combats. On va attendre qu’ils nous disent quand ils seront prêts », a déclaré Bachir Abdoul Gadir, l’un des commandants des insurgés qui a estimé à 8.000 le nombre de combattants rebelles présents entre Ras Lanouf et Nofilia. Mais, selon certaines informations, Syrte ne sera pas facile à prendre avec des combattants en armes, fidèles à Kadhafi, estimés à plus de 20.000. Les forces pro-Kadhafi se sont concentrées sur Misrata (200 km à l’est de Tripoli) qui a été prise par l’insurrection depuis plus d’une semaine. Des unités de la milice de Khamis Kadhafi, un des fils du colonel Kadhafi, ont lancé l’assaut contre la ville qui était le théâtre de violents combats. Les insurgés qui contrôlent la ville de Zawia, assiégée par les forces pro- Kadhafi, affirmaient hier qu’ils résistaient.

Ils ont repoussé samedi deux assauts. Hier, selon les chaînes satellitaires arabes, il y aurait eu des frappes aériennes et des tirs d’artillerie contre cette ville qui se trouve à 50 km de Tripoli et que les forces pro- Kadhafi veulent prendre afin de sanctuariser la capitale où se retranchent Kadhafi et son clan. Les insurgés se préparaient à de nouveaux assauts.

Salem Ferdi

Tags: Libye Attaque Armée Manifestation

Source : Le Quotidien d'Oran

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