Au 12e jour de l’insurrection généralisée
en Libye, la situation est décrite comme
‘’chaotique’’ par les milliers de personnes,
qui fuient chaque jour un pays livré
à lui-même et où le régime de Mouammar
Kadhafi vit ses dernières heures.
L’onde de choc internationale des
graves événements qui se déroulent
dans ce pays, notamment
des tueries d’opposants et des
liquidations physiques de manifestants
à Tripoli par des mercenaires, a
provoqué un tollé général, alors que
l’ONU devait se réunir pour la seconde
fois hier samedi pour se prononcer
contre des sanctions contre le régime
de Kadhafi. C’est dans ce contexte
que l’Algérie, par le biais du
ministère des Affaires étrangères, a
démenti de « la manière la plus catégorique » les allégations mensongères
sur l’utilisation d’avions militaires algériens
pour transporter des mercenaires
en Libye. Face à l’extrême confusion
qui prévaut actuellement en Libye,
et l’accusation par l’opposition
locale contre l’utilisation par Kadhafi
de mercenaires qui tirent sur les manifestants,
plusieurs Networks ont affirmé
que ces mercenaires étaient
acheminés en Libye par des avions
militaires algériens. Une accusation
grave de ces Networks que le ministère
des Affaires étrangères a démentie
de la manière la plus catégorique.
« Le ministère des Affaires étrangères
dément, de la manière la plus catégorique,
les allégations mensongères
colportées par certains sites électroniques
ainsi que par certaines chaînes
de télévision satellitaires sur une
prétendue utilisation d’avions militaires
algériens pour transporter des
mercenaires en Libye », précise un
communiqué du ministère. « Ces allégations
insidieuses vont à l’encontre
de la position doctrinale, bien connue,
de l’Algérie qui récuse, de manière
absolue, l’ingérence dans les
affaires intérieures des Etats », souligne
le ministère.
KADHAFI NE CONTRÔLE
PLUS LE PAYS
En Libye, la détermination des opposants
à chasser le colonel Kadhafi
du pouvoir ne faiblissait pas hier, mais
celui-ci tenait toujours la capitale Tripoli.
« Il semble que Kadhafi ne contrôle
plus la situation en Libye », a toutefois
affirmé hier à Rome le chef du
gouvernement italien Silvio Berlusconi.
A 1.000 km à l’est de Tripoli, l’opposition
continue de s’organiser et
rêve de voir la capitale tomber. « Nous
coordonnons les comités des villes libérées
et de Musratha. Nous attendons
que Tripoli en finisse avec le régime
de Kadhafi et de ses fils et ensuite,
nous travaillerons à un gouvernement
de transition », a déclaré Abdelhafiz
Ghoqa, le porte-parole de la
« Coalition révolutionnaire du 17 février ». « Il y a des volontaires qui partent tous les jours pour Tripoli » pour
se battre, a-t-il ajouté, soulignant que
de nouveaux officiers faisaient défection
et rejoignaient les forces anti-Kadhafi.
Presque toutes les grandes villes
de l’Est du pays, notamment Tobrouk
ou Misrata, sont déjà aux mains des
insurgés, rejoints par des militaires qui
ont fait défection avec « armes et bagages », selon des images diffusées par
les télévisions. Alors que la région
orientale pétrolifère de l’Est du pays,
autour de Benghazi, est aux mains de
l’opposition armée qui met en place
une nouvelle administration, des tirs
ont de nouveau été entendus dans
certains quartiers de Tripoli durant la
nuit. « L’électricité a été coupée (hier
soir) et n’est pas revenue depuis », a
déclaré un habitant joint par téléphone. « Nous étions terrifiés. Nous pensions
qu’ils préparaient une attaque.
Nous avons pris tout ce qui pouvait
servir d’armes et nous avons gardé la
porte de la maison », a-t-il ajouté.
Pris entre l’opposition armée qui affirme
avoir libéré la région de l’Est et
des combats violents à l’Ouest, le colonel
Kadhafi a demandé vendredi à
ses partisans de se préparer à « défendre
la Libye », selon des images diffusées
par la télévision d’Etat. « Nous allons
nous battre et nous les vaincrons »
et « s’il le faut, nous ouvrirons tous les
dépôts d’armes pour armer tout le
peuple », a-t-il dit à la foule sur la place
Verte à Tripoli. Samedi, il aurait
commencé à distribuer des armes, selon
certaines agences et télévisions.
« S’IL VOUS PLAÎT,
SAUVEZ LA LIBYE »
La communauté internationale
s’orientait hier vers des sanctions face
à la répression sanglante en Libye où
le face-à-face chaotique entre le dirigeant
Mouammar Kadhafi et l’opposition
se durcissait. Le Conseil de sécurité
de l’ONU devait se réunir pour
discuter d’une résolution imposant
des sanctions contre le régime de
Kadhafi. Un projet de résolution du
Conseil de sécurité, rédigé par les Occidentaux,
l’avertit que « les attaques
étendues et systématiques qui ont
lieu actuellement en Libye contre
la population civile peuvent être
assimilées à des crimes contre l’humanité ». Les violences dans ce pays
ont fait de 300 à plus de 1.000 morts,
selon différentes sources.
« La violence doit cesser », a affirmé
vendredi le secrétaire général de
l’ONU, Ban Ki-moon. L’ambassadeur
libyen à l’ONU, Mohammed Shalgham,
qui était resté jusqu’alors loyal
au colonel Kadhafi, a fait lui également
défection et a parlé d’« exactions ». « Ce qui se passe en Libye est
très dangereux », a dit l’ambassadeur.
« Les manifestants n’ont pas jeté une
seule pierre, et ils ont été tués.
Mouammar Kadhafi a dit que les
manifestants ont utilisé des drogues
hallucinogènes. Mais une montagne
de cachets n’aurait pas été suffisante.
Le colonel Kadhafi et ses fils disent
aux gens : ou bien je vous dirige, ou
bien je vous tue », a-t-il encore expliqué,
avant de lancer cet appel pathétique :
« S’il vous plaît, Nations unies,
sauvez la Libye. Qu’il n’y ait pas d’effusion
de sang, pas de tueries. S’il
vous plaît, s’il vous plaît, adoptez une
résolution courageuse. Il est important
pour nous, peuple libyen, que le Conseil
de sécurité prenne maintenant
une vraie décision pour arrêter l’effusion
de sang », a-t-il ajouté. De son
côté, le président américain Barack
Obama a signé vendredi un décret
présidentiel gelant les avoirs et bloquant
les propriétés aux Etats-Unis du
colonel Kadhafi et de ses quatre fils.
Pour le président Obama, « le régime
de Mouammar Kadhafi a bafoué les
normes internationales et la morale
élémentaire. Il doit être tenu responsable ». L’UE est tombée d’accord pour
décréter un embargo sur les ventes
d’armes et de matériel de répression
ainsi que pour geler les avoirs et interdire
de visa à Kadhafi et ses proches,
selon des sources diplomatiques.
Depuis lundi, 40.000 à 50.000
personnes, des étrangers pour la plupart,
ont fui la Libye par les frontières terrestres
et leur flux s’accroît, selon l’Organisation
internationale pour les migrations
(OIM).
Yazid Alilat
Tags:
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Mouammar Kadhafi
Source : Le Quotidien d'Oran