Déployées généreusement hier, à la place
des Martyrs, les brigades anti-émeutes se sont
pris violemment aux journalistes qui couvraient
la marche décidée par l’aile « partis politiques »
de la coordination nationale pour le changement
et la démocratie.
La levée de l’état d’urgence
décidée par le chef de l’Etat
n’a pas eu d’effet sur le comportement
de l’appareil répressif du
pouvoir. Le nombre de policiers déployés
hier, pour empêcher la marche
était hallucinant et a fait dans
beaucoup de violence et d’agressivité.
Les policiers était bien plus
nombreux qu’ils ne l’ont été pour
« les besoins répressifs » de toutes les
marches précédentes. Des nombreuses
brigades antiémeutes ont
pris le soin de quadriller la place
des Martyrs pour empêcher que les
manifestants ne se regroupent à son
niveau. A défaut, le message aurait
eu plus de signification politique.
Ordre donc avait été donné à tous
les policiers pour ne laisser aucune
personne accéder à cette grande esplanade.
Leurs collègues, bien plus
nombreux que les manifestants,
étaient déterminés à en découdre
avec tous ceux qui tentaient de les
défier. Protégés par leurs boucliers
en plastique, ils chargeaient violemment
tout regroupement qui tardait
à se disperser. Ils se sont pris aux
journalistes avec une férocité
inouïe. Beaucoup ont reçu des
coups aux tibias et aux chevilles.
Les policiers ne ménageaient ni
femme ni homme de la corporation.
Là où les journalistes se mettaient,
ils les poussaient soit d’un
côté soit de l’autre de l’artère Zighout
Youcef. A un moment, les
journalistes ont été carrément encerclés
par les policiers. La répression
s’était bien exprimée hier, pour
un rendez-vous qui ne nécessitait
même pas autant de moyens policiers
dissuasifs. En effet, le président
du RCD était entouré d’à peine
une centaine de personnes qui
scandaient des slogans hostiles au
pouvoir en place. Des brigades antiémeutes
avaient déjà quadrillé, tôt
le matin, le siège de son parti, à la
rue Didouche Mourad. Des camions
anti-émeutes étaient aussi,
stationnés au Square Sofia, tout au
début du boulevard Zighout. Comme
d’habitude, un hélicoptère survolait
continuellement le ciel.
« Djazaïr Hora dimocratia. » « Pouvoir
assassin ! » ont été lancés, pour
chauffer l’atmosphère qui l’était
déjà puisque le soleil commençait
déjà à taper. On ne sait par quel
moyen, Saïd Saadi a pu échapper
à la vigilance des policiers et a réussi
à monter sur le toit d’un de leurs
gros véhicules.
L’IMMUNITÉ
PARLEMENTAIRE PIÉTINÉE
Entourés de ses gardes du corps,
il a esquissé le signe de la victoire
et scandé « Rana fi hissar (nous sommes en état de siège ! » et
autres slogans habituels au RCD.
Les policiers tentent de le faire descendre
mais sa garde rapprochée
lui a fait savoir que c’est elle-même
qui allait s’en charger. Les policiers
préfèrent agir, bousculent Saadi et
le ramènent du toit mais presque à
terre sur son visage. Le gyrophare
a cédé sous la violence du geste.
Quelques secondes après, Saadi
échappe encore une fois, à la vigilance
des policiers et remonte sur
le toit du véhicule. L’immunité parlementaire
dont il jouit en tant que
député est piétinée. Elle ne lui sert
pas à grand-chose quand il devient
« marcheur ». Des policiers l’empoignent
violement du haut du véhicule
et le font descendre jusqu’à le
faire tomber. Ses lunettes n’ont pas
résisté au choc de cette descente
forcée. Les brigades antiémeutes
s’appliqueront à le repousser vers
les escaliers menant à une partie
des voûtes de la Pêcherie. Quelques
manifestants qui étaient à ses
côtés ont pu regagner le boulevard
Zighout en remontant des escaliers
de la Pêcherie vers Square Sofia.
Saadi lui, a quitté la manifestation
vers les coups de 12h. Le député
RCD Khendek a été blessé et évacué
par ambulance. Ali Yahia Abdenour,
le président d’honneur de
la Ligue de défense des droits de
l’Homme était aussi de la partie à
titre personnel puisque la Ligue en
question a refusé de rallier la marche
pour recourir à d’autres formes
de protestation. « Nous continuerons
à faire des marches jusqu’à la
chute du pouvoir, » avait-il dit tout
en soulignant que « si le pouvoir
pense faire taire les jeunes en baissant
les prix des produits alimentaires,
il a tort (…). Ils protesteront
jusqu’à ce qu’il parte ! »
« MASSIRA SILMIA ! »
Un groupe de manifestants reprend
de plus belle. « Djazaïr Hora
dimocratia », « echaab yourid iskat
ennedham (le peuple veut la chute
du pouvoir) ». Les policiers chargent.
Les manifestants changent de
slogans : « Massira silmia. » « Pouvoir
assassin. » Il est 11h 45. Sur le
trottoir d’en face, des voix s’élèvent
« talgouna hna ntardouhoum (lâchez-
nous, nous les chasserons) ».
« Zatla batel (la drogue gratuite) ».
C’était une contre manifestation qui
s’est constituée sous l’oeil conciliant
et protecteur de la police. Les brigades
anti-émeutes ménageaient
avec doigté ces défenseurs du pouvoir
qui ont afflué des ruelles reliant
la rue Bab Azzoun au boulevard
Zighout. Un face-à-face pro et
contre le pouvoir a pris ainsi forme.
Chaque côté narguait l’autre à
coups de slogans. Les pros brandissaient
l’emblème national et le
portrait de Bouteflika et lançaient
les pires insultes, les contre brandissaient
aussi l’emblème national
et une pancarte « système out ! ». La
situation dégénère. Le camp pro
pouvoir a recouru aux jets de pierres.
Les policiers n’avaient pas réagi
pour les en empêcher. C’est un
véritable gâchis.
Des « clients » de la banque
El Khalifa dissoute se mêlent aux
manifestants et réclament « leurs
dus ». « On est là pour une juste cause,
on est sorti pour revendiquer nos
droits, » nous dit l’un d’entre eux. « Je
fais parti du collectif El Khalifa, depuis
2003, on réclame le remboursement
de notre argent mais rien n’a
été fait. Le président nous a promis
de le faire en 2004 mais rien du tout.
On est en face d’un Etat congelé ! »
lance-t-il. « Je m’appelle Arezki et je
combats pour un logement, ça fait
25 ans que j’habite chez mes beauxparents,
» lâche un citoyen en colère.
« Je parle au nom de la justice
sociale. J’ai écrit 5 fois au président,
on m’a répondu mais pour faire
une enquête sur ma personne et
non pas pour me donner un logement.
C’est de la hogra ! » s’est-il
plaint. Il réclame aussi une attention
aux retraités qui ne gagnent
précise-t-il, que « 15.000 dinars. » Un
autre citoyen s’exclame « à qui appartient
Alger ? Rendez-nous nos
plages de Club des pins et Moretti
! ». Il est 12h passées. Des manifestations
reprennent de plus belle
animées par un autre face-à-face
des pros et des contre le pouvoir. Il
est vite dispersé dans un désordre
qui cachera les coups de pied, les
coups aux tibias, aux mollets et aux
chevilles que les policiers donnaient,
sans retenue et sans distinction
des foules.
Ghania Oukazi
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Source : Le Quotidien d'Oran