Le ministre des Affaires étrangères
Mourad Medelci a été interviewé hier
par la radio française « Europe 1 ».
Naturellement, son intervieweur, Jean
Pierre Elkabbach a axé ses questions
sur les évènements de Tunisie
et d’Egypte en relation avec
la situation en Algérie.
Est-ce que les évènements
de Tunisie et
d’Egypte peuvent avoir
une influence, est-ce que vous
les craignez ? a demandé d’emblée
J.P.Elkabbach. « Je crois
qu’ils ne peuvent pas ne pas
avoir d’influence sur l’Algérie,
y compris ceux (les pays ndlr)
qui ne sont pas dans la sous région.
C’est incontestablement
la démonstration d’un soulèvement
populaire de ces deux
peuples qui n’est pas sans nous
rappeler ce que nous avons
vécu nous même en octobre
1988 », a répondu le ministre
des Affaires étrangères.
Aujourd’hui l’Algérie connaît
un parfum de révolte, une
nouvelle marche sera organisée,
samedi prochain à Alger
avec le slogan « changeons de
système, dégagez ! », qu’est-ce
que ça fait comme impression ?
A cela, M.Medelci a notamment
répondu que « c’est quelque
chose comme je le disais
tantôt que nous ne pouvons
pas ne pas encaisser en termes
de contrecoup, cela réveille un
certain nombre de voix minoritaires,
de manière extrêmement
claire pour tous, ils se
donnent de la force et les marches
qui ont été organisées, il
y a quinze jours et celle d’hier
ont bien démontré que ces
mouvements sont des mouvements
minoritaires ». Le journaliste
le relance en notant que
« de samedi en samedi, les opposants
espèrent porter des
coups contre le régime ».
M.Medelci riposte que « d’élections
en élections, ces minorités
n’ont pas amélioré leurs
scores et je suppose que de
marches en marches, elles ne
feront pas mieux ».
Le journaliste,
sans évoquer plus en détails
ces élections, est ensuite
revenu sur la question de l’islamisme
et des islamistes en
évoquant la présence d’Ali
Benhadj (ex-FIS) au rassemblement
de samedi dernier.
« Je crois que les islamistes ont
montré leurs limites en Algérie
et que pour en arriver là,
l’Algérie a payé un prix très,
très, fort et les Algériens ont
payé un prix très fort », a dit en
réaction le ministre.
« ETRE VIGILANT »
Le journaliste insiste :« mais,
vous ne craignez pas un mouvement
d’islamistes qui se joindrait
à d’autres forces de l’opposition
? » Il ne faut rien exclure
et il faut être vigilant, rétorque
alors le ministre, qui
quelques minutes auparavant
parlait de « mouvements minoritaires ». Il souligne que « le
gouvernement algérien, sous
la conduite du président
Bouteflika a ramené la paix,
mais il n’a jamais baissé la garde
contre le terrorisme. Et cette
vigilance nous l’appliquons
au quotidien ».
Le président Bouteflika a
promis le 3 février dernier de
lever l’état d’urgence a rappelé
le journaliste d’Europe 1,
quand ? Sur l’insistance de son
intervieweur, Mourad Medelci
a dit que cela se ferait dans les
jours prochains.
Le journaliste le relance en
lui disant « C’est-à-dire, en Algérie
l’Etat de droit ? ». Le ministre
répond : « c’est-à-dire en
Algérie, retour à l’Etat de droit
qui permet de manière totale
l’expression des opinions, mais
toujours par référence à la loi.
Les mesures exceptionnelles
qui sont prévues par l’état d’urgence
qui permet au ministre
de l’Intérieur et au wali de
prendre des dispositions pourront
être levées. Mais la lutte
contre le terrorisme sera encadrée
par des textes, a-t-il précisé.
Revenant à la charge,
J.P.Elkabbach demande au
ministre des Affaires étrangères
: « Est-ce que vous craignez
dans les jours qui viennent un
mouvement qui emporte en
même temps le gouvernement
d’Alger, ou vous y résisterez
parce que l’Algérie n’est pas la
Tunisie, l’Egypte ? ». La réponse
étant dans la question,
M.Medelci lui déclare que
« c’est plutôt ce que vous venez
de dire à la fin de votre propos.
L’Algérie n’est pas la Tunisie
». C’est, toutes proportions
gardées, l’appréciation
de la députée et SG du Parti
des Travailleurs, Louisa Hanoune.
Elle a notamment déclaré
hier dans une allocution
à l’ouverture d’une session
ordinaire de son parti que « le
président Bouteflika « n’est ni
Moubarak, ni Ben Ali ». Il « détient
le pouvoir de prise de
décisions pour restaurer la confiance
entre les citoyens et le
pouvoir », a-t-elle estimé.
Par ailleurs, le chef de la diplomatie
algérienne, M. Medelci
a été questionné, sur la
radio Europe 1, au sujet de la
corruption dans les hautes
sphères du pouvoir, évoquée
ici et là. Réponse de M. Medelci :
« Ceux qui considèrent
que cela est juste n’ont qu’à
apporter les preuves et les
preuves peuvent être examinées
dans le cadre du processus
que nous avons mis en place
au niveau légal pour lutter
contre la corruption. Personne
jusqu’à présent n’a eu le courage
d’apporter des preuves ».
Oualid Ammar
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Source : Le Quotidien d'Oran