La chirurgie et
la médecine
esthétiques ont
connu un
véritable boom,
ces dernières
années en
Algérie, et ce qui
n’était qu’un
rêve lointain
de « jeunesse
éternelle »
devient peu
à peu réalité.
Tout le monde en convient : la
courbe en la matière est ascen
dante, surtout après l’apparition
de cliniques privées spécialisées dans
ce genre de chirurgie même si cette
spécialité médicale n’est pas officiellement
reconnue en Algérie et s’exerce
sous le couvert de spécialités apparentées.
Et si l’on croit que les femmes
sont plus soucieuses que les hommes
de leur apparence et de leurs imperfections,
la fréquentation dans ces cliniques
montre que la réalité est toute
autre et que le sexe dit « fort » est lui
aussi touché. Dans ce domaine, l’homme
et la femme ne diffèrent, semblet-
il, que par la façon de procéder et les
moyens à mobiliser pour parvenir en
définitive à un point commun : être belle
ou beau en corrigeant une anomalie
ou en masquant, à tout prix, les effets
du temps qui passe. Les actes de
chirurgie esthétique les plus demandés
par les Algériens sont la liposuccion
et l’élimination des rides du visage
et du cou par des techniques à résonance
rébarbative mai qu’importe,
pourvu que les « doigts de fée » du chirurgien
vous fassent accéder aux canons
supposés de la beauté : lifting cervico-
facial, « resurfaçage » cutané par
laser, blépharoplastie, calvitie, rhinoplastie
etc. Avec la propagation rapide
des actes de chirurgie esthétique et
le concours de la publicité et des médias,
le citoyen algérien sait maintenant
faire la différence entre la chirurgie
esthétique, opération de fardage
ou d’embellissement, et la chirurgie
réparatrice qui est un acte médical de
premier plan visant à réparer des défauts
de naissance ou à effacer les séquelles
d’un accident. Elle est d’ailleurs
remboursée par la sécurité sociale.
Un petit tour dans différentes cliniques
de médecine esthétique d’Alger
permet de constater au moins deux types
de clients : des passionnés de la
beauté et du changement de « look »,
d’un côté, et de l’autre, des personnes
souffrant de malformations à la naissance
ou des suites d’accidents divers
qui ont fini par laisser des traces indélébiles
sur les corps et sur le moral.
Amina, 27 ans, est une patiente de la
seconde catégorie. Elle présente une
déformation profonde sur le côté droit
du visage après une tentative de suicide
il y a cinq ans. Depuis, elle cherche
à tout prix à réparer ce qu’elle a
elle-même détruit en un instant de
forte déprime. Loin du cas tragique
d’Amina, Nadia, 40 ans, a retrouvé
le chemin de la même clinique poussée,
elle, par sa recherche, effrénée
et toute féminine, de « changement
d’apparence », histoire de cacher quelques
rides naissantes mais rebelles.
Elle n’en est pas à son premier coup :
les trois ou quatre dernières vacances
d’été, elle les a passées à se « relooker
» quelque part en Tunisie.
Mais il n’y a pas que les femmes dans
cette affaire. Les hommes représentent
tout de même 20% de la population
fréquentant ce genre de cliniques.
Et ce taux tend, semble-t-il, à
augmenter car les mâles cherchent eux aussi à plaire et à séduire en se
débarrassant, en premier lieu, de cette
méchante calvitie qui, en un tour de
main, vous double votre âge, ou en
corrigeant telle ou telle malformation
nasale ou encore en s’attaquant à cette
masse graisseuse logée là où il ne
faut pas. Pour le président de la société
algérienne de la médecine esthétique
(SAME), Dr Mohamed
Oughanem, la médecine ou la chirurgie
esthétique ne peuvent que refléter
l’état de la médecine en général
dans un pays et en Algérie, « il y a « encore
beaucoup à faire » en la matière.
Il relève que dans le domaine de la
médecine esthétique, il y a un « manque
flagrant d’informations, pour ne
pas dire une méconnaissance totale de
ce type de soins autour desquels il
existe beaucoup de préjugés et de pesanteurs
culturelles ». Concernant la
tranche d’âge qui demande ces soins
esthétiques, le professeur Le professeur
Rachid Amichi, propriétaire d’une
clinique privée de chirurgie réparatrice
de la face et du cou s’intéresse lui à
l’âge des patients, qui va de l’adolescence
au troisième âge, avec un pic à
partir de la quarantaine. Chez lui, 80
pour cent de ses patients sont des femmes.
Ce praticien souligne, d’un autre
côté, les effets secondaires de la chirurgie
esthétique qui peuvent conduire
à l’échec de l’opération et souvent,
à une nouvelle tentative de réparation
sur insistance du patient qui doit savoir,
insiste le professeur, qu’en cas
d’échec d’une intervention chirurgicale
esthétique il peut poursuivre le médecin
concerné en justice, en particulier
dans le cas où un contrat en bonne
et due forme lie les deux parties.
Le patient lésé peut aussi se rapprocher
du conseil de l’Ordre des médecins
pour déposer une plainte contre
le praticien incriminé, ajoute Dr Amichi.
Une spécialité médicale pourtant
non reconnue Le président du conseil
de l’Ordre des médecins algériens,
Dr Mohamed Bekat Bercani, a affirmé
que la chirurgie esthétique n’était
pas reconnue en Algérie, et que certaines
cliniques la pratiquait clandestinement.
Il en veut pour preuve les
plaintes de citoyens qu’il a reçues faisant
état d’échec grave d’opérations
de ce genre. Plus explicite, M. Abdelkader
Guennar, directeur des secteurs
de santé au ministère de la Santé,
souligne que le ministère accorde des
autorisations pour l’ouverture de cliniques
privées en médecine et chirurgie
« réparatrice » et non pas des cliniques
de chirurgie « esthétique ». Le
même responsable ajoute que le ministère
et l’université algérienne ne
délivre pas de diplôme dans cette spécialité,
ce qui signifie que la médecine
esthétique « n’est pas reconnue en
Algérie ». En fait, certaines pratiques
signalées comme chirurgie esthétique
sont actuellement exercées sous le
couvert d’autres disciplines, y compris
la chirurgie réparatrice ou la dermatologie.
M. Guennar explique que
le ministère n’accorde une licence
pour ouvrir une clinique dans telle ou
telle spécialité médicale que si le médecin
concerné est détenteur d’un
diplôme ou d’un certificat délivré par
le ministère de l’enseignement supérieur
ou un certificat équivalent octroyé
par les universités étrangères.
Dans ce contexte, le responsable annonce
qu’une opération de contrôle
sera lancée prochainement touchant
toutes les cliniques privées en dermatologie,
ainsi que les hôpitaux pour
mieux connaître leur méthodologie de
travail et de s’assurer de sa conformité
aux normes. Avec l’absence d‘un
cadre juridique pour l’exercice de cette
spécialité en Algérie, le Dr Oughanem
de l’Association SAME nie, lui,
l’existence des pratiques clandestines
de cette spécialité au sein des cliniques
privées. Il préfère suggérer la reconnaissance
de cette spécialité et le
développement d’un instrument juridique
qui la régisse, afin d’éviter toutes
les dérives.
Et la religion dans tout cela ? Il est admis
que l’Islam, sans codification particulière
et précise dans ce domaine,
n’autorise pas n’importe quel changement
volontaire d’apparence physique
chez l’être humain, sauf dans des cas
de force majeure (brûlures graves, séquelles
accidentelles irréversibles...),
rappelle Mohamed Mkerkeb, imam à
la mosquée El Kods à Hydra. Pour lui
cependant, la religion musulmane tolère
certaines « améliorations » mais
seulement quand le défaut physique
devient lourd à supporter. Certains
psychologues ont également critiqué
la chirurgie esthétique quand elle est
excessive ou injustifiée. Pour Abderrahmane
Aftis, les gens ordinaires qui
recourent à la chirurgie purement esthétique
« souffrent, en réalité, de carences
mentales s’exprimant dans la
recherche effrénée de la perfection
même si cela doit leur coûter beaucoup
d’argent ». « C’est un peu oublier
que la vraie beauté c’est celle de
l’âme », même si la chirurgie plastique
fait parfois des merveilles, résume un
autre psychologue averti.
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Chirurgie plastique
Source : Le Quotidien d'Oran