Les jeunes manifestants qui
se sont illustrés, depuis mer
credi dernier, dans un violent
mouvement de protestation contre
la hausse des prix des produits de
large consommation se sont mis
« en position de fracture totale par
rapport au reste de la société »,
a estimé, dans une interview à
l’agence APS, le ministre de l’Intérieur
et des Collectivités locales, M.
Daho Ould Kablia. Même en reconnaissant
« la situation difficile de ces
jeunes », il a poursuivi que « leurs
agissements criminels faits de violence,
de destructions et de vols,
n’ont épargné ni les biens publics
ni privés. Ils s’en sont pris aux intérêts
de citoyens de condition modeste
dont les magasins ont été
pillés et les voitures incendiées ».
Pour lui, « ces jeunes n’ont obéi qu’à
des instincts revanchards, car ne
mesurant pas toutes les conséquences
de leurs actes.
L’occasion a été saisie à Alger
d’abord, l’imitation, le mimétisme
et la contagion ont fait le reste ».
Promettant une réduction graduelle
du chômage, il a estimé que « les
problèmes urgents seront solutionnés
en priorité, dans le cadre de la
concertation la plus large, y compris
avec tous les jeunes qui sont,
j’insiste sur le terme, nos enfants ».
Selon M.Ould Kablia, les manifestations
enregistrées, un peu partout
sur le territoire national, ne
sont « point des manifestations auxquelles
nous sommes habitués
mais d’émeutes rassemblant un
nombre, plus ou moins important,
de jeunes qui, il faut le rappeler,
avec insistance ne constituent
qu’une frange de la jeunesse, qui
brûlent des pneus, pillent des biens
privés, dégradent et saccagent des
biens publics, et agressent les services
de sécurité par des jets de
pierres, des cocktails Molotov et
autres objets contendants ». Pour
autant, le ministre de l’Intérieur
rassure et affirme que « à l’heure
actuelle, la situation est contenue
et les services de sécurité font tout,
avec intelligence et fermeté, pour
éviter les dérapages et les chocs violents
avec les émeutiers ».
Selon le ministre, ces manifestations
ont fait, jusqu’à présent, 736
blessés dans les rangs de la police,
53 blessés parmi les manifestants
et la mort de 3 jeunes : à M’sila,
Tipaza et Boumerdès. « Dans les
deux premières wilayas, les personnes
décédées ont été retrouvées sans vie lors des émeutes, des enquêtes
sont en cours pour en déterminer
les causes. Quant à celle
de Tidjelabine (Boumerdès), la victime
a été retrouvée calcinée dans
un hôtel incendié par les émeutiers », a précisé M.Ould Kablia.
Par ailleurs, le ministre de l’Intérieur
laisse apparaître que cette
colère subite des jeunes n’a pas été
tellement anticipée par le gouvernement,
malgré les nombreux clignotants.
« On ne peut nier, à l’évidence,
qu’on avait connaissance,
depuis peu de temps, que le renchérissement
des prix, souvent
inexpliqué et artificiel, avait produit
un impact négatif et suscité, par
conséquent, une inquiétude au sein
de toutes les couches pas seulement
celles défavorisées constituant
notre société », a-t-il dit, en
faisant référence également, aux
manifestations pour le relogement.
Mais ce « qui s’est produit jeudi passé
est, de l’avis général, sans relation
avec ces aspects socio-économiques
et je dirais, sans commune
mesure avec une démarche calme
et réfléchie, seule voie pour exposer
les problèmes ». Face aux dérapages
constatés, ça et là, le ministre
de l’Intérieur est resté ferme :
« quoi qu’il arrive, force restera à la
loi et la loi est faite pour protéger
tous les Algériens, pour le respect
de leurs biens, de leur liberté et de
leur dignité. » Il relève sur ce chapitre
que « le rôle du ministère de l’Intérieur
et des Collectivités locales,
dans ce contexte particulier, est de
maintenir l’ordre et préserver la sécurité
des citoyens, leur intégrité et
la circulation des personnes et des
biens », avant de souligner que
« nous enregistrons avec satisfaction
que la population n’encourage pas
les émeutiers et que, depuis vendredi
des citoyens s’en prennent directement
à eux pour protéger leurs
biens ». Il terminera par lancer un
appel en relevant que « ces douloureux
événements interpellent toute
la société algérienne, dans ses différentes
composantes, partis politiques,
syndicats, associations, comités
de quartier et de village, qui
doivent agir sur le terrain », avant de
pointer du doigt « les parents (qui)
ont une lourde responsabilité, car les
émeutiers sont, dans leur grande
majorité, des enfants mineurs ».
Enfin, M. Kablia dira qu’« on nous
reproche déjà la retenue de nos services
de sécurité, leur sens des responsabilités
et le fait de ne pas avoir
utilisé leurs armes même en se défendant ».
Yazid Alilat
Tags:
Algérie
Émeute
Source : Le Quotidien d'Oran