Hosni Moubarak était à Alger pour une visite
d’une journée au cours de laquelle il s’est
entretenu avec le président Abdelaziz Bouteflika.
La visite, qui intervient dans un contexte de deuil
familial du président algérien, était, au-delà de
l’aspect personnel, une opportunité pour le chef
de l’Etat égyptien d’essayer d’effacer les
« perturbations » qui ont eu lieu ces derniers mois
dans les relations entre les deux pays.
Le ministre égyptien des Affaires
étrangères, M. Ahmed Abou El
Gheit, a tracé clairement le cadre
de cette visite « amicale et de courtoisie
». Elle confirme « la ferme volonté
» des deux présidents de « poursuivre
l’édification d’une relation forte
pour la défense des droits arabes et la
préservation de la sécurité de la région ».
Il n’a pas manqué de faire un clin d’oeil
à l’histoire en faisant valoir que « l’Algérie
et l’Egypte sont deux pays frères et
n’ont cessé d’oeuvrer ensemble depuis
une soixantaine d’années ».
La diplomatie égyptienne fait en tout
cas preuve d’un réel sens de l’opportunité
pour sortir de la « crise » née des
péripéties des éliminatoires pour la
Coupe du Monde de football. Jusque-
là, hormis une compétition feutrée
de leadership, qui n’a d’ailleurs
jamais dégénéré, les relations algéro-
égyptiennes ont été marquées
du sceau de la correction.
Les divergences sur le fonctionnement
de la Ligue arabe restaient une
affaire de diplomates et n’ont pas vraiment
été un motif de discorde. L’Algérie,
même si elle ne s’est pas alignée
sur les arabes pro-américains, ne mène
plus une diplomatie militante sur le
dossier du Proche-Orient. Les positions
sur la question palestinienne ou l’attitude
vis-à-vis de l’Iran sont différentes,
elles ne constituent pas non plus un
motif de contentieux bilatéral.
On peut même affirmer que sous la
présidence de Bouteflika, les relations
algéro-égyptiennes ont pris un contenu
plus concret avec l’entrée en lice
du groupe Orascom qui a acquis, en
juillet 2001, une licence de téléphonie
mobile pour 737 millions de dollars.
Les Algériens avaient une autre vision
de l’Egypte à travers le succès fulgurant
de Djezzy. Le groupe de Sawiris
ne se limitera d’ailleurs pas au
secteur des télécom, il est également
présent dans d’autres secteurs
comme la pétrochimie, l’électricité,
le dessalement ou le ciment…
Le succès d’Orascom en Algérie a
donné des « envies » à d’autres groupes
égyptiens et à des entrepreneurs du
Golfe… Le vent commence à tourner
pour le groupe Sawiris, après la cession,
en septembre 2007, de la filière
ciment pour le groupe Lafarge qui se
retrouve propriétaire de deux cimenteries
en Algérie. La nouvelle, apprise
par voie de presse par les autorités algériennes,
entraînera un changement
de la législation algérienne en
matière d’investissement étranger et
une politique de rigueur fiscale à
l’égard d’Orascom Telecom qui fait
l’objet d’un redressement fiscal de la
part de la direction générale des impôts.
L’affaire Orascom Telecom n’avait, jusque-
là, pas été politisée et n’a pas été
motif de crise diplomatique… C’est le
football et ses passions qui ont fait déraper
cette relation algéro-égyptienne
si banale. Le guet-apens du Caire du
12 novembre 2009 contre l’équipe
nationale et l’incroyable aplomb des
autorités égyptiennes qui ont accusé
les joueurs algériens de s’être blessés
eux-mêmes ont fait passer un frisson
de colère sur toute l’Algérie. Des fausses
nouvelles sur un Algérien tué au
Caire feront le reste. Des jeunes Algériens
ont attaqué le siège d’Egyptair,
le siège principal et des boutiques de
Djezzy. A l’issue du match barrage à
Khartoum, le 18 novembre, des incidents
mineurs ont été montés en
épingle par des médias satellitaires
égyptiens qui ont déversé des torrents
d’insultes contre l’Algérie… Les
excès d’une presse de bas étage égyptienne
à laquelle répondent sur le
même registre des journaux algériens
créent, pour la première fois, une hostilité
qui ne se limite pas aux seules élites
p o l i t i q u e s …
Le match de barrage de Khartoum
devait être, avec une victoire acquise
d’avance, un moment clé de la marche
à l’intronisation de Gamal Moubarak
comme futur « Raïs » du pays.
L’échec de Khartoum devenait dangereux
et il fallait détourner la déception
populaire et l’orienter vers les Algériens,
abreuvés de tous les noms.
Le gouvernement égyptien n’a donc
pas été en reste et a décidé de rappeler
son ambassadeur à Alger après ce
que les médias égyptiens ont présenté
comme les « massacres de Khartoum ».
En termes de manipulation des foules
égyptiennes, l’opération est une
réussite. Au prix cependant d’une relation
algéro-égyptienne fortement dégradée.
La visite de Hosni Moubarak
montre que dans les relations d’Etat
rien n’est jamais définitif.
Ces relations peuvent reprendre leur
cours banal. Sans doute, les entreprises
égyptiennes ne désespèrent qu’un
climat plus paisible puisse leur permettre
d’envisager de faire des affaires
dans un pays qui a un plan à 286 milliards
de dollars. Même Sawiris peut
rêver que ses « misères » algériennes
vont prendre fin. Il reste qu’au plan
populaire, là où l’hostilité contre
l’Egypte n’a jamais existé contrairement
aux sphères intellectuelles fortement
idéologisée, quelque chose s’est
brisé. Entendre et voir sur des chaînes
égyptiennes des gens cravatés s’en
prendre de manière si grossière aux
martyrs algériens a été insupportable
et provoque encore de fortes colères.
Les Etats peuvent s’arranger mais les
dégâts causés dans les opinions ne seront
pas facilement réparés.
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Hosni Moubarek
Source : Le Quotidien d'Oran