Que retenir de ce mois de ramadhan 1431 qui tire déjà à sa fin. La première des choses qui revient sur toutes les lèvres est la cherté de la vie durant ce merveilleux mois qui est devenu malheureusement, au fil du temps, synonyme de bouffetance pour les frénétiques consommateurs et une affaire de gros sous pour les spéculateurs de tous genres, qui nous ont laminés, presque étouffés pendant ce mois qui est sacré pour les puritains, une véritable profanation pour les impurs.
LES PRIX QUI VOUS
COUPENT L’APPÉTIT
On distingue deux genres de
ferveurs en ce vénérable
mois. Les coeurs durs que
des tonnes de larmes des pauvres
consommateurs n’émeuvent
jamais et qui se bourrent
par un assouvissement infini les
poches. Et il y a ceux qui ne
ratent pas la piété régnante
pour se remplir les coeurs. Heureusement
qu’il existe encore
cette race de gens charitables qui
font tout leur possible pour rendre
heureux les nombreux éprouvés
de ce mois. C’est aussi une
affaire du bien contre le mal.
Les prix pratiqués par une grande
majorité commerçants ne suivent
aucune logique commerciale.
La tomate, pour ne parler que
de ce demi-fruit consommé tous
les jours, passe du simple au
sextuple en un clin d’oeil et sans
aucune gêne. La carotte, dont
personne ne peut s’en passer
pour son utilité culinaire, n’a pas
baissé du double ou le triple de
son coût habituel.
Quelques feuilles de salade
verte à 120 DA le kilogramme
vous fait appauvrir votre touffe
de quelques cheveux le temps de
l’annonce de son tarif. La pain est
majoré à 10 DA chez presque la
totalité des boulangers en y rajoutant
un peu de sucre et de
beurre pour devenir, on ne sait
pas par quelle recette miracle,
brioché et bon à croquer. Les produits
des gâteaux et des vêtements
prennent le large à l’annonce
des 10 derniers jours. Tous
les jours, on n’est aucunement
au bout de nos surprises.
Après une légère accalmie au
début de la seconde dizaine, tous
les clignotants passent subitement
au rouge. Je n’ai aucun
doute là-dessus, les spéculateurs
de ce pays possèdent la
meilleure stratégie pour adapter
la concurrence selon les envies
des uns et des autres. Je
dirais même banal pour qualifier
le destin forcé des algériens.
Des bandits en plein jour, à qui
ne manquent que les armes, font
et défont la vie des Algériens et
se jouent comme ils l’entendent
de tout un gouvernement.
Les contrôleurs dont parle l’ENTV,
ne jouent leur rôle que devant
les caméras du journal télévisé
de 20 heures. Pas leur
moindre trace dans notre vie
quotidienne. En tous les cas, je
ne les ai jamais rencontrés de
visu sur mon chemin sauf s’ils se
déguisent peut-être en fantômes.
A chaque fois que l’on passe que
ce soit chez l’épicier ou chez le
marchand de légumes, la tendance
est toujours à la hausse. Un
jour, c’est le sucre, l’autre jour
c’est l’oeuf. Par le maquillage sensationnel,
le poisson congelé devient
subitement du poisson frais.
La viande congelée qui grimpe
au plafond, à 700 DA le kilogramme
SVP ! On importe pour voir
l’effet contraire de la politique désirée.
Ça ne se passe décidemment
que chez nous ! Même la
poudre pour la conservation des
morts est venue au secours de
nos Dracula des temps nouveaux.
Cette consternation marquera à
jamais le Ramadhan de cette
année d’une pierre noire. On
aura tout vu.
Sans exception, tous les produits
subissent le diktat de la
hausse même lorsque les cours
du marché mondial ne varient
pas ou en baisse.
Vous n’êtes jamais au bout de
vos peines. Le consommateur est
tout affolé surtout qu’il n’est nullement
organisé. Il vit dans une
jungle où les prédateurs sont partout.
Au moindre relâchement et
le voilà avalé, sans aucune rémission,
tout cru. Il faut qu’il achète le produit coûte que coûte
et quel que soit le prix. Et c’est
cet affolement que nos suceurs
de sang adorent le plus provoquer.
Ils te poussent à la panique
générale, à l’achat rapide et
sans aucun calcul sinon tu seras
le dernier à boycotter le produit.
Avec cette manoeuvre, t’as l’impression
d’avoir fait une bonne
affaire car si tu ne l’achètes pas
aujourd’hui, tu le regretteras le
lendemain. Et tant pis pour toi.
Tous les ans, c’est la même histoire
qui se renouvelle inlassablement
et dont les leçons ne sont
jamais retenues. A la fin du
mois, on l’impression de sortir
du bout d’un long tunnel. Le
prochain Ramadhan sera le clone
de celui-ci avec de nouvelles
frasques et ses délits. On efface
tout et on recommence.
Heureusement que l’ambiance
du mois du ramadhan n’a pas
d’égal lors des onze restants. Les
regrets sont vite oubliés. Toute
la famille à table. Les amis, les
prières et ses invocations, la solidarité
sont renforcés. Passés,
les deux journées de l’Aïd, on
revient à la vie routinière.
GRILLE DE PROGRAMMES
OU RÉCLAME ?
Le mois du Ramadhan est
aussi synonyme d’un programme
spécial de la télévision
publique. Cette année c’est
la grosse déception. Paradoxalement,
notre Tv a, paraît-il, obtenu
les meilleures audiences pendant
ce mois. D’abord, par rapport
à quoi, a–t-elle décroché
cette première place ? Tous les
spécialistes parlent d’un fiasco
sauf ses responsables. Après la
rupture du jeûne, on vous passe
plein plein de publicité. On est
rassasié pendant au moins une
vingtaine de minutes à tel point
qu’on se rappelle plus des spots
que du programme lui-même. Il
fallait sans doute faire élire la
meilleure réclame présentée.
Moi, je vote, sans hésitation
aucune, pour Hamoud Boualem
qui a présenté sans doute la
meilleure pub avec ses éclats de
rire qui vous laissent au moins
tout sourire. C’est le seul qui pu
apporter une certaine gaieté.
Le programme, c’est une « caméra
cachée » grandeur nature.
Par la pauvreté et la pénurie des
acteurs passés chez Nessma TV
ou ailleurs, les citoyens sont devenus
des artistes naturels, bénévoles
et disponibles à souhait.
Et ils jouent gratuitement, pas
même pour un petit tee-shirt ou
une casquette en papier offerts
par la maison. Pourtant ils passent
dans la grille à une grande
heure d’écoute, en prime time ramadhanien.
Par manque de coordination
nationale, toutes les stations
régionales, ont eu par télépathie
la même idée. Au menu,
c’est la fameuse « caméra cachée
» qui a subi des liftings partout
dans le monde sauf chez
nous. Les débilités, il n’y en a
presque que ça !
Et puis, heureusement que le
ridicule n’est pas Algérien, Quel
est l’Algérien qui ne regarde pas
la télévision nationale, histoire de
se mettre dans l’ambiance ramadhanesque.
Il aurait fallu comparer
ces résultats par rapport
aux résultats des années précédentes.
Ils seraient identiques
depuis que l’ENTV existe. Nessma
TV a quand damé le pion en
recrutant des acteurs algériens
pour des sketchs à connotation
beaucoup plus Algérienne pour
attirer les déçus de l’obligée.
SOUVENIRS
Ce mois de Ramadhan a vu
aussi la disparition de figures
nationales telles que
Tahar Ouettar, Lakhdar Bentobbal,
Mohamed Salah Mentouri et
du premier ministre de l’éducation
nationale au lendemain de
l’indépendance Abderrahmane
Benhamida que personnellement,
je n’ai jamais entendu
évoquer son nom sauf en ce jour
de son décès. On ne sait toujours
pas comment honorer et rendre
hommage les gens de leur vivant.
Par ces omissions volontaires
ou involontaires, c’est notre mémoire
collective qui en prend des
coups et dont il sera difficile de
se remettre. Comme tous les
mois de l’année, chacun a perdu
des siens de son entourage des
personnes anonymes telles que
mon collègue Naït Si Ali de mon
université ou Houari de mon enfance.
Ainsi va la vie. Chaque ramadhan
apporte son lot de tristesse
et de joie.
Le passage de quelques jours
à Relizane chez la maman te permet
de se replonger dans le Ramadhan
de la jeunesse et d’un
passé nostalgique. Une virée nocturne
du côté de Mesdjed Ennour
pour les taraouih suivie d’un petit
moitié-moitié au comptoir du
Café d’El-Feth te fait ressortir les
sensations de vos 20 ans en compagnie
des amis du quartier des
olivettes ou de la rue du parc.
Enfin, une Gaâda sur la terrasse
du café Majectic, sur la place de
la mairie, entouré du cousin
Djillali, en maestro des lieux, te
fait sauter en éclats jusqu’aux
premières lueurs de l’aube annonçant
l’heure du Shor.
SAÂDANE, L’EXEMPLE
Ce mois constitue aussi la fin
de nos rêves footballistiques
avec un Saâdane au hit-parade
un certain 18 novembre,
abattu, vomi, jeté en pâture et
de surcroît insulté par tout un
stade à Blida lors d’un immoral 3
septembre. Des insanités fusaient
des gradins ; heureusement
étouffées en direct par les
ingénieurs du son de la télévision.
Comme quoi, l’Algérie est le pays
des extrêmes, le juste milieu fait
toujours défaut.
Rabah Saâdane a eu au moins
le culot et le mérite de démissionner.
Il existe des responsabilités
qui sont haïs partout mais
ne s’aventurent pour tout l’or du
monde à quitter leur indéboulonnable
fauteuil. Saâdane a tenu
compte que des présents. Il n’a
même pas attendu la suite des
absents mais sait que derrière
leurs écrans, ils n’en veulent plus
de lui. Il ne veut pas rester contre
leur gré. Encore chapeau bas
Monsieur Saâdane.
ET L’ENSEIGNEMEMNT
SUPÉRIEUR !
Comme universitaire, j’attendais
avec impatience de
l’audition présidentielle du
ministre de l’Enseignement Supérieur
et de la Recherche Scientifique.
Il n’y a que les chiffres
présentés qui ont changé par rapport
aux années précédentes.
J’espérais mais sans trop d’illusions
à ce qu’on discute des indemnités
des enseignants chercheurs.
Il n’en fût point dans le
texte lu dans le journal de 20
heures de ce mardi 7 septembre.
L’enseignant chercheur n’est
qu’un chiffre de plus ou de moins.
Actuellement ils sont actuellement
aux alentours de 38000
pour à peu près 1 million 150
milles étudiants sans compter
ceux de cette présente rentrée
universitaire. Le prorata est d’un
enseignant pour 28 étudiants, un
chiffre très très loin des règles internationales.
Et ça le rapport du
ministre n’en fait aucune évocation.
Il faut donc doubler le nombre
d’enseignants ou bien diviser
celui des étudiants par deux. Le
chiffre est encore effarant lorsqu’il
s’agit de découvrir le nombre
d’enseignants magistraux par rapport
au nombre d’étudiants. Nous
courons depuis plusieurs années
à rattraper ce fatal retard mais
les résultats typiques du Baccalauréat,
ne reflétant aucune réalité
pédagogique, ne font que nous
reculer et régresser de plus en
plus en arrière. La quantité ne
remplacera jamais la qualité.
Le rapport du ministre n’évoque
nullement le côté pédagogique
assimilé au fameux triptyque
étudiant-chaise-lit. Par exemple,
aucune donnée n’est présentée
sur le nombre d’heures d’enseignements
réels dispensés par
rapport aux volumes horaires des
programmes officiels ni comment
y remédier aux lacunes d’un bac
acquis en étant amputé du tiers
de son volume. Un diplôme délivré
par nos universités n’aura
aucune valeur et ni estime sur le
marché local ou au plan international
s’il n’est pas confronté et
comparé à toutes les normes universelles.
Ça y est, mes chers lecteurs,
l’Aïd frappe de toutes ses
forces à nos portes et il est le bienvenue.
Il est annoncé pour
aujourd’hui ou demain. La confrontation
de la vue du croissant
à l’oeil nu qui ne doit pas se contredire
avec les calculs astronomiques,
a encore devant elle, de
belles années de dualité. Quel que
soit le jour, vivement l’Aïd pour
tous, Saha Aidkoum et à l’année
prochaine Inchallah.
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Aïd El-fitr
Source : Le Quotidien d'Oran