Longtemps hésitante, parfois divisée
sur sa stratégie diplomatique envers
l’Iran, l’UE unanime vient de décider
de sanctions exceptionnelles envers
le régime d’Ahmadinejad. C’est
ainsi que tout avait commencé pour…
l’Irak de Saddam Hussein.
Réunis hier à Bruxelles, les 27 ministres
des Affaires étrangères de l’UE
ont adopté une série de sanctions économiques,
commerciales et politiques
exceptionnelles à l’encontre de
l’Iran, et applicables dès aujourd’hui
mardi 27 juillet. Le niveau de ces
sanctions étonne autant que l’urgence
de leur entrée en vigueur (moins
de 24 heures). En décidant d’isoler
totalement le régime politique iranien,
la diplomatie européenne compte sur
son affaiblissement de l’intérieur et, à
terme, sa chute.
Le spectre de l’opposition iranienne,
allant de la gauche marxiste (Tudeh)
aux monarchistes (Parti constitutionnel
du fils du shah), en passant par
les nationalistes du Front national et
jusqu’aux Moudjahidine du peuple, en
tout près de 35 partis politiques, qui
auront ainsi l’occasion d’exploiter
« l’isolement » de l’Iran et d’unir leurs
forces pour en finir avec le régime
d’Ahmadinejad. C’est, a priori, le calcul
fait par les Occidentaux.
Ceci est d’autant plus vrai que les
oppositions iraniennes sont très actives
en Europe, où elles bénéficient
de la sympathie des populations européennes et du soutien de leurs
gouvernements. Jusqu’au parti des
Moudjahidine du peuple inscrit sur
la liste des organisations dites « terroristes
», réhabilité l’année dernière
par l’UE et les USA.
En somme, une stratégie occidentale
classique : isoler le régime politique
pour l’amener à imploser de l’intérieur.
Pourtant, cette méthode a été
expérimentée contre le régime irakien
de Saddam Hussein à partir de 1988,
et l’on sait les conséquences subies par
le… peuple irakien. Il aura fallu une
guerre ouverte par toute l’armada occidentale,
suivie d’une occupation du
pays, pour venir à bout de Saddam
Hussein. Au vu des sanctions et des
domaines ciblés, il reste peu de chance
au régime iranien d’assouplir sa
position sur la question du nucléaire
dont il lui est fait reproche. Au contraire,
Ahmadinejad ira au pourrissement
et à la radicalisation de ses rapports
avec l’Occident.
Entre les pénuries et la répression
du régime d’Ahmadinejad, le
peuple iranien s’attend à des jours
sombres. Qu’en en juge avec les
mesures retenues par l’UE : interdiction
de tout commerce ou investissement
dans le secteur du gaz, boycott des
importations et exportations de pétrole
(l’Iran est le 4e producteur mondial de
pétrole, mais il importe 40% de ses besoins
en gasoil et en essence en raison
de ses faibles capacités de raffinage),
réduction drastique de tout
commerce, gel des activités des banques
iraniennes en Occident, contrôle
de son transport de fret maritime et
aérien, et jusqu’à l’interdiction de visas
de voyage à plus de 40 personnalités
du régime, en plus de ceux touchés
déjà par la mesure.
L’UE s’est engagée dans une véritable
guerre économique et politique
envers le régime d’Ahmadinejad. Le
niveau des sanctions dépasse les « espérances
» des Américains et des Australiens,
qui ont eux cessé depuis longtemps
toute relation avec le régime de
Téhéran, et poussera le Canada qui
va annoncer ses propres sanctions.
L’on se rappelle combien les USA
ont eu à batailler au sein du Conseil
de sécurité de l’Onu pour faire adopter,
le 9 juin dernier, des sanctions
contre le régime iranien. Qu’est-ce
qui a bien pu se passer entre-temps
pour que l’UE réagisse avec une telle
sévérité envers l’Iran ? Est-ce la
médiation menée par le Brésil et la
Turquie à la même période pour lever
les équivoques sur l’objectif du
programme nucléaire iranien qui a
accéléré la décision européenne ?
Certains y voient le résultat, entre
autres, de l’activisme des nombreux
partis politiques et associations iraniennes
implantés en Europe.
Dans tous les cas, il ne faut pas trop
croire qu’Ahmadinejad pliera aussi facilement
face aux pressions occidentales.
Sinon, comment expliquer que
les 27 pays de l’UE se sont décalés,
prêts à revoir leur décision dans… six
mois. Délai peut-être acceptable pour
les Européens, mais combien difficile
et dur pour les Iraniens.
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Union européenne
Source : Le Quotidien d'Oran