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Liberté des moeurs et rigidité de la loi

Un fait divers met fin à la carrière de Dominique Strauss-Kahn

16 mai 2011
Un fait divers met fin à la carrière de Dominique (...)

L’homme que tout semblait désigner pour succéder à Nicolas Sarkozy à la présidence de la République française, dans un an, vient de se suicider politiquement, à cause d’une improbable aventure sexuelle.

Que les faits soient avérés ou non, qu’il soit condamné ou pas, Dominique Strauss-Kahn semble bien fini. Sa carrière au FMI est finie, et sa carrière politique en France ne peut plus rebondir. Elle risque même de se terminer dans une sordide histoire de procès à répétition.

Accusé d’agression sexuelle, séquestration et tentative de viol, par une femme de ménage d’un palace de New York, le directeur général du FMI, favori des sondages pour les élections présidentielles françaises de 2012, voit d’un coup tout s’écrouler autour de lui. Ce technocrate brillant, quoique un peu hautain, aux allures de premier de la classe, époux de la plus belle journaliste française, Anne Saint-Clair, semblait devoir tout réussir. Il réussissait même à concilier l’inconciliable. Socialiste, il avait des goûts de luxe, et prenait le risque de se faire photographier en voiture de luxe alors que son pays était en pleine crise. Il affirmait avoir une vie familiale modèle, et s’exhibait souvent en couple, alors que ses histoires extraconjugales à répétition avaient failli l’achever à plusieurs reprises. Il apparaissait même comme l’homme capable de concilier vision de droite et appartenance de gauche : parmi les hommes de gauche, il était le favori des riches. Il a même réussi à diriger le FMI, ce symbole du capitalisme le plus outrancier, pour imposer à de nombreux pays, comme la Grèce, des médications contre lesquelles la gauche a lutté pendant plusieurs décennies.

Gérant des sommes colossales, Dominique Strauss-Kahn était devenu l’un des hommes les plus puissants au monde. Une simple phrase émanant de lui faisait s’envoler les marchés du monde entier, et un commentaire favorable portait aux nues la cote d’un pays. Et voilà que toute cette puissance s’effondre, à cause d’un vulgaire fait divers. Quant à la France, elle est virtuellement en train de perdre celui qui semblait tout désigné pour gagner la prochaine élection présidentielle. Comment une telle fragilité est-elle possible, dans un monde où tout semble organisé, planifié, blindé ?

Peut-être est là un des secrets de la France, le pays le plus « permissif » au monde, avec tout ce que cela entraîne comme paradoxes. Il y a cinq ans, Nicolas Sarkozy avait peut-être été élu parce que sa femme d’alors, Cécilia, l’avait abandonné. Bien avant la campagne électorale, elle avait quitté le foyer, pour revenir à la veille des élections, avant de repartir définitivement quelques mois plus tard. Les Français semblaient avoir eu pitié de cet homme à l’air d’un chien abandonné, mais qui faisait preuve d’une énergie débordante. Mais si l’histoire de Nicolas Sarkozy était connue, celle de sa rivale à la présidentielle de 2007 l’était beaucoup moins. Et les socialistes réussissaient à sauver la face à propos du couple Ségolène Royal - François Hollande, qui avait pourtant volé en éclats bien avant les élections. Pendant toute la campagne électorale, le secret était relativement bien gardé, et ce n’est qu’au soir de la défaite que Ségolène Royal annonçait sa rupture avec son compagnon, qui était en même temps premier secrétaire du parti socialiste. Beaucoup pensaient alors que cela expliquait la défaite de Ségolène Royal, qui a perdu alors que l’élection semblait gagnée d’avance.

Ces histories étaient cependant très différentes de ce qui arrive à Dominique Strauss- Kahn. Car si les sociétés occidentales ont connu une évolution qui admet une grande liberté de moeurs, elles sont, à l’inverse, très strictes quand il s’agit d’atteinte à la liberté des femmes. Et encore plus quand il s’agit de viol ou de tentative de viol. Dominique Strauss-Kahn luimême, tout comme l’ancien directeur de la Banque Mondiale, Paul Wolfowitz, avait déjà eu une aventure avec une de ses subordonnées. Mais c’était restée sans incidence, du moment que cela n’avait pas eu d’impact sur son travail, que la « victime », la Hongroise Piroska Nagy, économiste au FMI, n’avait pas tiré profit de la relation et n’avait pas porté plainte.

Par ailleurs, la nouvelle affaire Strauss-Kahn aura des conséquences énormes sur la France et, par conséquent, sur toute la Méditerranée. L’élection présidentielle française est désormais relancée. François Hollande et Martine Aubry ont toutes leurs chances, de même que Nicolas Sarkozy, qui semblait fini il y a à peine un mois. Et la nature même de la présidentielle française change. Pour le candidat de la droite comme celui de la gauche, il ne s‘agit plus de préparer le second tour, mais d’y être présent. Car une nouvelle certitude s’est imposée : Marine Le Pen sera au second tour, et la victoire contre elle sera facile. A condition d’y être. Toutes les stratégies électorales seront donc révisées. Ce qui menace de bouleverser le paysage politique français, avec des implications durables sur la France et sur toute l’Europe et la région de la Méditerranée. Et tout ceci à cause de quoi ? D’un fait divers qui menace d’éliminer un des hommes les plus puissants au monde, tout comme l’affaire Monica Lewinsky avait failli emporter Bill Clinton.

Tags: FMI Dominique Strauss-Kahn

Source : Le Quotidien d'Oran

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