C’est un grand moment de désespoir, pour les insurgés en Libye, qui
combattent à armes inégales contre l’armée suréquipée de Mouamar
Kadhafi, lorsque la réunion des grandes puissances industrielles,
et militaires, s’achève sur un fiasco.
Les grandes puissances militaires,
réunies à Paris, n’ont pu ou voulu
se prononcer pour une zone
d’exclusion aérienne en Libye, pour
soutenir les insurgés contre les raids
de l’aviation de Kadhafi.
Un « flop » politique et diplomatique
qui a laminé les maigres espoirs des
insurgés d’une aide des superpuissances
militaires pour mettre au pas l’armée
libyenne. Et, hier, les huit puissances
les plus industrialisées du monde
avaient lamentablement exposé au
grand jour leurs divisions sur une éventuelle
intervention militaire pour freiner
la contre-offensive en Libye de
Mouammar Kadhafi, promettant de
nouvelles discussions à l’ONU sur des
sanctions renforcées.
CLIVAGES
ET INDÉCISION DU G8
Dans les conclusions de la présidence
française d’une réunion de deux
jours des chefs de la diplomatie du G8,
objet d’un consensus laborieux, aucune
mention n’est faite sur l’instauration
d’une zone d’exclusion aérienne
en Libye, régulièrement évoquée depuis
le début du conflit. « Nous sommes
d’accord pour demander au Conseil
de sécurité d’accroître ses pressions
sur le colonel Kadhafi », a déclaré le
chef de la diplomatie française, Alain
Juppé, au cours d’une conférence de
presse. Dans les conclusions écrites, les
ministres demandent « à Mouammar
Kadhafi de respecter les légitimes revendications
du peuple libyen concernant
ses droits fondamentaux, la liberté
d’expression et une forme représentative
de gouvernement » et le
mettent en garde « contre les dramatiques
conséquences d’un refus de
sa part ». Hier matin, le chef de la
diplomatie française avait reconnu
ne pas avoir réussi à convaincre ses
partenaires de l’urgence d’un feu
vert de l’ONU à une action militaire
contre les forces du colonel Kadhafi
qui progressent rapidement vers Benghazi,
fief des insurgés. De son côté,
et avec un air ironique, la Russie a dit
attendre « plus d’informations concrètes
» sur la manière dont les pays de la
Ligue arabe conçoivent une zone d’exclusion
aérienne en Libye avant de se
prononcer sur cette proposition, a déclaré
le ministre russe des Affaires
étrangères, Sergueï Lavrov.
M. Lavrov, qui s’exprimait lors d’une
conférence de presse à l’issue d’une réunion des ministres des Affaires
étrangères du G8, a rappelé qu’avant
de prendre une décision, la Russie
s’appuierait sur les propositions des
pays arabes de la région.
L’UNION AFRICAINE
S’Y MET
« Nous savons que la Ligue arabe a
fait cette déclaration » samedi dans laquelle
elle a appelé le Conseil de sécurité
de l’ONU à autoriser la mise en
place d’une zone d’exclusion aérienne
en Libye, a dit le ministre russe.
« Nous attendons que la Ligue arabe
détaille et concrétise sa proposition
car dans la même déclaration,
elle dit qu’elle est contre toute ingérence
étrangère et à plus forte raison
militaire », a-t-il poursuivi. « Nous souhaitons
obtenir plus d’informations
concrètes sur la manière dont les pays
arabes entendent agir », a-t-il conclu.
De son côté, l’Union africaine tente
de trouver une solution consensuelle
à la crise libyenne. Le président sudafricain
Jacob Zuma et quatre autres
dirigeants se rendront en Libye au
plus tôt ce week-end dans le cadre
d’une mission de l’Union africaine
pour tenter de résoudre la crise qui
secoue le pays, a indiqué hier le gouvernement
sud-africain.
« Le conflit en Libye est en train de
se transformer en guerre civile », a déclaré
devant la presse le vice-ministre
des Affaires étrangères sud-africain
Marius Fransman. Le président Jacob
Zuma a été chargé, dimanche, au côté
des présidents de Mauritanie, de la République
démocratique du Congo, du
Mali et de l’Ouganda de former une
mission de médiation de l’Union africaine
pour tenter d’apporter une issue
à la crise libyenne.
« IL VA TOUS NOUS
MASSACRER »
Sur le terrain des opérations, l’armée
de Kadhafi submerge les insurgés, les
combats devenant nettement à son
avantage. Ce qui a fait dire à Kadhafi,
dans une déclaration au journal italien
« Il Giornale », que « les rebelles
n’ont plus d’espoir, désormais c’est une
cause perdue pour eux ». Refusant par
avance toute négociation avec « les terroristes
», il a précisé qu’il n’y a pour
eux que « deux possibilités : se rendre
ou fuir », promettant de ne pas tuer
ceux qui se rendraient.
Lundi, des avions ont largué des tracts
sur Ajdabiya : « Nous arrivons pour vous libérer des terroristes », annonçaient-ils,
tout en prévenant que la ville ferait l’objet
d’une fouille maison par maison
pour en extirper les « rats ». Hier mardi,
l’armée de Kadhafi a mené un raid aérien
et lancé l’artillerie lourde contre
Ajdabiya, ville de l’est libyen contrôlée
par l’insurrection, faisant au moins trois
morts et une quinzaine de blessés, selon
des médecins. En outre, dans la
nuit de lundi à mardi, l’hôpital avait
déjà reçu deux morts et un homme
ayant eu une main arrachée. Depuis
la fin de la matinée, de nombreux tirs
de batteries antiaériennes résonnaient
à l’ouest de la ville, noeud de communication
stratégique à 160 km au sud
du siège de l’opposition à Benghazi et
désormais en première ligne des combats
entre forces gouvernementales et
insurrection. Et, en début d’aprèsmidi,
les insurgés revenant du front ont
déclaré avoir essuyé de violents bombardements,
tandis que le bruit des tirs
de roquettes s’amplifiait dans le centre-
ville. Au moins un insurgé, un homme
de 31 ans, a été tué quand les
éclats d’une bombe larguée par un
avion de chasse ont perforé l’arrière
de la voiture où il se trouvait. Quelques
heures plus tard, l’hôpital a reçu
deux morts et trois blessés dans un état
critique, ont précisé des médecins.
Entre les deux, une douzaine de blessés,
dont un garçon d’une dizaine
d’années, ont été amenés à l’hôpital.
Les médecins ont précisé que la plupart
d’entre eux avaient été victimes
de bombardements.
Selon des habitants, des combats
sporadiques se poursuivaient à Brega,
site pétrolier à 80 km à l’Ouest repris
dimanche par les forces gouvernementales,
mais le poste de contrôle
de la ligne de front proprement dite
était désormais à moins d’une dizaine
de kilomètres à l’ouest d’Ajdabiya.
« Nous voulons une zone d’exclusion
aérienne et des frappes chirurgicales.
Personne en Libye ne dira rien contre
ça. Nous voulons que l’Otan frappe
les bases de Kadhafi », a déclaré le
docteur Souleiman al-Abeidi, venu de
l’hôpital d’Al-Baïda, dans le nord-est
du pays, pour aider l’insurrection.
« Nous sommes des civils. Que pouvons-
nous faire contre des armes lourdes ?
Contre des chars, des roquettes
Grad et des navires de guerre ? », a
déclaré ce médecin de 43 ans. « Donnez-
nous des chars, donnez-nous des
avions, et nous ferons la besogne
nous-mêmes ». « A moins que l’Otan
n’intervienne, il va tous nous massacrer
», a-t-il insisté.
Yazid Alilat
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Source : Le Quotidien d'Oran