L’étau se resserre de plus en plus sur le
régime libyen, accusé par la communauté
internationale de mener un
génocide contre son peuple.
Alors que les
Etats-Unis ont déclaré mardi que l’option
d’armer l’opposition qui contrôle une bonne
partie de l’est du pays et des villes de
l’ouest est « prématurée », les Occidentaux
préparent déjà activement le départ de Kadhafi,
qui accuse Londres, Paris et Washington
de conspiration contre la Libye.
Hier mardi, les 27 pays de l’Union européenne
se sont mis d’accord pour décréter
de nouvelles sanctions à l’encontre de la
Libye, visant notamment un fonds souverain
et la banque centrale, après le gel des
avoirs du colonel Mouammar Kadhafi et de
25 de ses proches, fin février, selon des diplomates.
Cet accord doit encore faire l’objet
d’une approbation formelle par les 27
gouvernements en vue d’une entrée en vigueur
d’ici au sommet extraordinaire des
chefs d’Etat et de gouvernement, prévu vendredi
à Bruxelles, a précisé un diplomate.
Ces nouvelles sanctions concernent notamment
les avoirs de la Libyan Investment
Authority (LIA), un fonds souverain qui gère
les revenus du pétrole libyen et détient des
parts dans plusieurs grandes entreprises
européennes, dont la banque italienne Uni-
Credit, le groupe italien d’aéronautique et
de défense Finmeccanica ou le groupe britannique
d’édition Pearson.
Sur le front diplomatique, l’UE, l’OTAN
et les Etats-Unis resserrent un peu plus l’étau
sur le régime de Kadhafi. Ils vont se concerter
les 10 et 11 mars à Bruxelles, au sein de
l’Otan et de l’Union européenne sur la crise
en Libye, cherchant à faciliter l’éviction de
Mouammar Kadhafi, mais « sans enfreindre
la légalité internationale ni déstabiliser la
région », selon des diplomates. Le temps
semble compté, car le régime de Mouammar
Kadhafi a lancé une opération de reconquête,
en utilisant ses chars et ses avions
contre les opposants moins bien armés.
Le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh
Rasmussen, a confirmé lundi que l’alliance
militaire examinait tous les scénarios, mais
il a tenu à préciser qu’elle n’interviendrait
pas en Libye sans mandat de l’ONU. Les
ministres de la Défense des Etats-Unis et de
leurs 27 alliés européens et canadien en discuteront,
jeudi après-midi et vendredi matin.
« La seule option militaire envisageable
est celle de l’instauration d’une zone d’exclusion
aérienne. Une intervention militaire
directe avec des soldats sur le sol libyen est
exclue », a cependant déclaré un haut gradé
de l’Otan. De son côté, l’Organisation de la
Conférence islamique (OCI) a recommandé
mardi, à l’issue d’une réunion extraordinaire
sur la Libye, l’établissement d’une zone
exclusion aérienne dans ce pays mais rejeté
toute intervention militaire directe. La réunion
à Djeddah, siège de l’OCI, dans l’ouest
de l’Arabie Saoudite, a décidé, dans un
communiqué, « d’appeler à une réunion
ministérielle, dans les meilleurs délais, pour
qu’elle adopte sa recommandation d’une
zone d’exclusion aérienne ». Même ambiance
au Caire où les ministres arabes des Affaires
étrangères doivent tenir une réunion
de crise samedi pour discuter de l’escalade
de la violence en Libye. « Il va y avoir une
réunion d’urgence des ministres des Affaires
étrangères arabes, vendredi au siège de
la Ligue arabe au Caire (...) pour discuter
des développements en Libye », a déclaré
Hicham Youssef, chef de cabinet du secrétaire
général de la Ligue, Amr Moussa.
« La réunion a été demandée par plusieurs
pays arabes et intervient après
une série de contacts engagés par le secrétaire
général », a-t-il ajouté.
L’AVIATION BOMBARDE
DES CIBLES CIVILES
Sur le front des combats, les raids aériens
continuent contre des cibles civiles, notamment
à Ras Lanouf, même si des rapports
de l’OTAN signalent une baisse de l’activité
aérienne de l’aviation militaire du
régime libyen. Mardi, un avion a bombardé
un immeuble d’habitations de deux étages, près du port pétrolier de Ras
Lanouf, base la plus avancée de l’opposition
dans l’est libyen, soufflant la façade du
rez-de-chaussée, selon un journaliste de
l’AFP. C’est la première fois qu’un raid aérien
touche des habitations à Ras Lanouf,
site stratégique à environ 300 km au sudouest
du siège de l’opposition à Benghazi
et contrôlé depuis vendredi par les insurgés.
Des insurgés se sont précipités sur les
lieux, mais personne n’a fait état de victime
dans l’immédiat. En revanche, une personne
a été blessée par l’une des précédentes
attaques aériennes dans la matinée qui a
laissé un cratère d’environ deux mètres
de profondeur près du bâtiment et criblé
de débris une large zone alentours.
Dans la matinée, un avion de chasse
avait tiré un missile à environ 100 m de
quelques maisons à la lisière est du port
pétrolier. Il n’y a eu ni victime ni dégâts, seulement
un énorme cratère.
Les forces loyales au colonel Kadhafi « sont
en train d’établir des fortifications juste derrière
la ligne de front » à Ras Lanouf, a expliqué
Saad Hamid, porte-parole de l’opposition.
« Ils creusent des tranchées et font des
fortifications. Ils ont apporté des lance-roquettes,
des tanks et de l’artillerie. Ils ont
aussi intensifié les raids aériens », a-t-il expliqué
à un poste de contrôle. « De notre côté,
des renforts sont en route, et ils sont aussi
en pleins préparatifs », a-t-il assuré. Mardi en
fin d’après- midi, la ville a subi un pilonnage
intensif des forces pro-Khadafi et il y aurait
plusieurs blessés parmi les insurgés. De nombreux
habitants avaient fui la ville lundi, de
peur de voir s’approcher les combats qui ont
fait rage à Ben Jawad, à une quarantaine
de kilomètres à l’ouest, d’où les insurgés ont
été chassés dimanche par les forces loyales
au colonel Mouammar Kadhafi. D’autre
part, la ville de Zenten est tombée mardi
sous le contrôle de l’opposition libyenne, à
120 km au sud-ouest de Tripoli, mais les
forces pro-Kadhafi étaient déployées autour
de la ville, selon un témoin joint par téléphone.
« La ville est contrôlée par l’opposition,
mais il y a des camions de lance-roquettes
multiples Grad autour de la ville », a
déclaré Florent Marcie, un réalisateur de
films documentaires à Zenten.
IL SAIT OÙ SE TROUVE
L’AÉROPORT
L’opposition libyenne a de nouveau rejeté
mardi toute éventualité de négociations
avec le régime de Mouammar Kadhafi,
exigeant seulement que le numéro un
libyen quitte le pays, promettant dans
ce cas de ne pas engager de poursuites
pénales contre lui. Mais à Tripoli, un
responsable gouvernemental a formellement
démenti toute proposition de négociations
de la part du régime. Moustapha
Abdeljalil, l’ancien ministre de la Justice qui
préside le Conseil national mis en place
par les insurgés pour préparer la transition,
a déclaré que le numéro un libyen
n’avait pas envoyé lui-même
d’émissaire, mais que des avocats de
Tripoli s’étaient proposés comme intermédiaires
pour entamer des négociations. « Il
n’a envoyé personne. Des gens se sont proposés
comme intermédiaires pour arrêter le
bain de sang et mettre fin à ce qu’endurent
les habitants de Misrata », la troisième ville
du pays, à 150 km de Tripoli, théâtre de
combats à l’arme lourde, a déclaré M. Adbeljalil
par téléphone.
Interrogé sur une éventuelle proposition
de négociations de la part du camp Kadhafi,
un responsable gouvernemental s’est emporté.
« C’est n’importe quoi, et c’est tellement
agaçant de commenter une telle
foutaise », a-t-il déclaré sous couvert
de l’anonymat.
« Nous n’allons pas négocier avec lui.
Il sait où se trouve l’aéroport de Tripoli
et tout ce qu’il a à faire est de partir et
mettre fin au bain de sang », lance encore
Abdeljalil. L’opposition libyenne, qui entre
dans sa quatrième semaine de lutte contre
le régime, contrôle une grande partie de
l’est libyen, ainsi que certaines villes de
l’ouest. Samedi, le Conseil national s’est
déclaré « seul représentant de la Libye ».
Yazid Alilat
Tags:
Libye
Manifestation
Source : Le Quotidien d'Oran