De violents affrontements ont opposé
hier manifestants et forces
de l’ordre dans le centre de Tunis,
théâtre d’une véritable bataille rangée
et de courses-poursuites tous
azimuts, ont constaté des journalistes
de l’AFP.
Des policiers ont tiré
de nombreuses grenades lacrymogènes
et effectué des tirs de sommation,
tandis que les manifestants les
bombardaient de pierres. Des policiers
des unités anti-émeutes et
d’autres en civil, la plupart cagoulés,
ont tenté de faire barrage à des
manifestants qui continuaient de
leur jeter des pierres à la hauteur de
l’avenue de Paris, perpendiculaire à
l’avenue centrale Habib Bourguiba
et toute proche de l’ambassade de
France, qui selon un responsable,
« n’a enregistré aucun signe d’agressivité
». La police a procédé à de
nombreuses arrestations musclées et
a demandé des renforts, a constaté
l’AFP. Des manifestants ont de leur
côté arraché des panneaux publicitaires
et des bancs pour tenter de
freiner la progression des fourgons
de police. Des jeunes femmes participaient
également aux affrontements
et jetaient des pierres sur les
policiers qui, pour la plupart des
Tunisiens, symbolisent toujours la répression exercées sous le régime
de Zine El Abidine Ben Ali, chassé
du pouvoir le 14 janvier.
Des soldats sont venus prêter main
forte aux forces de police mais les
manifestants demeuraient déterminés
à pourchasser à leur tour les forces
de police pour les pousser à se
retrancher vers le ministère de l’Intérieur,
à deux cents mètres environ
de l’avenue de Paris.
L’avenue Bourguiba, plongée dans
d’épais nuages de gaz lacrymogènes,
était jonchée de pierres, de poubelles
arrachées et de barrières métalliques.
Vendredi, 21 policiers ont
été blessés et au moins trois commissariats
incendiés ou saccagés lors
des heurts avec des manifestants qui
ont attaqué le ministère de l’Intérieur
en plein centre de Tunis, a annoncé
hier le ministère. Trois commissariats,
proches du siège du ministère
de l’Intérieur, situés en pleine avenue
Habib Bourguiba, ont été partiellement
incendiés ou saccagés, a
indiqué un communiqué, ajoutant
que deux grands magasins et plusieurs
voitures ont été endommagés.
Selon le ministère, l’attaque du siège
du ministère de l’Intérieur vendredi
en fin d’après-midi est l’oeuvre
« de groupes de jeunes, en majorité
des lycéens et des étudiants ». « Nous
appelons les parents à décourager
leurs enfants de participer à ce
genre de manifestations, à les
inciter à reprendre les cours et à
tout faire pour éviter qu’ils servent
de boucliers humains à des
groupes de malfaiteurs », conclut
le communiqué.
Plus de 100.000 personnes, mobilisées
via Facebook, ont réclamé
le départ du gouvernement de transition
dirigé par Mohammed Ghannouchi
au cours de la plus grande
manifestation à Tunis depuis la chute
de Ben Ali le 14 janvier. Au lendemain
de cette manifestation géante
et des heurts qui ont suivi, deux
journaux tunisiens ont averti que le
pays risquait de s’enliser dans le chaos,
si le gouvernement transitoire
restait « insensible » au message du
peuple. Le gouvernement transitoire,
ignorant ces appels, a annoncé
la tenue d’ »élections au plus tard mijuillet
», sans préciser s’il s’agissait
d’un scrutin présidentiel ou législatif.
Dans la foulée, il a aussi annoncé
la saisie des biens mobiliers et
immobiliers ainsi que des avoirs de
110 anciens collaborateurs et membres
de la famille du président déchu,
dont son fils de 6 ans.
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Source : Le Quotidien d'Oran