Le bain de sang promis
par Seif El-Islam El-
Kadhafi est en train
de se produire en
Libye. Le décompte des
tués parmi la population civile s’élèverait
à plusieurs centaines et le massacre
continue, sans que le monde extérieur
puisse en quantifier avec certitude le
nombre de victimes qui s’accroît au fil
des heures.
El-Kadhafi, ses fils et leurs proches sont
déterminés à exterminer tous ceux des Libyens
qui se sont soulevés pour en finir avec
leur mainmise sur la Libye, son Etat et ses
richesses. Pour ce faire, ils ont engagé contre
le soulèvement populaire un effroyable
arsenal militaire servi par leurs fidèles partisans
dans l’armée, des miliciens et des
mercenaires étrangers à leur solde. Cela va
du fusil jusqu’à l’arme blanche, en passant
par les chars et l’aviation. C’est en fait une
véritable guerre que la famille El-Kadhafi a
déclarée à son peuple.
Les esprits dérangés du dictateur, de ses
fils et de tous ceux qui ont partie liée avec
leurs intérêts leur font froidement envisager
d’instaurer la paix des cimetières pour
pouvoir rester aux commandes du pays. Ils
poursuivent implacablement ce terrifiant
objectif. Le monde entier sait que Kadhafi
est en train de commettre un crime aux dimensions
dépassant ceux que ses ex-collègues
en dictature, Ben Ali et Moubarak,
ont ordonnés avec l’espoir de conserver
leurs pouvoirs. Pourtant, aucune voix
officielle ne s’est encore élevée pour dire
leur fait au dictateur et à ceux qui lui sont
associés dans la sinistre besogne.
A croire que le dictateur libyen ne terrorise
pas son peuple uniquement. Depuis
une semaine que la Libye est plongée dans
le chaos, qu’il est démontré qu’en plus
de la police, des miliciens et de militaires
restés fidèles, El-Kadhafi stipendie
des mercenaires africains pour briser la révolte populaire. Tout ce
que l’on entend des milieux
officiels internationaux, ce
sont des déclarations appelant
à « la retenue » et au nonusage
de la violence. Les Libyens ont naïvement
cru qu’en se révoltant contre leur dictateur
et son régime, ils pouvaient compter
sur l’appui de pressions internationales
autrement plus dissuasives sur ces
derniers que celles qui s’exercent depuis
le début de leur soulèvement.
Se pose, au vu des réactions internationales,
la question de savoir à partir de quel
seuil le massacre à huis clos qui a lieu en
Libye deviendra inacceptable aux yeux du
monde et El-Kadhafi sommé sans ambiguïté
de mettre un terme à la guerre qu’il
fait à une population désarmée.
Si El-Kadhafi a, pour des raisons d’intérêts
multiples, bénéficié du préjugé de détenir
une once de légitimité, cette guerre qu’il
mène contre son peuple a irrévocablement
mis à nu cette fiction. Pour El-Kadhafi et son
clan, la Libye est un « patrimoine familial »,
comme l’a crûment fait comprendre son fils
Seif El-Islam. Lequel, sans être investi
d’aucune fonction officielle dans la hiérarchie
et les institutions de l’Etat, est celui qui
pourtant est à la manoeuvre pour briser le
soulèvement populaire. Ce « patrimoine familial
», a-t-il menacé, sera sauvegardé
même au prix du génocide.
Dans le cas de la Libye, il ne s’agit pas
uniquement d’un dictateur déterminé à conserver
son pouvoir, il y a la folie collective
d’une famille et d’une parentèle qui tuent et
massacrent parce que convaincus qu’on veut
les dessaisir d’un bien - la Libye - qui leur
appartient par droit de propriété. Y a-t-il à
attendre d’eux qu’ils entendent les appels à
la retenue et au non-usage de la violence ?
Ceux qui font semblant d’y croire cachent
en fait d’inavouables calculs que la chute
d’El- Kadhafi pourrait rendre aléatoires.
Kharroubi Habib
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Mouammar Kadhafi
Source : Le Quotidien d'Oran