L’affaire Djezzy aurait donc une dimension
américaine. C’est ce que
tend à confirmer la dépêche émanant
de l’ambassade américaine au Caire,
mise en ligne mardi 15 février par
le site WikiLeaks et qui signale que
des « investisseurs américains détiennent
une participation significative
dans Orascom ».
Ces associés américains de Naguib
Sawiris sont les fonds d’investissements
Weather Capital, Madison Dearborn
Capital Partners et TA Associates ainsi
que d’autres investisseurs institutionnels
américains. C’est donc au titre
de société multinationale à capitaux
partiellement américains, qu’Alex
Shalaby président de Mobinil, la filiale
égyptienne d’Orascom, a rencontré
le 4 décembre 2009, des diplomates
de l’ambassade au Caire et leur a
fait un rapport sur la situation d’OTA,
filiale algérienne du groupe dirigé par
le magnat Sawiris, proche du Raïs déchu
Hosni Moubarak.
Alex Shalaby a estimé à environ 62
millions de dollars, les dommages causés
à OTA Djezzy par les incidents qui
ont suivi le match de qualification au
Mondial. Mais le groupe Orascom est
davantage alarmé par le redressement
fiscal de 596,6 millions infligé
par le fisc algérien à Djezzy, au titre
d’arriérés d’impôts à OTA, couvrant
les années 2005, 2006 et 2007.
OTA, la filiale algérienne détenue à
96 % par Orascom Telecom, représente
60 % du chiffre d’affaires et des bénéfices
du groupe. Le redressement algérien affecte directement les équilibres
financiers d’Orascom Telecom. Alex
Shalaby informe ses interlocuteurs
américains qu’OTA et le gouvernement
algérien avaient conclu un accord
d’exonération fiscale entre 2005 et
2007. Un avantage obtenu à une époque
où l’investissement en Algérie était
considéré comme risqué selon le dirigeant
égyptien. Selon Shalaby, les
comptes d’OTA auraient audité par des
experts internationaux et locaux. Mais
le gouvernement algérien a décidé de
réclamer des arriérés d’impôts correspondant
à la période censée être couverte
par l’accord d’exonération. Alex
Shalaby a indiqué que le gouvernement
algérien bloquait également le rapatriement
des dividendes d’OTA. Il
souligne que la demande fiscale algérienne
n’a pas de rapport avec le match
de football Algérie/Égypte, marqué par
de graves incidents.
La raison principale qui expliquerait,
selon lui, l’attitude algérienne est la volonté
du gouvernement algérien d’affaiblir
OTA pour favoriser Mobilis, son
concurrent direct sur le marché local.
Mais ce serait la vente d’Orascom Cement
au Français Lafarge qui serait la
cause première de la vindicte du gouvernement
algérien qui se serait « alors
tourné vers OTA en la prenant comme
cible pour se venger ».
Le patron égyptien a cité un discours
du président Bouteflika, en
juillet 2009, dans lequel le chef de
l’Etat algérien évoquait la vente
d’Orascom Cement à Lafarge. Alex
Shalaby a expliqué qu’Orascom Telecom
pourrait contester le redressement
fiscal via un arbitrage international.
Mais, « ce processus prend généralement
un temps très long pour
aboutir à un règlement », a-t-il noté.
UNE DÉMARCHE
SURPRENANTE
Cette mesure de rétorsion serait unique
en son genre, Shalaby n’ayant pas
connaissance de redressements fiscaux
en Algérie ayant touché d’autres compagnies
internationales, a décrit les initiatives
prises par Naguib Sawiris
pour faire face aux difficultés rencontrées
en Algérie. C’est ainsi que les
diplomates américains informent leur
centrale qu’Orascom Telecom avait
déjà approché le gouvernement
égyptien mais qu’Alex Shalaby se
pose des questions quant aux capacités
d’influence du Caire sur Alger.
L’objet des confidences d’Alex Shalaby
apparaît clairement quand il informe
ses interlocuteurs de son intention
de consulter ses associés américains
et, qu’éventuellement, il solliciterait
l’intervention du gouvernement
américain. Cette intervention se
justifierait car les « représailles » du
gouvernement algérien, redressement
fiscal, interdiction de transférer les
dividendes par OTA, seraient susceptibles
de porter préjudice aux intérêts
des investisseurs américains qui détiennent
des parts dans le groupe égyptien.
La démarche est surprenante, on
voit mal le gouvernement des Etats-
Unis intervenir à ce stade dans un différend
opposant une société commerciale
et une administration fiscale.
Salem Ferdi
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Source : Le Quotidien d'Oran