Hosni Moubarak est fini. C’est le
patron des services et désormais
ex-vice-président Omar Souleimane
qui l’a annoncé, à la fin d’un
vendredi de rage où les Egyptiens
sont entrés en désobéissance civile.
Moubarak jette l’éponge.
Le peuple égyptien
l’a vaincu à l’issue
de trois semaines de combat
épique qui a touché l’ensemble
du pays et mobilisé
toutes les classes sociales.
Trente ans de dictature ont
commencé à prendre fin ce
vendredi 11 février 2011.
Moubarak cède le pouvoir à
l’armée. Celle-ci lui aura été
fidèle jusqu’au bout. Elle n’a
lâché son chef qu’en raison
du rapport de forces imposé
par les Egyptiens fermement
décidés à en finir avec Moubarak
et avec le régime.
UN DISCOURS
DÉPHASÉ
Les Egyptiens viennent
d’écrire une page glorieuse
dans leur histoire. Et pourtant,
jeudi soir encore, Hosni
Moubarak s’agrippait au pouvoir.
Le monde entier a eu,
dans la soirée de ce jeudi, la
preuve que Hosni Moubarak
ne vivait pas en Egypte. Alors
que toute l’Egypte - et une
bonne partie des capitales
étrangères dont Washington
attendaient qu’il annonce à
son peuple qu’il jette l’éponge,
Hosni Moubarak a persisté
à s’accrocher au pouvoir.
A mesure qu’il égrenait un
discours où il s’en prenait aux
injonctions étrangères - un
comble s’agissant d’un chef
d’Etat vassalisé aux Américains
! - et où il déléguait ses
prérogatives à Omar Souleimane,
la colère montait parmi
les dizaines de milliers de
manifestants réunis place Al-
Tahrir. La grande atmosphère
festive, qui régnait jeudi
soir, place Al-Tahrir, s’est
transformée en rage après la
fin du discours de Moubarak
que d’aucuns surnomment
déjà le « Pharaon entêté ».
« Irhal ». Le slogan concis de
la révolution a été répété par
des dizaines de milliers de
voix jeudi soir et qui sont devenues
des millions pour le
« vendredi du défi ». Les manifestants
avaient cessé
d’être statiques. Ils ont commencé
à marcher contre les
palais présidentiels, que ce
soit au Caire ou à Alexandrie.
Moubarak a en réalité
donné un nouveau coup de
fouet à la révolution en refusant
d’entendre le message
clair qui lui était envoyé. Son
discours, dans lequel il regrettait
les morts et promettait
de punir les responsables,
a été totalement à côté de la
plaque. Aux yeux des Egyptiens,
transférer les prérogatives
présidentielles à son collaborateur
de toujours, Omar
Souleimane, relevait d’une
persistance à refuser la fin du
régime. Outre une délégation
des pouvoirs, Moubarak a
pris des mesures pour permettre
la révision de plusieurs
articles de la constitution
relatifs à l’élection présidentielle,
au contrôle judiciaire
sur les élections et la
levée « prochaine » de l’état
d’urgence. Le nouveau président
par « délégation » s’est d’ailleurs empressé de demander
aux Egyptiens de
rentrer chez eux.
DÉSOBÉISSANCE
CIVILE
En réalité, le discours de
Moubarak accélère les évènements.
Après trois semaines
de manifestations et un sit-in
permanent place Al-Tahrir, le
régime avait perdu toute légitimité.
Ses soutiens extérieurs
se sont effrités et il ne
tenait plus qu’à l’attitude, encore
très hésitante, de l’armée.
Celle-ci avait également
raté sa sortie en publiant, vendredi,
un communiqué N°2
dans lequel elle se faisait la
garante des réformes annoncées
par Moubarak et s’est dit
prête à lever l’état d’urgence,
en vigueur depuis 30 ans,
« aussitôt que les circonstances
actuelles le permettront ».
Un communiqué qui épousait
la démarche de Moubarak
et qui a suscité des critiques
très vigoureuses place
Al-Tahrir. La neutralité de
l’armée semblait tabler, comme
le régime, sur le pourrissement
et la lassitude. Un
calcul totalement erroné face
à l’amplitude nationale de la
mobilisation qui couvre toutes
les couches de la société
égyptienne. La colère des
Egyptiens a été amplifiée par
le discours déphasé de Moubarak
et par le communiqué
faussement équilibré de l’armée.
Les manifestations ont
tourné à la désobéissance civile
avec des signes clairs
d’une volonté de prendre les
palais présidentiels et les bâtiments
officiels. Deux hélicoptères
ont décollé du palais
présidentiel d’Ittihadia, à Héliopolis,
banlieue résidentielle
du Caire, assiégé par des
manifestants mis en furie par
la volonté du raïs de se maintenir
à la présidence jusqu’à
l’expiration de son mandat,
en septembre. Ce mouvement
des manifestants se faisait
alors que le président
Moubarak avait déserté le
Caire avec sa famille pour
s’installer dans la station
balnéaire de Charm el-
Cheikh, dans le Sinaï, où l’armée
peut mieux le protéger.
C’était le premier pas d’un
voyage sans retour. Les Américains,
qui avaient cru que
Moubarak allait annoncer son
départ jeudi soir, ont pris acte
de son déplacement à la station
balnéaire égyptienne de
Charm el-Cheikh et l’ont qualifié
de « première étape positive
». Le Conseil militaire
qui regroupe les chefs de toutes
les armes était en réunion
permanente. Hier, en début
de soirée, alors que l’Egypte
est en état de désobéissance
civile, la télévision annonçait
un communiqué « important
et urgent sous peu ».
Il n’y a plus qu’une seule
chose à faire. Omar Souleimane,
dans une phrase concise,
annonçait que Moubarak
se démettait et remettait
le pouvoir à l’armée. Le peuple
a vaincu le pharaon entêté.
En Egypte - et à Ghaza et
ailleurs - c’était la joie.
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Source : Le Quotidien d'Oran