C’est fini pour Moubarak. Le peuple d’Egypte
a marché et lui a signifié qu’il est fini
et que les soutiens extérieurs ne
les impressionnent pas. La marche
du million est devenue la marche des
millions, la marche du peuple. En un mot,
une révolution dont les effets vont être
considérables de l’Atlantique au Golfe.
Journée historique hier en Egypte,
où plus d’un million de personnes
deux millions, selon certaines
estimations - sont sorties au Caire
et dans de nombreuses villes égyptiennes
pour sommer le président
Hosni Moubarak de partir lui et son
régime. La place Ettahrir et les avenues
environnantes étaient déjà pleines
de monde en début d’après-midi,
mettant fin définitivement au doute sur
le fait que Moubarak et son régime
sont totalement vomis par les Egyptiens.
La marche du « million » est devenue
celle des millions. Les manoeuvres
du régime pour gagner du temps
et préparer une défense face à la déferlante
populaire ont échoué. La notion
tant galvaudée de peuple avait du
sens hier en Egypte. Ni la résistance
du régime, ni les soutiens que lui apportent
des Occidentaux soucieux des
intérêts d’Israël, n’arrivent plus à bloquer
le mouvement des Egyptiens -
pauvres ou riches, musulmans ou
chrétiens, laïcs, islamistes ou nationalistes – vers la réappropriation de leur
destin. Le pouvoir était virtuellement
entre les mains du peuple, il ne restait
plus au régime qu’à négocier sa reddition.
Sans gloire.
Les Egyptiens, après les Tunisiens,
ont, au 8e jour d’une révolte devenue
révolution, confirmé qu’ils ont
créé un formidable big-bang démocratique
dans le monde arabe. Il est
en train d’emporter le régime Moubarak.
La veille de la grande marche,
le général Omar Souleïmane, patron
des services, nommé vice-président,
est intervenu à la télévision pour indiquer
qu’il était mandaté par Hosni
Moubarak pour engager un dialogue
avec l’ensemble des partis politiques
sur des réformes constitutionnelles et
législatives. Une réponse déjà dépassée
par le mouvement du peuple
égyptien qui refuse un quelconque
rôle au président Moubarak dans le
passage à la nouvelle ère.
LE SIGNAL DE L’ARMÉE
L’armée, qui semblait hésitante depuis
le début du mouvement, a signifié
clairement qu’elle ne réprimerait
pas la « marche du million » et qu’elle
jugeait « légitimes » les revendications
du peuple. « Les forces armées sont
dans la rue pour vous (...). Vos forces
armées n’ont jamais recouru à la force
contre ce grand peuple qui l’a toujours
soutenu, et ne le fera jamais », a
indiqué un porte-parole de l’armée.
Les forces armées, « comprenant la
légitimité des revendications du peuple
et assumant ses responsabilités
dans la protection de la patrie et des
citoyens (..), affirment que la liberté
d’expression de manière pacifique est
garantie à tous », a-t-il poursuivi.
Comme la revendication n°1 du peuple
est le départ de Moubarak, il
n’était pas faux d’y voir le signal qu’elle
ne versera pas le sang des Egyptiens.
C’est en tout cas un signal qui
a rassuré les Egyptiens et les a convaincus
qu’ils pouvaient sortir en
masse. Ils l’ont fait en masse. Et hier,
il était clair que la légitimité de l’ensemble
du régime était finie. Le pouvoir
est virtuellement vacant.
Le sort de Moubarak a été scellé,
l’enjeu est comment organiser le
changement. L’opposition égyptienne
a fait savoir qu’elle n’engagerait pas de dialogue sur une transition politique
avant le départ de Moubarak.
« Notre première exigence est le départ
de Moubarak. Seulement après
cela, un dialogue pourra débuter avec
la hiérarchie militaire sur les détails
d’un transfert pacifique du pouvoir »,
a déclaré Mohamed El-Beltagi, ancien
député des Frères musulmans. Essam
El-Erian, de la même organisation, a
esquissé comment ce transfert sera
organisé : « Un gouvernement temporaire
doit être formé avant des élections.
Ce régime et ce parlement n’ont
aucune légitimité ».
AUCUNE NÉGOCIATION
AVANT LE DÉPART
DE MOUBARAK
Un comité représentant les forces de
l’opposition égyptienne a publié un
communiqué qu’il n’entamerait pas de
négociations avant le départ du président
Hosni Moubarak, au 8e jour d’un
mouvement de protestation massif. Le
comité « n’engagera pas de négociations
avant le départ du président de
la République », annonce le communiqué
signé par plusieurs figures de
l’opposition, parmi lesquelles Mohamed
El Baradei et l’ancien candidat à
l’élection présidentielle Ayman Nour.
L’adjoint du Guide suprême des Frères
musulmans, Rachad al-Bayyoumi,
a récemment affirmé que ce comité
exigeait le départ du président Moubarak
et la formation d’un gouvernement
d’union nationale pour préparer
des élections « transparentes ». « Au
nom du peuple et des manifestants »,
le comité veut « le départ du régime, la
dissolution de l’Assemblée du peuple,
la formation d’un gouvernement
d’union nationale de transition pour
la gestion des affaires courantes chargé
de préparer des élections transparentes
», a-t-il expliqué.
La pression sur Moubarak est devenue
considérable. Alors que Mohamed
El Baradei lui tendait la perche pour
une « sortie honorable » en affirmant
que « nous allons tourner la page. Pour
le passé, nous pardonnons ». Mais hier,
à son arrivée à la place Ettahrir, il signifiait
déjà qu’il ne restait plus de
temps à Moubarak. Les Egyptiens
« veulent en finir aujourd’hui, sinon
vendredi au plus tard », a-t-il déclaré.
Mais beaucoup d’Egyptiens commencent
à perdre patience devant la
persistance de Moubarak à s’accrocher
contre la volonté du peuple. Le
poète Fouad Negm a exprimé cette
impatience : Hosni Moubarak de
« chef de gang » dont les décisions
n’empêcheront pas la chute du régime.
Il a qualifié les membres du gouvernement
qui ont prêté serment devant
Moubarak de « groupe de voleurs
» et a promis que le « peuple
égyptien pourchassera tous les corrompus
qui l’ont volé, même s’ils
fuient à l’étranger ».
Dans la manifestation du Caire, on
évoquait déjà une marche sur le palais
de Moubarak, alors que d’autres
envisageaient son procès. Les manifestants
envisageaient de rester sur
place, seuls les comités de vigilance
devaient retourner dans les quartiers
pour éviter les actions des nervis
du régime. Les Egyptiens ont
parlé. Ni Washington, ni Bruxelles
et encore moins Tel-Aviv ne les empêcheront
d’aller au bout de la libération.
Place Ettahrir, la révolution
est bien en marche.
Salem Ferdi
Tags:
Égypte
Hosni Moubarek
Manifestation
Source : Le Quotidien d'Oran