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Vers la constitution d’un gouvernement d’union nationale

La tunisie face au chaos de l’après-Ben Ali

15 janvier 2011
La tunisie face au chaos de l'après-Ben Ali

Le paradoxe pour un régime policier, c’est l’absence totale de sécurité dès lors que celui qui a été à la tête de ce système a pris la fuite ! Depuis lors, vendredi en fin de journée, le pays a basculé dans le chaos. Des émeutes et des pillages sont en train d’entacher la révolte des Jasmins, une sorte de confiscation de la victoire populaire contre le système Ben Ali. Des émeutes « téléguidées » ? Un dernier coup du clan déchu ?

Dans les faits, l’abandon du pouvoir par Ben Ali, vendredi après-midi, a été accompagné par des émeutes et des pillages qui ont contraint l’ancien président à décréter l’état d’urgence et le couvre-feu. Cela est intervenu quelques heures avant de fuir.

La suite est connue : des milices ont commencé à s’attaquer aux biens publics et privés, terrorisant les citoyens, les obligeant à s’organiser en comités de défense. L’armée, sortie des casernes dans le cadre de l’état d’urgence, a pris le relais de la police, absente. Aujourd’hui, les Tunisiens se posent la question suivante : qui est derrière ce chaos ? Selon des observateurs, il s’agirait de bandes organisées inféodées aux intérêts de « l’ancien régime » auxquelles sont venus se greffer des groupes de démunis et de pauvres qui sont beaucoup plus intéressés par le pillage que par un changement politique.

Et les images de dégâts et de destructions ont fait le tour du monde. Des biens appartenant au clan Trabelsi, la belle-famille de Ben Ali, ont été détruits. A l’instar du supermarché Géant au centre de Tunis. Des magasins, des institutions publiques, l’hôpital Charles-de-Gaulle dans la capitale, les stations balnéaires de Hammamet, tous ont connu le même sort. Des fuites organisées des prisons de Nador, de Mahdia et de Monastir ont coûté la vie à quelque 60 personnes. C’est dire l’anarchie qui règne après la fuite de Ben Ali.

Sur le plan politique, après le cafouillage constitutionnel de vendredi soir, qui a conduit à l’intérim du Premier ministre Mohammed Ghannouchi, les choses sont rentrées dans l’ordre hier. En effet, hier matin, le Conseil constitutionnel a officiellement constaté « la vacance définitive du pouvoir », ouvrant la voie à la désignation du président du Parlement Fouad Mebezza au poste de président par intérim. Le Premier ministre Mohammed Ghannouchi, qui en avait d’abord assuré vendredi l’intérim, avait réclamé l’application de l’article 57 de la Constitution concernant la vacance de la présidence de la République. Selon le communiqué du Conseil constitutionnel tunisien, la vacance de pouvoir a été décrétée étant donné que le président Zine El-Abidine Ben Ali a quitté le pays sans déléguer ses pouvoirs au Premier ministre, conformément aux dispositions de l’article 56 de la Constitution.

Les conditions constitutionnelles sont « remplies pour que le président de la Chambre des députés assume immédiatement les fonctions de président de la République par intérim », a souligné le communiqué. Une élection présidentielle sera organisée dans un délai de deux mois, comme le prévoit la Constitution tunisienne. Et afin de stabiliser la situation politique, le président par intérim Fouad Mebezza a annoncé, dans une allocution télévisée, avoir confié au Premier ministre Mohammed Ghannouchi la tâche de former un gouvernement d’union nationale englobant toutes les tendances politiques du pays.

Quelques heures auparavant, et alors qu’il a assuré l’intérim de Ben Ali, Mohammed Ghannouchi avait déclaré que les opposants en exil étaient autorisés à rentrer au pays, et qu’il s’engageait à ouvrir un dialogue avec tous les partis. « Demain sera une journée décisive », a-t-il dit hier matin dans une interview téléphonique avec une chaîne de télévision privée. « Je rencontrerai les représentants des partis politiques afin de former un gouvernement qui, je l’espère, répondra aux attentes. » C’est aujourd’hui dimanche que les politiques en Tunisie devraient rendre publics les résultats des discussions avec les nouvelles autorités à Tunis. Et la grande question concerne l’inclusion du mouvement islamiste interdit Ennahda dans le jeu politique ou non. Depuis près de trente ans, les pouvoirs successifs à Tunis ont agité l’épouvantail islamiste pour justifier l’autoritarisme du régime et faire bonne figure aux yeux des Occidentaux.

L’ancien président Ben Ali a joué à fond cette carte, quitte à s’aliéner sa propre population. Une leçon qu’a apprise l’ex-chef de l’Etat à ses dépends : la fureur du peuple l’a poussé à la fuite, et ses alliés ne lui ont même pas laissé une porte de sortie honorable. Washington, Paris et Bruxelles l’ont lâché. Sarkozy lui a même refusé l’hospitalité et surveille les opérations bancaires de ses proches. Après moi le déluge ? C’était peut-être l’idée que répétait le maître déchu de Carthage. Il ne savait pas, selon toute vraisemblance, qu’il allait être emporté par la déferlante populaire. Après l’échec de l’« embbaded democracy » en Irak, la Tunisie est perçue comme la première « WikiLeaks democracy ». La révolte du Jasmin n’a pas fini de révéler tous ses secrets.

M’hamed Khodja

Tags: Tunisie Affrontement Zine el-Abidine Ben Ali

Source : Le Jeune Independant

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