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Algérie : Brahim Lahrèche récidive !

8 mars 2011

En rééditant son opus Algérie, terre des héros traduit vers l’arabe et en version enrichie, Brahim Lahrèche ne fait que répondre, en réalité, à l’appel lancé aux moudjahidine afin d’apporter leurs témoignages au sujet de cette œeuvre exaltante qu’était la guerre de Libération nationale.

En rééditant son opus Algérie, terre des héros traduit vers l’arabe et en version enrichie, Brahim Lahrèche ne fait que répondre, en réalité, à l’appel lancé aux moudjahidine afin d’apporter leurs témoignages au sujet de cette œeuvre exaltante qu’était la guerre de Libération nationale. Ceci dit, à chaque fois que cette exhortation officielle trouve quelque part un écho et que de nouvelles pages sont enfin écrites sur cette histoire qu’on dit pourtant glorieuse de notre pays, il s’ensuit presque toujours des controverses dont certaines, faut-il souligner, sont parfaitement inutiles sinon nocives pour le moral de la nation. Quoi qu’il en soit, cette nouvelle édition en arabe d’Algérie, terre des héros de Brahim Lahrèche se veut, selon son auteur, d’abord « œuvre utile ». Cette traduction est donc enrichie par de nombreux additifs (texte et photos inédites) venus s’ajouter à un ouvrage original déjà très dense.

Parmi ces nouveautés, il y a lieu de souligner de nouvelles révélations notamment sur « l’affaire du colonel Amirouche » qui a fait couler tant d’encre, ces temps derniers. L’auteur en a profité pour apporter à son tour (et pourquoi pas !) une modeste contribution. Et de quelle manière ! En recueillant en toute simplicité deux nouvelles versions inédites de source étrangère sur les circonstances de la mort du grand héros et de ses compagnons, Brahim Lahrèche offre à ses lecteurs une exclusivité. On n’en dira pas plus pour autant. On préfère surtout laisser les lecteurs découvrir par eux-mêmes. Sur le registre des « patates chaudes », ce livre n’en manque pas. Et pour cause ! Le narrateur revient aussi sur le fameux « complot des colonels », notamment sur le conflit qui avait opposé le Commandement opérationnel militaire (COM) siégeant à El Kef, en Tunisie, au colonel Lamouri et ses consorts.

L’auteur met, ainsi, en relief l’influence grandissante du Président tunisien Habib Bourguiba sur Krim Belkacem. Il avance l’idée du reste très répandue d’une volonté supposée de « kabylisation » de la base de l’Est. L’auteur confirme, d’une certaine manière, que le régionalisme en Algérie a toujours bel et bien fait l’objet d’une instrumentalisation immonde. Jusqu’à nos jours, hélas, les ennemis de l’Algérie usent et abusent de cette carte pour miner son unité nationale. Bref, on l’aura compris : dans « Algérie, terre des héros », il n’y a pas que gloires et faits d’armes. On est là, loin, bien loin, de la langue de bois qui a fait dans ce pays tant de désastres. Pédagogue, comme à son accoutumée, Brahim Lahrèche livre au lecteur des indications parfois très précises. Il signale, ainsi, par exemple, la forte implication des forces de l’Otan dans le conflit algérien. Il nous apprend que l’engagement de l’Alliance atlantique aux côtés des forces coloniales s’est illustré par la mobilisation de près du quart de la flotte stationnée en Méditerranée. Dans cette nouvelle édition, il identifie également pour la première fois, le nom des officiers français qui constituaient alors le « réseau Magenta » démantelé par les « Boussouf Boys » dont Brahim Lahrèche, dit « Ghani », était et restera l’un des plus actifs. Pour preuve : cet exploit à mettre à l’actif des services du MALG y est raconté dans le détail. On apprend que les services secrets français avaient réussi le tour de force de mettre sous écoute la ligne téléphonique du président du GPRA Ferhat Abbas et même celle du président de la République tunisienne Habib Bourguiba. Les spécialistes du SDECE avaient opéré, ainsi, une dérivation vers un appartement à Tunis d’ailleurs vite repéré par les éléments de la DVCR, le service du contre-espionnage du MALG. Il faut dire que dans ce livre, Brahim Lahrèche met souvent en exergue la valeur de certains cadres d’élite qu’il a eu à côtoyer à cette époque épique. Il cite des tas de noms et des personnalités qui le marqueront à jamais. Fait rare : l’auteur fait partie du premier embryon des services secrets algériens. Il avait suivi, en effet, la première formation en renseignements à l’école des cadres d’El Kef aménagée, alors dans une ferme non loin de Oued El Mellègue.

La sélection avait été opérée par Nourredine Delleci (futur ministre du Commerce de l’Algérie indépendante) qui enseignera l’économie politique. Cette formation, première du genre, était, en outre, supervisée par Abdelaziz Morsli qui deviendra directeur d’El Moudjahid. Le directeur de l’école était le lieutenant Bouanane, un déserteur de l’armée française. Pour l’instruction militaire, il y avait des officiers de haut rang comme Moussa Hamadèche, Bekka Abdennour, Adami et Khaled Nezzar. Pour les transmissions et les liaisons, il y avait Abdelkrim Hassani dit « El Ghouti » disparu récemment. Pour le renseignement et le contre-renseignement, il y avait Nourredine, un ancien professeur de lycée au Maroc. Pour les sciences politiques, il y avait Hassan Bendjelti dit « Tétouan ». Alors même que certains reprochent aux « Malgaches » et aux éléments des « armées des frontières » de ne pas s’être suffisamment « mouillés » durant la guerre de Libération, Lahrèche évoque pour l’anecdote un attentat du SDECE dont il a fait lui-même l’objet un jour de mai 1960 à Ghardimaou. Une bombe avait été placée par un commando ennemi sous un véhicule, une P60, qui explosa. Brahim Lahrèche détaille cet épisode de guerre entre services rivaux : « Cette nuit-là, la plupart des cadres étaient absents. Il n’y avait dans le service que Tewfik et moi. Il y avait, également, un djoundi de garde, Arezki et Aâmi Ali, le vieux cuisinier. On a failli vraiment tous y passer. Le lendemain, les services de sécurité tunisiens se présentèrent pour l’enquête d’usage. Djelloul, l’adjoint au chef de service, nous recommanda de ne pas sortir car il y avait dehors un journaliste qui prenait des photos. Quelques jours après, Kasdi Merbah est venu nous rendre visite et nous a ordonné d’établir un devis pour les réparations de la villa qui appartenait à un Algérien ». A l’indépendance, Brahim Lahrèche nous apprend avec fierté qu’il est rentré à Alger à bord du même avion que le défunt Kasdi Merbah. « A l’arrivée, il nous a payé des cafés à Bab Azzoun », évoque-t-il un brin nostalgique. Il faut dire que dans ce livre, Lahrèche dresse un portrait plutôt admiratif de l’ancien patron des services algériens. « On ne lui connaissait aucun vice ! Lors des réunions, Kasdi Merbah laissait toujours l’initiative à ses collaborateurs pour animer le débat. Il n’imposera jamais ses idées ! En bon démocrate, il retient à chaque fois l’idée partagée par le plus grand nombre. » Dans ce livre, Brahim Lahrèche nous raconte non seulement la vraie histoire des services secrets du GPRA mais nous éclaire également sur la psychologie de certains personnages de l’Algérie contemporaine. Au fil des pages, le lecteur se rend compte que Brahim Lahrèche lève, pour nous, un pan de voile sur l’histoire jusque-là secrète des services secrets algériens.

Même si le lecteur a le loisir de découvrir pour la première fois la naissance des services secrets algériens et les premiers balbutiements d’un service de renseignements algérien moderne, cela n’empêche pas que, face à cette littérature, somme toute intéressante, voire même croustillante, la nouvelle génération se plaît à répéter, de nos jours, la même litanie : « Témoignez, témoignez, il en restera quelque chose ! » En réalité, nos jeunes ne demandent qu’à vivre et qu’à comprendre surtout leur présent. Alors même que pour appréhender les enjeux actuels, rien ne vaut de revisiter, de temps à autre, le passé. C’est d’ailleurs parfois la meilleure des grilles de lecture !

A. Abdelghafour La Nouvelle république

Tags: Algérie France

Source : El-annabi.com

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