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Alger-Paris : des chargés de missions très spéciaux pour les affaires économiques

13 septembre 2010
Alger-Paris : des chargés de missions très spéciaux pour (...)

Raffarin désigné « Monsieur Algérie » pour les questions économiques de l’Elysée, retour annoncé, sous un autre nom, de la chambre de commerce française en Algérie.

La France qui n’a pas réellement souffert du nouveau cours économique algérien tente de s’y adapter. Un petit état des lieux de la relation économique algéro-française en attendant de connaître le « Monsieur France » d’El Mouradia.

Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre (2002-2005), est désormais « Monsieur Algérie ». « Cette mission aura pour but d’identifier et de lever les obstacles entre la France et l’Algérie pour leurs investissements économiques respectifs  », a précisé Jean-Pierre Raffarin juste après sa désignation par le président français Nicolas Sarkozy.
Par le choix de cette personnalité politique de haut niveau, Paris montre tout l’intérêt accordé aux relations économiques bilatérales en évoquant, pour la première fois publiquement, le développement des investissements algériens en France. C’est une nouveauté notable dans le discours franco-algérien. Quels investissements ? Dans quels créneaux ? En piochant dans les sources ouvertes, on n’a pas connaissance de projets qui seraient développés en France, hormis le réseau des commerces divers d’Algériens. On peut supposer que le sujet a pu être évoqué lors des nombreuses visites et missions du ministre Hamid Temar en France, durant la décennie écoulée. Peutêtre est-ce lui qui sera désigné comme interface de Jean-Pierre Raffarin puisque la partie algérienne doit, elle aussi, désigner une « personnalité de haut niveau » pour coordonner cette coopération à laquelle on veut donner une nouvelle impulsion. Si on ignore quels pourraient être les projets économiques algériens à développer en France, par contre on sait qu’au plan intérieur Alger a sérieusement mis le cap sur un néo-patriotisme économique synonyme de davantage de présence et de contrôle étatique dans tout partenariat avec des étrangers, sans distinction. La règle des 51-49% dans les investissements au profit du partenaire local, la taxe des surprofits, plus de contrôle des activités commerciales avec l’étranger, plus de rigueur dans les transferts de fonds sont autant de mesure qui vont dans cette direction.

BALANCE COMMERCIALE FRANÇAISE EXCÉDENTAIRE

Pour le moment, on ne peut pas dire que la France en subisse vraiment les contrecoups.
Selon les douanes françaises, « la balance commerciale française vers l’Algérie a enregistré un excédent de 1,5 milliard d’euros durant les sept premiers mois de l’années 2010 », soit +12% en glissement annuel.

La même source indique que les exportations de Paris vers Alger ont atteint 3 milliards d’euros, « en recul de 6% par rapport à fin juillet 2009 ». Ce recul, Paris l’enregistre notamment dans les véhicules automobiles (-21%) et le secteur pharmaceutique (-17%). Il faudra attendre le bilan 2010 pour savoir si le nouveau cap économique, ou d’autres facteurs, aura eu un impact négatif sur le volume des échanges. Bien que du côté français on se refuse à parler de contentieux, le gel de fait de la Chambre Française de Commerce et d’Industrie en Algérie (CFCIA) depuis une année témoigne tout de même d’un malaise.

Créée en 1975, la CFCIA activait en Algérie « sous un statut juridique inapproprié, voire illégal », confient des sources officieuses algériennes en notant qu’elle était « tout de même tolérée comme d’autres associations  ». Mais alors comment en eston arrivé au gel de l’activité ? « Les pouvoirs publics ont décidé qu’une nouvelle chambre devait voir le jour pour exercer les missions de la chambre de commerce dans un nouveau contexte  », souligne notamment le président sortant Michel de Caffarelli dans la lettre aux adhérents de la CFCIA.

RIVALITÉS ET « INGRATITUDE »

La formule diplomatique et langue de bois du président sortant « masque l’irritation et la colère des autorités algériennes à la suite de critiques de la politique économique conduite par Ahmed Ouyahia par des membres dirigeants de la Chambre », ainsi que des critiques « sur l’insécurité juridique de l’investissement étranger en Algérie  », confient sous le sceau de l’anonymat des adhérents. « Non seulement, elle activait selon son bon vouloir, mais de surcroit, par ses critiques, elle se permettait pratiquement de « cracher dans la soupe », c’est de l’ingratitude, confie de son côté un adhérent de la Chambre « rivale » : la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI).

Cette rivalité date d’une dizaine d’années. Elle a été accentuée, fautil le mentionner, par le dynamisme ou la « suractivité » de la CFCIA (nombreuses manifestations économiques, salons, foires… avec des retombées financières) par rapport aux lourdeurs de la machine CACI.
A la suite de ces péripéties, les pouvoirs publics algériens ont fini par se pencher sur le dossier du statut de la CFCIA en demandant à ses animateurs de geler leurs activités et d’introduire une demande d’agrément. Celle-ci aurait été déposée fin novembre dernier à Alger.

LA CFCIA EST MORTE, VIVE LA CCIAF

On sait que la nouvelle chambre s’appellera « Chambre de commerce et d’industrie algéro- française » (CCIAF). Son agrément est attendu pour la fin septembre.
Son nouveau statut devrait l’aligner sur celui des autres chambres montées avec des partenaires étrangers (Allemagne, Suisse…). L’ex- CFCIA serait ainsi « normalisée » en incluant en son sein des membres algériens d’où l’appellation CCIAF.

La délivrance de cet agrément est perçue par des opérateurs économiques français comme un signe de détente. D’autres dossiers du ressort de « Monsieur Algérie » sont en suspens tel que celui de la privatisation de l´unité d´Alver (verrerie du groupe Enava) au groupe français Saint Gobain. Le syndicat a contesté cette privatisation entérinée en novembre 2007 par le Conseil des participations de l´État (CPE) pour un prix de cession fixé à « 5 040 000 euros, soit 500 millions de dinars payables au comptant ». En contrepartie, le repreneur français s’engageait à maintenir la majorité du collectif des salariés. En juillet dernier, dans la logique du nouveau cap économique, le gouvernement décide d’éponger la totalité des dettes de cette unité d’Enava, soit environ 430 milliards de centimes.

SAINT-GOBAIN OUT ?

Du coup, bing sur le processus de privatisation conclu avec St Gobain ! A présent, c’est l’hypothèse d’un partenariat dont on parle et dans les conditions d’un actionnariat minoritaire pour St Gobain. C’est un dossier à pousser, confie un expert français. Ce ne sera plus dans l’esprit d’une cession, mais d’un éventuel management rationnel avec au bout une efficacité économique. Facile à dire, mais pas évident à réaliser. C’est ce type de dossier qu’aura à débloquer « Monsieur Algérie » lorsque la situation aura suffisamment maturé. En attendant, c’est Anne-Marie Idrac, secrétaire d’État chargée du Commerce extérieur, auprès de la ministre de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi qui est annoncée à Alger. La dernière visite d’un membre du gouvernement Fillon en Algérie remonte à juin 2009 lorsque le ministre du Budget Eric Woerth était venu signer, notamment, un accord de coopération avec son homologue Karim Djoudi.

Tags: Algérie France Economie Jean-Pierre Raffarin

Source : Le Quotidien d'Oran

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