Raffarin désigné « Monsieur Algérie » pour les questions économiques de l’Elysée,
retour annoncé, sous un autre nom, de la chambre de commerce française en
Algérie.
La France qui n’a pas réellement souffert du nouveau cours économique
algérien tente de s’y adapter. Un petit état des lieux de la relation économique
algéro-française en attendant de connaître le « Monsieur France » d’El Mouradia.
Jean-Pierre Raffarin, ancien
Premier ministre (2002-2005), est
désormais « Monsieur Algérie ». « Cette
mission aura pour but d’identifier
et de lever les obstacles entre
la France et l’Algérie pour leurs investissements
économiques respectifs
», a précisé Jean-Pierre Raffarin
juste après sa désignation par le
président français Nicolas Sarkozy.
Par le choix de cette personnalité
politique de haut niveau, Paris
montre tout l’intérêt accordé aux
relations économiques bilatérales
en évoquant, pour la première fois
publiquement, le développement
des investissements algériens en
France. C’est une nouveauté notable
dans le discours franco-algérien.
Quels investissements ? Dans quels
créneaux ? En piochant dans les
sources ouvertes, on n’a pas connaissance
de projets qui seraient
développés en France, hormis le
réseau des commerces divers d’Algériens.
On peut supposer que le
sujet a pu être évoqué lors des nombreuses
visites et missions du ministre
Hamid Temar en France,
durant la décennie écoulée. Peutêtre
est-ce lui qui sera désigné comme
interface de Jean-Pierre Raffarin
puisque la partie algérienne
doit, elle aussi, désigner une « personnalité
de haut niveau » pour
coordonner cette coopération à laquelle
on veut donner une nouvelle
impulsion. Si on ignore quels pourraient
être les projets économiques
algériens à développer en France,
par contre on sait qu’au plan intérieur
Alger a sérieusement mis le
cap sur un néo-patriotisme économique
synonyme de davantage de
présence et de contrôle étatique
dans tout partenariat avec des
étrangers, sans distinction. La règle
des 51-49% dans les investissements
au profit du partenaire
local, la taxe des surprofits, plus
de contrôle des activités commerciales
avec l’étranger, plus de rigueur
dans les transferts de fonds
sont autant de mesure qui vont
dans cette direction.
BALANCE
COMMERCIALE FRANÇAISE
EXCÉDENTAIRE
Pour le moment, on ne peut
pas dire que la France en subisse
vraiment les contrecoups.
Selon les douanes françaises,
« la balance commerciale française
vers l’Algérie a enregistré un
excédent de 1,5 milliard d’euros
durant les sept premiers mois de
l’années 2010 », soit +12% en glissement annuel.
La même source
indique que les exportations de Paris
vers Alger ont atteint 3 milliards
d’euros, « en recul de 6% par rapport
à fin juillet 2009 ». Ce recul, Paris
l’enregistre notamment dans les véhicules
automobiles (-21%) et le secteur
pharmaceutique (-17%). Il faudra
attendre le bilan 2010 pour savoir
si le nouveau cap économique,
ou d’autres facteurs, aura eu un impact
négatif sur le volume des
échanges. Bien que du côté français
on se refuse à parler de contentieux,
le gel de fait de la Chambre Française
de Commerce et d’Industrie en
Algérie (CFCIA) depuis une année
témoigne tout de même d’un malaise.
Créée en 1975, la CFCIA activait
en Algérie « sous un statut juridique
inapproprié, voire illégal », confient
des sources officieuses algériennes
en notant qu’elle était « tout de même
tolérée comme d’autres associations
». Mais alors comment en eston
arrivé au gel de l’activité ? « Les pouvoirs
publics ont décidé qu’une nouvelle
chambre devait voir le jour pour
exercer les missions de la chambre de
commerce dans un nouveau contexte
», souligne notamment le président
sortant Michel de Caffarelli dans la lettre
aux adhérents de la CFCIA.
RIVALITÉS
ET « INGRATITUDE »
La formule diplomatique et
langue de bois du président
sortant « masque l’irritation et
la colère des autorités algériennes
à la suite de critiques de la politique
économique conduite par Ahmed
Ouyahia par des membres dirigeants
de la Chambre », ainsi que des
critiques « sur l’insécurité juridique
de l’investissement étranger en Algérie
», confient sous le sceau de
l’anonymat des adhérents. « Non seulement,
elle activait selon son bon
vouloir, mais de surcroit, par ses
critiques, elle se permettait pratiquement
de « cracher dans la soupe »,
c’est de l’ingratitude, confie de son
côté un adhérent de la Chambre
« rivale » : la Chambre algérienne de
commerce et d’industrie (CACI).
Cette rivalité date d’une dizaine
d’années. Elle a été accentuée, fautil
le mentionner, par le dynamisme
ou la « suractivité » de la CFCIA
(nombreuses manifestations économiques,
salons, foires… avec des
retombées financières) par rapport
aux lourdeurs de la machine CACI.
A la suite de ces péripéties, les pouvoirs
publics algériens ont fini par
se pencher sur le dossier du statut
de la CFCIA en demandant à ses
animateurs de geler leurs activités
et d’introduire une demande d’agrément.
Celle-ci aurait été déposée fin
novembre dernier à Alger.
LA CFCIA EST MORTE,
VIVE LA CCIAF
On sait que la nouvelle chambre
s’appellera « Chambre de
commerce et d’industrie algéro-
française » (CCIAF). Son agrément
est attendu pour la fin septembre.
Son nouveau statut devrait l’aligner
sur celui des autres chambres
montées avec des partenaires étrangers
(Allemagne, Suisse…). L’ex-
CFCIA serait ainsi « normalisée » en
incluant en son sein des membres
algériens d’où l’appellation CCIAF.
La délivrance de cet agrément est
perçue par des opérateurs économiques
français comme un signe de
détente. D’autres dossiers du ressort
de « Monsieur Algérie » sont en
suspens tel que celui de la privatisation
de l´unité d´Alver (verrerie du
groupe Enava) au groupe français
Saint Gobain. Le syndicat a contesté
cette privatisation entérinée en
novembre 2007 par le Conseil des
participations de l´État (CPE) pour
un prix de cession fixé à « 5 040 000
euros, soit 500 millions de dinars
payables au comptant ». En contrepartie,
le repreneur français s’engageait
à maintenir la majorité du
collectif des salariés. En juillet dernier,
dans la logique du nouveau
cap économique, le gouvernement
décide d’éponger la totalité des dettes
de cette unité d’Enava, soit environ
430 milliards de centimes.
SAINT-GOBAIN OUT ?
Du coup, bing sur le processus
de privatisation conclu
avec St Gobain ! A présent,
c’est l’hypothèse d’un partenariat
dont on parle et dans les conditions
d’un actionnariat minoritaire pour
St Gobain. C’est un dossier à pousser,
confie un expert français. Ce
ne sera plus dans l’esprit d’une cession,
mais d’un éventuel management
rationnel avec au bout une
efficacité économique. Facile à dire,
mais pas évident à réaliser. C’est ce
type de dossier qu’aura à débloquer
« Monsieur Algérie » lorsque la situation
aura suffisamment maturé. En
attendant, c’est Anne-Marie Idrac,
secrétaire d’État chargée du Commerce
extérieur, auprès de la ministre
de l’Économie, de l’Industrie
et de l’Emploi qui est annoncée à
Alger. La dernière visite d’un membre
du gouvernement Fillon en Algérie
remonte à juin 2009 lorsque
le ministre du Budget Eric Woerth
était venu signer, notamment, un
accord de coopération avec son homologue
Karim Djoudi.
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Source : Le Quotidien d'Oran