A Béni-saf, ces derniers jours, le poisson blanc est cher,
drôlement cher même. La réponse la plus courante,
l’offre est inférieure à la demande.
Mais ne dit-on pas souvent
que le poisson est, par sa
nature et dans son grand espace,
un migrateur notoire ? Eh bien,
les marins pêcheurs le sont aussi. Ils
sont continuellement à la recherche
d’eaux poissonneuses dans d’autres
mers. Alors, l’on comprend si bien
maintenant pourquoi tous ces chalutiers,
attachés au port de Béni-saf, ont,
ces derniers temps, émigré vers le port
voisin de Bouzedjar. Sur la soixantaine
de chalutiers que compterait la flottille
bénisafienne, une bonne douzaine
est à Bouzedjar. Dire que même la
traditionnelle meïdat Ramadhan ne les
a pas captivés. Pour les uns, les zones
de pêche sont plus propices, pour
d’autres, elles sont toutes proches. Sur
cette façade, il y a notamment les Iles
Habibas, une zone réputée se peupler,
de juillet à octobre, de crustacés (crevettes
et langoustines). La première se
vend souvent à beaucoup plus du million
et demi de centimes la caisse, et
la seconde un peu moins.
Pour Benamar,
un rais rencontré ce samedi au
port de Béni-saf, de retour de la mer,
lui qui a préféré rester près de sa famille
: « Il y a tout simplement de ceux
qui favorisent la pêche à l’est du littoral
bénisafien où il y a plus de profondeurs
et bien sûr plus de crustacés.
D’autres de se contenter de l’Ouest où
il y a souvent beaucoup de variétés
de poisson. Et de ceux-là, il y a surtout
de ceux qui ont opté de rompre
le jeûne tous les jours en famille ».
Notre patron de pêche continue son
point de vue : « Mais à partir du port
de Bouzedjar, les zones de pêche sont
à une heure de navigation, tandis qu’à
Béni-saf, toujours en saison haute (repos
biologique, oblige), un bateau doit
non seulement parcourir d’abord les 03
miles (1 mile=1609m) pour se retrouver
en zone de pêche autorisée, mais
au moins 07 autres miles voire plus
pour se retrouver en zone de pêche
prolifique et avantageuse soit un peu
comme 03 heures de moteur à plein
gaz. Là, la profondeur avoisine souvent
les 300 brasses (1brasse=1.8m).
Et quand on sait qu’une seule opération de pêche dure à peu près 03 heures.
Alors faites vos calculs pour trouver
combien de temps reste à un équipage
travaillant à l’Ouest à passer avec
ses siens. Le tout pour se reposer, rompre
le jeûne, redormir et se préparer
au retour en mer. Pas facile ! Et quand
la production est maigre, et comme
dira l’autre, la quantité est maîtresse
des prix. Elle fait ses propres prix. Par
exemple, en août à Béni-saf, une caisse
de langoustine est souvent vendue
plus chère qu’à Bouzedjar. Et si la prise
est plus importante, le chiffre d’affaires
aussi et bien sûr le partage l’est
aussi. Et ce que Benamar n’a pas eu
le temps de nous dire (il devait rentrer
chez lui pour se reposer), Mehdi, un
marin pêcheur lui aussi de retour de
la mer, nous l’a dit : « c’est qu’en ce
mois de Ramadhan, qui a coïncidé
cette année avec celui d’août, il fait
tellement chaud en haute mer que tu
as l’impression que le sel en s’évaporant
te colle à la peau ». Alors tous les
marins pêcheurs, même les plus tenaces,
ont, à partir de midi, tous envie
de rentrer aussi vite au port. Plus encore
de ramener au port la cargaison
aux échos de 14h, moment où le poisson
se vend le mieux.
DES PRIX FOUS
Le poisson, qui reste incontestablement
le plat favori des bénisafiens,
serait-il, comme d’habitude, chaque
soir à l’heure du f’tour sur la table ?
Pour le moment pas sûr, car les prix
affichés en ce début de mois de ramadhan
ont tous grimpé. Déjà très
prisé, il fallait certes s’attendre à débourser
fortement pour l’acheter en ce
mois des appétences. Encore qu’en
été, la pêche au large étant souvent
moyenne, certains fruits de la mer valaient
leur pesant d’or. Un tour, ce samedi
(11ème jour de ramadhan), à la
pêcherie du port nous a suffi pour confirmer
tout cela. Ce lieu, qui chaque
jour, est envahi par plusieurs centaines
de gens, venus de tous azimuts,
pour s’approvisionner de poissons,
frais surtout. Dès 14 h, la pêcherie ou
la poissonnerie devient une véritable
fourmilière où il devient pratiquement
difficile de se faufiler entre les caisses
entreposées à même le sol. On y trouve
de tous les poissons, de toutes les
tailles et à tous les prix. Ces prix qui
en font grincer les dents à plus d’un.
Par où commencer, par le rouget ? Le
rouget, qui il y a une semaine était proposé
à 800 DA le kilo, est passé à 1500
voire plus pour celui des profondeurs,
appelé rocca. Le merlan, ce beau poisson
gris (mais toujours de la catégorie
des poissons blancs) souvent rondelet
est à 1400 DA, la crevette à 2500
DA et quand elle a passé la nuit dans
la chambre froide (je veux dire celle
de la veille), son prix tombe à 2000
DA. Sa cousine, la langoustine (pour
ceux qui veulent manger résistant), on
ne vous la mettra pas sur la balance à
moins de 1800 DA (selon la taille, celle-
ci ne dépasse pas les 10cm), on
parle toujours au kilo. Plus calibrée,
la langoustine atteint aisément les
3000 DA. L’autre catégorie du poisson
blanc, appelé communément 2ème,
tel le mister, le pageot ou encore le
poisson vendu à la pièce, c’est du
1000 DA ou rien. Si vous cherchez de
l’espadon, et si vous en trouvez, c’est
à 2500 DA le kilo. Seulement, vous
pouvez toujours trouver le similaire,
de la Bistna ou du requin blanc. Et là
c’est du 1000 DA, le kilo. Reste enfin
le poisson de toutes les sauces ou plutôt
de toutes les bourses, la sardine et
le Sorel. Ce dernier est 180 DA le kilo,
un peu moins cher que l’ébonite (s’il
en trouve toujours). Le petit Sorel,
utilisé souvent pour la soupe de poisson,
pourtant qu’on ne peut « marchander
», est vendu à la chope, 150
DA la chope qui peut peser jusqu’à 2
kg. Quant à la sardine (appelée le
poisson du pauvre), elle est proposée,
depuis le début de Ramadhan, à 180
dinars soit le double de ce qu’elle
l’était avant le mois de Ramadhan. Et
à ce prix-là, elle a de moins en moins
de chances pour farcir chaque soir les
poêles des ménagères. Une chose est
sûre, la sardine c’est le matin. Et pourquoi
de telles hausses ? a-t-on demandé
à un connaisseur habitué mareyeur.
La réponse est toute donnée « la pêche
est maigre, en plus la demande est largement
supérieure à l’offre. »
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Source : Le Quotidien d'Oran