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L’Algérie pèche par un excès de prudence

26 février 2011

Certaines décisions importantes entrant dans le cadre de la politique économique du pays, à l’instar de la gestion des réserves de changes ou de la non-convertibilité totale du dinar, ne font pas toujours l’unanimité parmi les experts.

Mais tous sont unanimes à reconnaître que ces décisions ne sont pas de nature à mettre en péril l’économie nationale et qu’au contraire, elles la mettent à l’abri de certains aléas. En fait, elles pèchent seulement par un excès de prudence.

C’est ce qui a été démontré tout au long de la journée d’études qui s’est déroulée avant-hier à l’université d’Alger 3 et animée par une pléiade de professeurs venus de nombreuses universités du territoire national. Ces professeurs ont disséqué certaines décisions prises par les pouvoirs publics et qui restent toujours d’actualité, les qualifiant très souvent de mesures dictées par la prudence.

Un état de fait que les pouvoirs publics eux-mêmes ont toujours mis en avant, expliquant à propos de la gestion des réserves de change ou de la convertibilité totale du dinar par exemple, que l’option de la prudence a été privilégiée dans ces dossiers pour ne pas hypothéquer l’avenir des générations futures, le pays n’ayant qu’une seule source de revenus, celle des exportations des hydrocarbures dont les prix ne sont jamais à l’abri des fluctuations et dépendent totalement de facteurs exogènes.
Ainsi, les réserves de change du pays, accumulées durant la dernière décennie grâce à la bonne tenue des prix du pétrole sont-elles gérées de la façon la plus optimum ?
Pour M. Farid Benyoussef, professeur à l’U d’Alger 3, l’Algérie observe « une gestion prudente mais pas très rentable de ses réserves de change ». Le pays, qui effectue des placements en bons de trésor et au niveau de plusieurs banques centrales mondiales, privilégie la sécurité des placements au rendement. M. Benyoussef explique qu’une autre option peut être choisie pour fructifier les réserves de change. Elle peut, suggère-t-il, se tracer « des objectifs stratégiques en optant pour l’achat des actions de grandes entreprises sur lesquelles elle aurait des vues ». Le professeur reconnaît cependant que l’achat des actions est une opération qui comporte des risques.

La non-convertibilité totale du dinar est un autre sujet qui a fait l’objet d’une communication présentée par le professeur Moncef Massar. Après avoir expliqué que le dinar est déjà convertible partiellement de manière commerciale depuis 1995 et qu’il a connu deux dévaluations depuis 1986 (– 22 % en 1991 et – 43 % en 1994), il a noté les conditions qui font qu’on puisse procéder à une convertibilité totale d’une monnaie. Des conditions que l’Algérie ne réunit pas, dont celle – et non des moindres – ayant trait à une économie diversifiée et une autre relative à un scoring acceptable des organismes spécialisés. M. Massar a également expliqué que certains risques ne sont pas à écarter s’il y avait une convertibilité totale de notre monnaie, à l’exemple d’une fuite massive des capitaux vers l’étranger ou d’une augmentation des importations qui conduirait à un déficit commercial et à une hausse de l’inflation. En conclusion, M. Massar a estimé que la convertibilité totale du dinar est risquée.

Pour sa part, le professeur Farid Yaïci, dans sa communication sur le système financier international, a estimé que l’Algérie devrait achever les réformes de son système financier qu’elle a entreprises depuis une vingtaine d’années et qui n’ont jamais été menées à terme. La suspension du crédit à la consommation est un autre sujet qui a fait couler beaucoup d’encre et a été différemment apprécié des uns et des autres. Dans sa communication présentée sur ce sujet, le professeur Malika Seddiki a expliqué comment cette décision était effectivement en faveur des consommateurs et les mettait à l’abri du surendettement, sachant que le pouvoir d’achat des Algériens est faible. Considérant que la majorité des employés a un salaire moyen et que 60 % du salaire sont dépensés dans les besoins élémentaires dont l’alimentation, la santé et l’éducation, comment un citoyen au salaire moyen peut-il ensuite rembourser une dette de plusieurs millions de centimes ? Mme Seddiki a, par ailleurs, révélé que les crédits immobiliers ont atteint 145 milliards de dinars en 2010 et les crédits véhicule 60 milliards de dinars entre 2006 et 2008 (20 000 crédits par banque). Abordant la dette des agriculteurs, le professeur Harithi Fadéla a estimé que l’Etat a pris une bonne décision en décidant d’effacer leur dette. Cela s’imposait, selon elle, d’autant que l’agriculture est un secteur très important pour la sécurité alimentaire du pays et vu certains aléas auxquels sont confrontés les agriculteurs, comme les conditions climatiques qui influent grandement sur la production. Elle a fait savoir que sur les 41 milliards de dinars de dettes contractés par les agriculteurs, 37 milliards ont été effacés jusqu’à présent. Environ 70 000 agriculteurs sur un total de 180 000 n’ont pas encore vu leur dette effacée. La conférencière, tout en mettant en exergue le rôle important de l’Etat dans le soutien des agriculteurs, a toutefois mis en garde contre le fait d’arriver à une politique d’assistanat. Beaucoup d’autres thèmes ont, par ailleurs, été développés par d’autres professeurs lors de cette journée d’études, également caractérisée par de riches débats.

T. Gacem

Tags: Algérie Economie Crédit immobilier Devises Investissement Capitaux

Source : Le Jeune Independant

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