L’Etat algérien va favoriser l’entreprise
publique Sonatrach sur TNK-BP
dans la vente des actifs algériens
de British Petroleum, mais le paramètre
technologique sera décisif.
C’est le sentiment du ministre
russe de l’Energie
Sergei Shmatko qui a
indiqué à des journalistes à
Moscou que l’entreprise publique
Sonatrach envisageait de
faire valoir son droit de préemption
sur la vente des actifs du
groupe pétrolier britannique.
« D’après ce que je comprends,
l’Algérie est plus encline à l’entrée
de Sonatrach dans ces projets.
Sonatrach étudie si elle est
en mesure de développer ces
actifs toute seule. La décision
dépendra de sa maîtrise des
solutions technologiques », a indiqué
le ministre russe.
Le groupe British Petroleum
est présent dans les champs gaziers
d’In Amenas et In Salah
dont les capacités de production
cumulées atteignent 18 milliards
de mètres cubes, soit près
du quart de la production algérienne.
Ces actifs sont mis en
vente dans le cadre d’une grande
opération de cession d’actifs
lancée par BP pour disposer
de liquidités afin de faire
face aux lourdes dépenses générées
par la catastrophe écologique
de la plateforme
DeepWater dans le Golfe du
Mexique. Le groupe britannique
vient à ce titre d’annoncer
la vente de ses actifs dans
l’amont pakistanais (exploration
et production d’hydrocarbures)
à son compatriote britannique
United Energy Group
(UEG) pour la somme de 775
millions de dollars. BP prévoit
la vente de 30 milliards d’actifs
dans le monde et a réalisé
jusqu’à présent des ventes de
22 milliards de dollars. BP, selon
un article récent du Financial
Times, estime ses actifs
dans les champs gaziers d’In
Amenas et In Salah à 3 milliards
de dollars. Avec le départ
annoncé de BP, c’est le plus
grand investisseur étranger en
Algérie au cours de ces dernières
années qui s’en va. Avant
l’accident de DeepWater, BP
était, en Algérie, sous l’option
d’accroître ses investissements.
En mai dernier, Akli Brihi, alors
président de BP Algérie – il est
passé récemment à la tête de
General Electric Energy Algérie
– annonçait des investissements
de 2,3 milliards de dollars
dans les travaux d’exploration
en Algérie et dans les gisements
de gaz d’In Salah et
d’In Amenas. La méga-catastrophe
écologique de la plateforme
de DeepWater en a décidé
autrement. Les responsables
algériens de l’énergie ont
été économes de paroles au
sujet du projet de cession des
actifs au joint-venture russo-britannique
TNK-BP. Encore récemment,
le ministre algérien de l’Energie Youcef Yousfi s’est
contenté de dire que la transaction
faisait toujours l’objet de
discussions entre BP et Sonatrach.
En octobre dernier, il
avait laissé ouvertes plusieurs
options en indiquant que Sonatrach
« pourrait être intéressée
seule ou avec d’autres partenaires,
tout est à l’étude ». Au
plan légal, le gouvernement algérien
doit donner son aval
préalable à toute cession. Mais
la tendance – et c’est ce que
suggère le ministre russe – est à
la reprise des actifs par l’entreprise
nationale Sonatrach.
LE PARAMÈTRE
TECHNOLOGIQUE
SERA DÉCISIF
Les experts algériens sont
plutôt favorables à une reprise
des actifs par Sonatrach. A
l’image de Mustapha Benkhemou,
membre du bureau de
l’AIG (Association algérienne
de l’industrie du gaz), qui a
souligné, dans un entretien au
site Maghrebemergent.info, la
nécessité d’une attitude prudente.
« Le gaz reste l’énergie stockable
la moins polluante qui, associée
au solaire, à l’éolien, aux
usines marémotrices, etc., peut
permettre de gérer en douceur
le processus de réchauffement
climatique. La Russie en fait son
principal atout stratégique dans
ses relations avec l’Europe de
l’Ouest et les anciens pays du glacis
soviétique. Une stratégie d’encerclement
de l’Europe est mise
en oeuvre, y compris sur son flanc
sud, puisque Gazprom fait des
pieds et des mains pour entrer
dans le projet de gazoduc Nigeria-
Algérie-Europe (TSGP). Dans
un tel contexte, serait-il prudent
de permettre une cession des
parts de BP sur les gisements d’In
Salah à une compagnie russe ? ».
Apparemment, l’analyse semble
partagée au ministère de
l’Energie. Signe que l’option Sonatrach
est la plus forte, le Financial
Times a révélé récemment
que les autorités algériennes
n’ont pas donné l’autorisation
à BP de communiquer les
données sur les actifs où l’entreprise
est opérateur en Algérie.
Une information confirmée
par la multinationale britannique.
A moins que l’obstacle
technologique ne contraigne
l’Algérie à accepter la cession à
TNK-BP. Le ministre russe de
l’Energie a noté que les champs
concernés en Algérie sont « très
risqués » et que les Algériens tablaient
sur « la technologie de
BP » pour les exploiter. Selon
Sergei Shmatko, l’atout de TNKBP
est qu’elle peut « hériter (BP)
en termes de personnel et de
technologie ». Ni BP ni Sonatrach
n’ont commenté les propos
du ministre russe.
Salem Ferdi
Tags:
Sonatrach
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BP Algérie
Source : Le Quotidien d'Oran