Il avait encore de belles choses
à faire, mais la Faucheuse en a
décidé autrement. Et l’on sait
que sa sentence est sans appel,
que l’on soit star, superstar ou
illustre inconnu. Mais il est du
devoir des vivants de préserver
les mémoires. Guerrouabi,
donc, dans son immense terroir
et son territoire…
Les artistes partent toujours trop tôt car
ils font tellement partie de nous-mêmes
que leur départ pour l’au-delà nous
prive de cette proximité et de cette affection
qu’on leur porte, parce qu’ils ont, justement,
ici. enchanté notre vie, là éclairé et illuminé
souvent notre vécu. Il en est ainsi de feu ElHachemi Guerrouabi qui a si bien chanté le
chaâbi dans sa version expurgée de toutes
impuretés recensées chez moults amateurs et
autres bricoleurs du genre. Car Guerrouabi,
pour nombre de puristes, était unique en son
genre, même si certains parmi ses admirateurs lui ont reproché, par endroits et par
moments, d’avoir fait dans le commercial,
invoquant à l’appui de leurs griefs, notamment, ces deux chansonnettes si légères et si
frivoles que sont El-barah et Allo allo ! ,
plus proches dans leur texture, leur mouture
et leur insoutenable légèreté de l’açri (moderne) que du chaâbi à proprement parler. Leur
interprétation tout autant vocale que « focale »
au demeurant par ses spécificités a, certes, de
multiples prétendants, mais en bout de piste,
très peu d’élus.
Et pour cause ! Mais revenons plutôt au
grand maître disparu qui savait tant faire
vibrer les cœurs, agencer les mots, marier les
métaphores de sa superbe voix épousant à
merveille le substrat du genre. Que de soirées
historiques animées par le chantre aussi bien
at home que sous d’autres latitudes avec cet
art consommé du qsid (texte), de ses vibrations « tactiles », de ses envolées lyriques
tantôt en crescendo, tantôt en decrescendo,
comme pour accompagner l’âme et l’esprit
subjugués et conquis par un talent que d’aucuns n’hésitent pas à élever et hisser au rang
de génie.
Et l’on n’est pas très loin de la vérité pour qui
a eu l’insigne honneur et le privilège d’avoir
couvert deux ou trois concerts mémorables de
cette véritable perle du chaâbi dont la profondeur du chant et la tonalité vocale se fondent
et se confondent, jusqu’à libérer un véritable
élixir de l’instant dont on se délecte et se
régale à satiété. Mais l’enfant prodige de Dar
El-Babour, fervent fan de l’USMA, celle de
Soustara bien sûr, a su puiser dans le répertoire si riche et si fécond de deux immenses
paroliers, aujourd’hui hélas passés de vie à
trépas. J’ai nommé, mesdames et messieurs,
Lahbib Hachelaf et Mahboub Bati, auxquels
il doit, au moins, une parcelle de sa notoriété… bien entendu, et lorsqu’on est un
authentique monstre sacré du chaâbi, on ne
saurait brader ce capital en portant ses choix,
question-test, sur n’importe quel olibrius…
Le défunt crooner qui alliait classe et élégance dans une interprétation de quelques morceaux d’anthologie – Youm el-djemâa, Elharraz, etc. –, ne pouvait, de fait, confier cet
inestimable don divin qu’à des personnalités
dignes de son rang.
Et lorsque les beaux esprits se rencontrent, ils
fécondent, forcément, une œuvre majeure,
comme celle du maestro prématurément
arraché et ravi au monde de l’art consommé
alors sans modération…
Tags:
Musique
Chaâbie
El-Hachemi Guerouabi
Source : Le Jeune Independant