Dernière mise à jour : samedi 5 juin 2010
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J. Solana : La Politique de voisinage ne remplace pas le Processus de Barcelone, elle le renforce et l’approfondit. Elle offre, par exemple, des perspectives accrues d’intégration dans le marché unique, un dialogue politique renforcé, une ouverture en matière de migration, un accroissement des programmes d’échanges, des synergies pour les mises en réseau dans les domaines énergétiques et des transports.
Le tout sera soutenu par un nouvel instrument financier, l’Instrument européen de voisinage et de partenariat, dont l’objectif est de regrouper tous les programmes financiers actuels en un seul cadre cohérent. Nous améliorerons ainsi la qualité de notre assistance et nous fournirons des fonds supplémentaires pour soutenir les réformes de nos partenaires.
El Khabar : Quel rôle peut jouer l’Algérie dans la stratégie sécuritaire européenne dans le domaine de la lutte antiterroriste ou la lutte contre l’immigration clandestine ? Quelle est votre perception d’une éventuelle menace du GSPC en Méditerranée et au Sahel ?
J. Solana : Nous sommes parfaitement conscients des menaces présentes en Méditerranée et au Sahel, régions voisines de l’Europe. Notre cadre commun pour la lutte contre le terrorisme demeure celui des Nations Unies. À cet égard, l’Union européenne appelle à une adoption rapide de la Convention Générale contre le Terrorisme des Nations Unies, qui est en négociation depuis des années. Nous espérons pouvoir compter sur le soutien actif de l’Algérie en ce sens. Je tiens également à souligner et à saluer le rôle de premier plan joué par l’Algérie sur l’ensemble du continent africain par l’intermédiaire du Centre contre le terrorisme de l’Union Africaine, que l’Algérie a accepté d’accueillir et de financer.
L’Algérie est un partenaire essentiel de l’Union européenne tant dans la lutte contre le terrorisme qu’en matière d’immigration clandestine. Dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, nous coopérons étroitement avec l’Algérie, tant au niveau des relations bilatérales, qu’au niveau de l’UE. Le plan d’action d’assistance technique de l’UE a l’égard de l’Algérie ou encore le Code de conduite pour la lutte contre le terrorisme adopté dans le cadre d’Euromed témoins de cette coopération.
El Khabar : Quel rôle peut jouer l’Union européenne pour améliorer les relations intermaghrébines et notamment concernant le conflit du Sahara occidental ?
J. Solana : Le renforcement de la coopération régionale est une nécessité. En novembre dernier, à l’occasion de la réunion euro-méditerranéenne des Ministres des Affaires étrangères à Tampere, en Finlande, j’ai rencontré M. Ben Yahia, le Secrétaire général de l’Union du Maghreb Arabe. Nous sommes d’accord pour dire que l’Union du Maghreb Arabe a un vrai rôle à jouer. Je lui ai confirmé que l’Union européenne était prête à apporter son soutien à la construction maghrébine. Mais il appartient avant tout aux pays de la région de bâtir des relations solides entre eux et de trouver une solution aux problèmes qui entravent cette construction.
Les États et les peuples du Maghreb en sortiront gagnants, j’en suis convaincu. Les synergies potentielles sont nombreuses. Je songe à des domaines tels que l’approvisionnement énergétique, la construction de réseaux de transport, la facilitation des échanges agricoles ou le tourisme, et j’estime qu’il y a un nombre de défis communs comme la migration et le terrorisme, pour ne citer que ces deux exemples.
L’Union européenne croit dans les vertus de la coopération régionale puisqu’elle est elle-même un exemple d’intégration régionale réussi, qui fêtera, en 2007, ses 50 ans. C’est pourquoi elle a fortement soutenu les efforts de coopération sous-régionale comme l’Accord d’Agadir, ce traité entre l’Egypte, la Tunisie, le Maroc et la Jordanie qui vient d’entrer en vigueur.
Cet Accord doit être ouvert à tous les Etats de la rive sud, y compris l’Algérie, pour donner un vrai essor à la coopération sous-régionale. L’UE continuera à soutenir toute mesure concrète susceptible de contribuer à cet objectif d’une plus grande coopération interrégionale La question du Sahara occidental est un obstacle. La situation actuelle n’arrange personne, ni les réfugiés dans les camps, ni les peuples de la région, ni les dirigeants de la région qui ont souscrit, dans la Déclaration de Barcelone de 1995, renouvelée l’année dernière, à la réalisation d’un espace de paix, de stabilité et de prospérité partagée dans la région méditerranéenne. Il est dans notre intérêt à nous tous que ce problème soit réglé au plus vite.
L’Algérie a un rôle important à jouer à cet égard. L’UE a quant à elle toujours soutenu une solution politique, juste, durable et mutuellement acceptable, qui permette- en conformité avec les buts et principes de la Charte des Nations Unies - le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. L’Union européenne est prête à accompagner toute mesure dans ce sens.
El Khabar : L’Europe peut-elle influer de manière efficace sur le cours des événements en Iraq et pour le processus de paix au Moyen Orient ? A-t-elle les moyens pour peser de tout son poids et éviter les divergences au sein de l’Union européenne sur ces questions ?
J. Solana : L’Union européenne s’efforcera d’aider l’Iraq à sortir de l’impasse. Il importe que les iraquiens, tous les acteurs de la région et la communauté internationale mettent tout en œuvre pour parvenir à cet objectif. Je puis vous assurer que l’Union Européenne est unie dans le soutien qu’elle apporte au gouvernement iraquien d’unité nationale. Ses États membres se sont ainsi retrouvés autour du "Pacte International pour l’Iraq". Ils ont tous participé activement à sa préparation.
L’assistance communautaire à l’Iraq, depuis 2003, dépasse les 720 millions d’euros. En 2005, nous avons lancé une opération dans le domaine de l’État de droit : EUJUST LEX. Quelque 800 juges, officiers de police criminelle, responsables d’institutions pénitentiaires ont déjà suivi des stages de formation dans une dizaine d’États membres et cette opération a récemment été prorogée jusqu’en décembre 2007.
S’agissant de la paix au Moyen-Orient, l’Union européenne joue un rôle de premier plan dans le processus politique visant à trouver une solution au conflit israélo-palestinien. Nous ne serions pas en mesure de jouer un tel rôle s’il existait des divergences en notre sein. Au cours de ces derniers mois je me suis rendu plusieurs fois sur place, au nom des 25 Etats membres de l’UE, et je suis en contact permanent avec les principaux dirigeants de la région. Le Moyen-Orient est pour nous une priorité, comme en témoigne le fait que nous sommes le premier contributeur d’aides aux Palestiniens.
Les Européens sont membres du Quartet. Ils ont contribué à la rédaction de la Feuille de Route qui reste, à ce jour, le seul document accepté par Israéliens et Palestiniens et dont la pleine mise en œuvre permettrait d’aborder les négociations sur le statut final.
Mais l’Europe intervient aussi sur le terrain. À Rafah, par exemple, où elle a déployé une mission d’assistance à la frontière entre le sud de la Bande de Gaza et l’Egypte. L’Europe continue aussi de fournir une aide à des centaines de milliers de palestiniens démunis. Son assistance financière dépassera en 2006 celle octroyée en 2005 et devrait s’établir autour de 665 millions d’euros.
Toutefois, l’aide de la communauté internationale ne sera rien si les parties ne parviennent à établir entre elles un accord global basé sur la notion de deux États aux frontières mutuellement reconnues, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité.
El Khabar : Où en est le traitement du dossier iranien ? J. Solana : En juin dernier, je me suis rendu à Téhéran pour présenter à l’Iran une proposition faite par les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU et l’Allemagne.
J’ai négocié durant de longues heures avec les Iraniens, en particulier avec le Dr Larijani. Nous avons pu nous mettre d’accord sur un certain nombre de points mais malheureusement pas sur la question essentielle, à savoir la suspension de toutes les activités liées à l’enrichissement et au retraitement. Nous avons dès lors été contraints de renvoyer le dossier au Conseil de Sécurité de l’ONU où il se trouve actuellement.
Toutefois, l’offre reste valable et l’Union européenne demeure ouverte à une reprise des négociations, car nous sommes convaincus que ce dossier ne pourra être résolu que par la négociation. Nous encourageons vivement l’Iran à s’engager sur cette voie.
S. Hafid — El-Khabar
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