Dernière mise à jour : samedi 5 juin 2010
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El-Hachemi Guerrouabi avait été transporté, dimanche, en urgence, à l’hôpital de Zéralda à la suite de la détérioration de son état de santé.
Une cérémonie de recueillement devant la dépouille du défunt El-hadj El-Hachemi Guerrouabi devait avoir lieu ce mardi matin, au Palais de la culture. Quant à son enterrement, il devrait avoir lieu au cimetière d’El-Madania.
En dépit de son état de santé, El-Hachemi Guerrouabi tenait à sa passion qu’est le chaâbi. Il a pu trouver les ressources nécessaires pour continuer à chanter, un courage puisé également dans son public qui n’a pas cessé de le suivre et de le soutenir tout au long de sa carrière et même dans les moments les plus difficiles.
Et la preuve fut, sans conteste, cette soirée au théâtre de verdure après son retour sur scène en juillet 2005 où il gratifia son public d’une soirée tout simplement sublime, montrant qu’il n’avait rien perdu de sa verve et que la maladie n’avait en rien entamé sa force, à sa manière et comme lui seul sait le faire, les poèmes de Mohamed Benmasyeb, Boumediene Bensahla ou ceux de son complice de toujours feu Mahboub Bati.
Tout au long de sa vie artistique, El- Hachemi Guerrouabi, interprète d’El-haras, qui a bercé, avec sa voix suave et douce, au cachet si particulier, des générations de mélomanes de la chanson chaâbie, s’en est allé après une brillante carrière qui l’a mené aux cimes de la gloire. C’est vrai que Guerrouabi nous a quittés, mais il restera présent et vivant dans la mémoire de chacun et à travers ses chansons.
Yacine Idjer
Une voix ensorcelante et une âme
Comme s’il vivait pour des qacidate qu’on perpétue pour être adulé par des mélomanes « habités par le chaâbi », El- Hachemi aimait bercer les mots des chouyoukh. Des vers drapés par une voix suave, celle d’un homme qui sait se souvenir tendrement de ses vingt ans, même sur un lit d’hôpital, même amputé d’une jambe sur laquelle il a longtemps poser son mandole avant de changer de tempo, au gré d’une vie tumultueuse au bonheur des puristes.
Malade, il avait suffisamment de courage pour remonter les chemins escarpés d’une vie dédiée aux autres. L’exil était d’abord un exil de l’intérieur. Comme ses maîtres spirituels : Benmsayeb, Bensahla, Kaddour el Allami, Sidi Lakhdar Benkhlouf et Mahboub Bati. Une vie offerte au chaâbi. Rien qu’au chaâbi. Cet art qui consiste à chanter frénétiquement jusqu’à l’aube même si l’on est au crépuscule de sa vie. Loin, très loin des nostalgiques amourettes de vingt ans.
La verve sublime, Guerrouabi la détenait de ses pérégrinations dans le temps avec les escapades affolantes d’El-Harraz ou alors des belles promenades de Youm el Djamaâ devant les murs de Marrakech, pour décrire majestueusement la beauté des femmes aux yeux soulignés de khôl.
Il la détenait aussi de son éloignement du pays et de son amour éperdu pour un applaudimètre qui avait du mal à apprivoiser ses « sosies » même au talent avéré. Il tenait son courage en bandoulière pour revenir sur scène, en enfilant toujours le beau costume de maître. Celui tissé par le fil de la modestie et de l’humilité. Avec des mots simples dont il avait la magie, Il a continué à vivre dans les tréfonds des qacidate qui l’empêchaient de mourir.
Reda Naïm
Le dernier gala
C’était un lundi du mois de juillet 2005. Il y a de cela une année, El-Hadj El-Hachemi Guerrouabi défiait sa maladie.
Il venait de quitter un hôpital parisien où il a été amputé d’une jambe. Pourtant, sur la scène du théâtre de verdure, Guerrouabi s’était mis debout. Debout comme un chêne face à des milliers de fans venus voir et écouter le maître. Ils étaient plus de 5 000 jeunes, vieux, vieilles, enfants, familles complètes à se déplacer en cette soirée estivale.
Mais personne ne savait que le gala du temple du chaâbi allait être le dernier. Face à un public impatient d’écouter les chansons du Cheikh, la présentatrice de la soirée était plongée dans un long discours faisant l’éloge du maître. Elle était surprise puisque Guerrouabi était déjà devant son micro quand elle a voulu lui faire appel.
Il boitillait certes, mais en très grande forme ce qui faisait oublier sa maladie et son séjour à l’hôpital. L’apparition du maître était très émouvante. L’émotion était perceptible dans le public, mais surtout chez El-Hadj qui, apparemment, était avide de revoir ses fans. L’émotion était plus grande en entendant les youyous des femmes qui fusaient des gradins. L’orchestre était là au complet. Après une demi-heure d’Istikhbar, le maître l’invite à recommencer à jouer. Le maître semble n’avoir rien perdu de sa belle voix et de son jeu de guitare. Malgré sa maladie, l’artiste a paru très décontracté, sa voix encore plus puissante qu’auparavant.
Le public s’est mis debout comme un seul homme pour chanter avec lui. Harraz Aouicha était la dernière qcida qu’il avait chantée avant l’entracte. Le vent très fort lors de la soirée n’avait influé en rien sur la volonté de l’artiste à faire plaisir à son public. Le maître revenait pour la seconde partie. Il avait interprété Twahecht el-Bahdja. El-Hachemi avait choisi de finir avec Youm el Djemaâ. Il est 1 heure du matin, Guerrouabi a quitté la scène après les traditionnels tabkaou aâla khir. Il avait promis une prochaine rencontre.
Malheureusement, celle-ci ne se fera que lors de l’enterrement du maître. Repose en paix Cheikh. Désormais, Tetwahchek el- Bahdja !
Chafaâ Bouaïche
Infosoir
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